Le Cirque au cinéma

Art de la reproduction, le cinéma se nourrit de l'imaginaire du cirque, condensant - comme le soulignait Fellini - le goût de l'aventure, du voyage et du risque. Art de la représentation, il montre les coulisses du chapiteau, la vie des artistes, leurs numéros, véhiculant à son gré des images désuètes, nostalgiques, sorties des tiroirs secrets de l'enfance.

Les premières images animées sont les bandes de praxinoscope qu'Emile Reynaud réalise à partir des pantomimes de Foottit et Chocolat (1890) et les prises de vue de Louis Lumière, tournées avec le cinématographe en 1895.

Mais il faut attendre les films muets d'après 1920 pour que le cirque devienne l'enveloppe spectaculaire de la narration, à l'exemple de Variétés d'Ewald André Dupont (1925). Ce mélodrame est le premier d'une longue série de films à qui le cirque fournit un décor photogénique. Sous le chapiteau, les histoires d'amour, maladroites ou désespérées, sont magnifiées : Le Cirque de Chaplin (1928), La Nuit des forains de Bergman (1953), La Strada de Fellini (1954), Lola Montès de Max Ophüls (1955).

Ailleurs, le cirque est plus directement un outil de satire, de caricature des rapports sociaux, une caisse de résonance des faillites humaines (Freaks de Tod Browning, 1932 ; Limelight de Chaplin, 1952 ; Les Clowns de Fellini, 1970 ; Les Ailes du désir de Wim Wenders, 1987).

Des réalisateurs se perdent parfois dans l'utopie d'une société idéale (Sous le plus grand chapiteau du monde de Cecil B. de Mille, 1952 ; Itinéraire d'un enfant gâté de Claude Lelouch, 1988) ou dans la quête de l'innocence perdue (Santa sangre d'Alejandro Jodorowsky, 1989). D'autres encore s'abandonnent à la naïveté de leurs rêves d'enfant pour transfigurer le réel (Yoyo de Pierre Etaix, 1964 ; Le Jour où le clown pleura de Jerry Lewis, 1972 ; Parade de Jacques Tati, 1974).

Le cirque et la littérature

Le cirque a toujours fasciné les écrivains et les poètes; les textes abondent, de la simple évocation nostalgique à l'exaltation - parfois naïve, quand il s'agit des romantiques - des numéros et de l'habileté des artistes. Pourtant, les œuvres de fiction consacrées précisément aux gens du cirque sont rares.

La plupart de ces récits, parus au XIXe siècle, ont pour thème l'errance. Ainsi, Romain Kalbris et Sans famille d'Hector Malot, où les jeunes héros sont recueillis et formés par des saltimbanques ; ou César Cascabel de Jules Verne, qui retrace les aventures, moins émouvantes mais plus ingénieuses, d'une famille de banquistes à travers l'Alaska et la Sibérie.

Dans des textes plus courts, d'autres auteurs ne ménagent pas leur admiration : Gœthe pour l'agilité d'un funambule (Les Années d'apprentissage de Wilhelm Meister), Balzac pour le courage et la force surhumaine d'une écuyère (La Fausse Maîtresse), Nerval pour des singes jouant une pantomime, Flaubert pour les bijoux d'une danseuse de corde (Novembre), Zola pour les gambades et les grimaces des Hanlon-Lee (Naturalisme théâtre) ou encore Rilke pour la maîtrise des jongleurs (Elégies de Duino).

S'il transforme la poussière en poudre d'or, le cirque est aussi pour le poète, à l'exemple de Jean Genet, ¿un des seuls jeux cruels qui subsistent¿, avec la poésie, la guerre et la corrida (Le Funambule). La quête de pureté rapproche l'acrobate du poète (Odes funambulesques de Théodore de Banville, Le Jongleur de Notre-Dame d'Anatole France, Les Forains de Charles-Ferdinand Ramuz). Pour Baudelaire (Le Vieux Saltimbanque) et Henry Miller (Le Sourire au pied de l'échelle), le clown, partageant le même goût du vide, est le double de l'écrivain car il effleure une vérité, qui a souvent le visage de la mort, et décèle les désordres de l'esprit.

cndptdc

Article rédigé par Jean-Michel Guy et Thierry Voisin pour le magazine Textes et Documents pour la classe n° 819 du 1er septembre 2001.

Publié le 31/10/12

Modifié le 13/11/19

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