Myriam DUFOUR-MAÎTRE, Maître de conférences à l'Université de Rouen (centre de recherche du CEREDI) et Présidente du Mouvement Corneille- Centre International Pierre Corneille , nous fait partager l'univers de Corneille.

Quel est l'apport de Corneille au Théâtre en général ?

" L'apport de Pierre Corneille au théâtre est immense. On le reconnaît très tôt comme le " père de la scène française " (Fontenelle), et il est en effet le fondateur, sinon du théâtre français tout entier, du moins d'un grand nombre d'aspects nouveaux de la dramaturgie au XVIIe siècle. "

" Les comédies de Corneille, de Mélite à La Place Royale, inaugurent un radical changement dans la conception même du genre de la comédie. Corneille écarte de son théâtre les valets bouffons, les pères abusifs et les capitans, pour mettre en scène les honnêtes gens, ceux-là même qui assistent aux représentations théâtrales ". " Corneille ajoute l'invention d'un nouveau ressort qui caractérisera tout son théâtre tragique, le ressort de l'admiration, qui vient compléter les deux grands ressorts tragiques qu'avait définis Aristote, la crainte et la pitié ".

" Les héros cornéliens sont parfaits, en mal comme en bien, et c'est pourquoi ils suscitent l'admiration autant que l'horreur quand ils sont monstrueux, et l'admiration autant que la pitié quand ils sont vertueux ".

" Là où la plupart des doctes préfèrent le vraisemblable au vrai, Corneille affirme sa singularité en puisant dans l'Histoire ou dans la Fable (c'est-à-dire la mythologie) des sujets invraisemblables mais vrais, ou considérés comme tels. Ainsi, le sujet scandaleux du Cid, celui d'une fille qui continue d'aimer le meurtrier de son père, est-il invraisemblable mais vrai, attesté par une longue tradition ".

En quoi les textes de Corneille présentent-ils toujours une forme de modernité ?

" Corneille est d'abord, et cela mérite d'être redit avec netteté, un Moderne, au sens que prend ce terme dans la fameuse querelle des Anciens et des Modernes, qui débute en réalité dès le XVIe siècle. Auteur chrétien, Corneille croit en la supériorité de l'ère chrétienne sur les temps du paganisme. "

" Corneille serait donc moderne chaque fois qu'il nous permettrait de mesurer notre temps au sien, de constater soit ce qui nous rattacherait, avec lui, au socle immuable de la supposée nature humaine, soit ce qui ferait rupture entre les âges successifs d'une histoire des mentalités ? On voit aisément que son théâtre résiste, au moins, à toute annexion à notre modernité. "

" Ce qui fait obstacle chez Corneille éventuellement, ce n'est pas tant la langue que le discours. La complexité est celle même de la pensée, d'une pensée exigeante qui saisit ensemble, sans jamais les séparer, les questionnements dramatiques et les interrogations politiques, philosophiques, morales, religieuses."

" A ce titre, la modernité de Corneille ne relève ni d'une familiarité thématique avec les préoccupations de notre temps, ni d'une étrangeté accidentelle que pourrait réduire la connaissance historique d'un temps qu'on jugerait éloigné du nôtre. Cette modernité supposée serait plutôt structurelle, la formule toujours énigmatique d'un art."

interview-mdm

Publié le 29/01/2013

Modifié le 09/03/2020

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