Le 1er janvier 1764, dans le palais de Versailles où réside la cour de France, Wolfgang Amadeus Mozart, qui va avoir 8 ans à la fin du mois, est invité à la table du roi Louis XV. Sa famille l’accompagne : le père, Leopold, la mère, Anna-Maria, et la soeur aînée, Maria-Anna, surnommée Nannerl.

Une lettre de Leopold à ses amis salzbourgeois, les Hagenauer, précise les circonstances de cet épisode mondain, sans doute le moment le plus brillant d’un séjour parisien qui se déroule entre novembre 1763 et avril 1764 : « Le plus extraordinaire, aux yeux de Messieurs les Français, écrit-il, ce fut qu’au grand couvert du jour de l’An non seulement l’on fit place pour que nous accédions à la table royale, mais que mon Wolfgangus se tînt constamment près de la reine, causât sans cesse avec elle, l’entretînt, lui baisât plus d’une fois les mains et eût la faveur de manger auprès d’elle les mets qu’elle prenait pour lui sur la table. »

mozart1mozart à l'âge de 7 ans, en 1763 © DR

L’épouse de Louis XV, Marie Leszczynska (1703-1768), princesse d’origine polonaise vivant à Versailles depuis son mariage en 1725, sert d’interprète : « La reine, précise Leopold, parle allemand aussi bien que nous, mais comme le roi n’en sait pas un mot, la reine lui traduisait tout ce que disait notre valeureux Wolfgang. »

Une enfance voyageuse

À Paris, Wolfgang est loin de Salzbourg, sa ville natale. Cette circonstance traduit une donnée essentielle d’une vie que l’on sait brève (trente-cinq ans) : dès l’enfance, Mozart est un vrai nomade, entraîné sur les routes d’Europe par son père. Cet homme, né en 1719, entré à la cour du prince-archevêque de Salzbourg comme musicien-serviteur, devient violoniste puis vice-maître de chapelle. Il est connu comme pédagogue : son Traité de violon (1756) a été traduit en plusieurs langues. Mais à partir des années 1760, il se focalise sur l’éducation de ses deux enfants, auprès desquels il joue le double rôle de maître de musique et de précepteur. Il fait d’eux des professionnels accomplis. Particulièrement impressionné par les dons de son fils, il choisit de négliger ses propres ambitions et se dévoue à la réussite de ce qu’il estime être un cadeau du ciel. Il a formé le jeune garçon en virtuose du clavecin et d’autres instruments : violon, orgue, pianoforte (ancêtre de notre piano moderne). Wolfgang est aussi un bon chanteur. Il déchiffre à merveille une partition inconnue et sait improviser brillamment au clavier à partir d’un motif mélodique qu’on lui propose.

mozartPortrait de famille, en 1780 © DR

« Montrer un miracle au monde »

Leopold considère que sa mission est de faire connaître aux puissants du moment, à ceux qui financent la vie musicale, le génie de son fils ainsi que la haute virtuosité de sa fille au clavier. Il agit donc en impresario et organise pour ses deux prodiges des tournées de concerts à travers l’Europe. Encore faut-il que son employeur accepte qu’il déserte son poste à Salzbourg. Cet employeur est un prince archevêque, qui exerce depuis près d’un millénaire le pouvoir politique et religieux sur la ville dans le cadre du Saint Empire germanique et de sa mosaïque d’États souverains placés sous l’autorité d’un empereur choisi dans la dynastie des Habsbourg (voir page 139). La chance est du côté de Leopold car, jusqu’en 1772, c’est le libéral Sigismund von Schrattenbach qui gouverne. Amateur d’art, cet homme est conscient que la réputation des enfants Mozart, si elle est propagée, augmentera l’éclat de sa ville aux yeux de l’Europe. Il autorise donc Leopold à abandonner ses fonctions le temps que durent les voyages : entre le début de 1762 et le printemps 1773, les absences cumulées de la famille Mozart représenteront un total de sept années… Wolfgang a à peine 6 ans lorsqu’il commence à goûter à cette vie itinérante : la cour de Munich à la fin de l’hiver 1762, les salons de la noblesse et de la cour de Vienne à l’automne de la même année – occasion de pénétrer dans l’intimité de la famille impériale et, pour le petit garçon, de sauter sur les genoux de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche…

mozart2mozart à l'âge de 14 ans, en 1770 © DR

En juin 1763, toute la famille se met en route pour une immense tournée de trois ans et demi qui la conduit à Munich, Paris, Londres, Amsterdam, La Haye, Genève. La renommée des deux enfants devient telle que, dès l’annonce de leur présence, notables et princes se les disputent pour qu’ils jouent dans leurs salons. À Paris, la famille s’installe dans l’hôtel de Beauvais, près de l’église Saint-Paul, chez le comte Van Eyck, ambassadeur du prince électeur de Bavière. Il faut cependant à Leopold tout l’entregent du baron Friedrich Melchior Grimm (1723-1807), secrétaire du duc d’Orléans, pour être introduit à Versailles et s’y produire. C’est chose faite à la fin décembre 1763. Le séjour à la cour du roi se prolonge sur une quinzaine de jours. Mais tout est cher : les bûches pour se chauffer, les habits noirs pour avoir belle apparence, les chaises à porteurs pour circuler… Des frais heureusement compensés par les luxueux présents que reçoivent les deux petits musiciens – tabatières, montres et boîtes précieuses, le tout en or massif – et par le don de 1 200 livres que Louis XV accorde aux Mozart lorsqu’ils quittent la France.

retrouvez le dossier complet dans le n°5 d' elephant, la revue de culture générale, janvier 2014

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L'Eléphant est une nouvelle revue de culture générale qui paraît tous les trimestres. Elle traite à la fois de sujets de culture générale « classique » (sans lien avec une actualité) et de thèmes qui font écho à un événement contemporain.

Publié le 13/03/14

Modifié le 14/02/19