Selon l’écrivain égyptien Taha Hussein, la campagne d’Égypte a été comme un « coup de tonnerre sur un monde endormi ». Pour certains, cette expédition aura généré la modernité et suscité l’éveil du sentiment national ; pour d’autres, ce sentiment préexistait, et sans l’invasion française, l’Égypte se serait développée selon des principes plus conformes à la tradition. Quoi qu’il en soit, l’expédition d’Égypte est déjà une manifestation de la politique colonialiste qui va se développer tout au long du XIXe et une partie du XXe siècle. 

Méhémet-Ali, vice-roi d'Égypte

Arrivé en Égypte en 1801 avec un régiment albanais, Méhémet-Ali s’impose rapidement comme un véritable homme de décision et de gouvernement. Il s’attribue le pouvoir de gouverneur en 1804, et dès l’année suivante, se fait nommer pacha par les Turcs. L’homme est très intelligent, habile stratège et fin diplomate, ce qui lui permettra de se maintenir, entre les Anglais, qui ont quitté le pays en 1803 mais ne rêvent que d’y revenir, et les Mamelouks, qui ne cessent de comploter pour lui reprendre le pouvoir — et dont il se débarrasse d’une manière aussi violente que radicale.

Dans le même temps, Méhémet-Ali consolide son pouvoir sur le plan international, en profitant de la faiblesse croissante de l’Empire ottoman. Il mène une politique de conquêtes en Arabie, en Syrie et au Soudan.

Image contenu
Portrait de Méhémet-Ali, vice roi d’Egypte,
Auguste Couder, 1841
Musée national du Château de Versailles
© RMN – © Gérard Blot

Régnant sans partage, il effectue des réformes importantes, parmi lesquelles l’introduction du coton à longues fibres, qui assurera une grande part de la prospérité de l’Égypte, et l’amélioration de l’irrigation, avec notamment la construction d’un barrage sur le Nil au niveau de son delta. En 1822, il fait installer au Caire la première presse à caractères arabes mobiles. Livres et journaux imprimés vont donc se multiplier, d’autant que l’école commence parallèlement à se développer. Une véritable opinion publique voit le jour, grâce à l’accessibilité croissante à une « culture » au sens large du terme, permettant à l’idée de nation de se consolider. Méhémet-Ali a été à la base de la Nahda, la renaissance égyptienne du XIXe siècle.

Les cadeaux diplomatiques Méhémet-Ali à la France

Méhémet-Ali avait compris qu’il lui fallait aligner l’Égypte sur le niveau culturel et scientifique occidental, sans pour autant négliger les racines culturelles et religieuses profondes de son pays.

C’est pourquoi il décida d’envoyer en formation en France les jeunes Égyptiens les plus brillants. Quarante-quatre étudiants furent ainsi accueillis en 1826 à Paris par Jomard, dans le cadre de la « mission scolaire égyptienne ». Parmi eux, Rifaa al-Tahtaoui (1801-1873), qui publiera à son retour L’Or de Paris : relation de voyage 1826-1831. Il sera par ailleurs à l’origine de l’ordonnance du 15 août 1835 qui fixe un cadre général pour l’organisation des fouilles et la création d’un musée pour la conservation des collections. Il participera activement à la réforme de l’instruction et à un programme de traduction d’ouvrages.

Image contenu
Buste de Mariette Pacha. Alfred Jacquemart, 1888
Château-Musée, Boulogne-Sur-Mer

 

Dans le même temps, Méhémet-Ali s’entourait de Français spécialisés dans les domaines les plus divers, et dont les noms sont souvent arabisés, tels le docteur Clot Bey qui crée des hôpitaux et la faculté de médecine, l’architecte Pascal Coste, des spécialistes de travaux hydrauliques comme Charles Lambert qui modernise l’irrigation, le colonel Sève (plus connu sous le nom de Soliman Pacha) qui réorganise l’armée, Louis-Alexis Jumel qui participe au développement de la culture du coton à fibre longue, ou encore Auguste Mariette Pacha, grand égyptologue, premier directeur du Service des antiquités.

Dans le domaine plus strictement diplomatique — et plus anecdotique — la période va connaître deux événements d’importance : Méhémet-Ali offre au roi Charles X un girafon baptisé Zarafa. Le roi le reçoit en grande pompe à Saint-Cloud au début de juillet 1827 ; dans les mois qui suivent, plus de 600 000 visiteurs se pressent au Jardin des plantes.

Le second cadeau diplomatique était plus prestigieux encore : il s’agit des deux obélisques du temple de Louxor. Un seul est transporté. Il arrive le 23 décembre 1833 après un voyage périlleux : cette masse de plus de 22 m de haut, pesant quelque 230 000 kg, sera érigée sur la place de la Concorde le 25 octobre 1836, en présence du roi Louis-Philippe, sous les applaudissements d’une foule immense.

Jean-Marcel Humbert © Institut du Monde Arabe - 2008

Publié le 18/04/2013

Modifié le 21/04/2021

Retrouve ce contenu dans: