Comment le régime de Vichy franchit un pas supplémentaire vers l'infamie...

Les policiers français procèdent aux rafles de Juifs de 1942

Les 16 et 17 juillet 1942, à Paris et dans sa banlieue, près de 4 500 policiers uniquement français viennent arrêter à leur domicile 12 884 Juifs étrangers et apatrides, dont un peu plus de 5 000 femmes et de 4 000 enfants, souvent français. La France met en avant qu'il s'agit d'arrêter majoritairement des Juifs étrangers. Pratiquement tous les Juifs de Belgique étaient étrangers, mais quand les Allemands ont commencé à les arrêter, la reine et tous les hauts dignitaires de l'Église ont protesté et ils n'ont pris qu'un tiers d'entre eux. Au Pays-Bas, la population est sortie dans la rue en février 1941 pour protester contre les mesures anti-juives...


La décision prise par les nazis (vraisemblablement en décembre 1941) de tuer les juifs de l’Ouest, à commencer par ceux de Pologne, s’applique également à ceux présents dans l’Europe occupée. Un premier convoi de Juifs français part pour Auschwitz le 27 mars 1942. Au mois de juin, des entretiens entre les plus hauts responsables de la SS et ceux de la police française aboutissent à un accord signé le 2 juillet 1942 entre Karl Oberg, chef de la SS en France, et René Bousquet, secrétaire d’État à la police du gouvernement de Vichy. L’enjeu de cet arrangement ? La police de Vichy veut montrer son efficacité et, ainsi, préserver un peu de la souveraineté du gouvernement français du maréchal Pétain. La SS, de son côté, est enchantée de cette collaboration des polices, qui libère des hommes, des moyens et du temps pour d’autres missions.

L’été 1942 marque le basculement des juifs de France dans la Shoah. En exécution de l’accord Oberg-Bousquet, la police française organise la rafle parisienne des 16 et 17 juillet 1942, dite rafle du Vél’ d’Hiv : plus de 16 000 personnes sont arrêtées et envoyées vers les centres de mise à mort polonais. Jusqu’à l’été 1944, ce sont 79 000 Juifs français qui seront déportés et assassinés, du nourrisson au vieillard. Ce chiffre est pourtant bien inférieur aux demandes nazies, qui prévoyaient 100 000 personnes pour la seule année 1942 : réseaux de secours, grippages administratifs, sauvetages et résistance juive organisée permettent de sauver une grande partie des Juifs français.

L’auteurcouverture historia février 2015

Johann Chapoutot, historien

Professeur à la Sorbonne, Johann Chapoutot est un grand spécialiste de l'idéologie nazie.

Extrait du no 818 du magazine Historia.

 

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couverture historia 666 1942 l'été de l'infamie nationale

Un dossier spécial en partenariat avec le magazine Historia sur les rafles de 1942 et la politique antisémite de Vichy.

 

Sélection d'articles extraits du no 666 du magazine Historia et accompagnés d'extraits vidéo.

En partenariat avec Historiahistoria

Le passé éclaire le présent.

Publié le 26/02/15

Modifié le 14/01/20