Non, ce n'est pas le titre d'une fable méconnue de Jean de La Fontaine ! L'arénicoleest un ver des sables, la limule une proche cousine des araignées et des scorpions, version aquatique. Un point commun entre ces deux créatures marines : elles intéressent les scientifiques... pour leur sang !

Notre histoire commence en Bretagne, plus particulièrement à la station biologique de Roscoff où les chercheurs étudient les arénicoles, des petits vers vivant dans le sable marin et utilisés comme appât par les pêcheurs de bars autochtones. Ces avaleurs de sable pourraient bientôt fournir à l'échelle industrielle une hémoglobine de substitution pour l'Homme.

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La station biologique de Roscoff

Chez les vertébrés : carpes, mouettes et autres promeneurs en ciré jaune, la protéine qui sert à transporter l'oxygène dans le sang est l'hémoglobine ; c'est un nom générique : il existe différentes sortes d'hémoglobine. L'arénicole n'est pas un vertébré bien sûr mais ce ver possède quand même aussi une hémoglobine, bien particulière car elle n'est pas enfermée dans des cellules comme la nôtre l'est dans nos globules rouges. Elle est donc facile à extraire, transporte l'oxygène de façon extrêmement efficace et peut être utilisée telle quelle directement dans le sang ; plus de problème d'incompatibilité lié au reste de la cellule sanguine : l'arénicole est en quelque sorte donneur universel ! Une piste prometteuse pour pallier la pénurie mondiale de sang estimée à 100 millions de litres ou bien encore pour conserver plus longtemps les organes en attente de greffe.

Une nouvelle rassurante pour les générations futures d'arénicoles : les scientifiques s'activent pour reproduire cette hémoglobine par génie génétique. Elles devraient alors pouvoir continuer tranquillement à nettoyer et aérer les plages atlantiques en laissant derrière elles leurs petits tourbillons de sable...

Pendant ce temps là, à l'autre bout du monde sur les côtes américaines ou indopacifiques, dame limule supporte, stoïque, son surnom de "crabe bleu". C'est indéniable : elle ressemble à un crabe. Un comble pour une cousine de l'araignée ! Et pourquoi "bleu" ? A cause de la couleur de son sang...

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Limule actuelle (aquarium de la Rochelle)
et limule fossile

Chez la limule, comme chez certains autres invertébrés - mais pas chez l'arénicole ! -, l'hémoglobine est remplacée par l'hémocyanine. Si vous avez fait du grec, vous savez que "cyan" signifie bleu. Si vous êtes branchés chimie, la principale différence entre les deux est l'ion central de la protéine : du fer dans l'hémoglobine des vertébrés (vous savez : la carpe, la mouette et le ciré jaune de tout à l'heure...) et du cuivre dans l'hémocyanine de la limule, des mollusques et des crustacés (non, la limule n'est toujours pas un crustacé !).

De nombreuses espèces de scientifiques s'intéressent aux limules. En plus de leur surnom ridicule de "crabes bleus", nos chères limules sont aussi qualifiées de "fossiles vivants". Charmant... ! C'est en réalité parce qu'elles ont très peu évolué depuis 500 millions d'années (elles ressemblent trait pour trait à leurs ancêtres ; on le sait grâce aux fossiles !). Les paléontologues les affectionnent particulièrement...

 

Sur la plage abandonnée
Coquillage et crustacés
Qui l'eût cru déplorent la perte de l'été
Qui depuis s'en est allé
La Madrague, Brigitte Bardot

Publié le 08/02/13

Modifié le 13/11/19