Le discrédit jeté sur Rameau par les Encyclopédistes se prolonge avec la Révolution et bien au-delà : le compositeur est assimilé à l’Ancien Régime, aux frivolités rococo du temps de Louis XV. Il est admiré par ses pairs (le compositeur romantique Hector Berlioz, par exemple), on continue de jouer au piano son œuvre pour clavecin, mais ses ouvrages lyriques ne sont plus au goût du jour. C’est seulement après la Seconde Guerre mondiale qu’ils sortent de leur long purgatoire.
Deux productions marquent les débuts de cette renaissance ramiste : Platée (festival d’Aix-en-Provence, 1956) et Les Indes galantes (mise en scène de Maurice Lehmann, Opéra de Paris, 1962). Le phénomène s’amplifie à partir des années 1970-1980 avec l’engouement pour le répertoire baroque. Les Boréades, Dardanus, Platée, Les Indes galantes ou Les Paladins stimulent l’inventivité des chefs d’orchestre (Jean-Claude Malgoire, John Eliot Gardiner, William Christie, Marc Minkowski…), des chorégraphes et des metteurs en scène (Laurent Pelly, Robert Carsen, José Montalvo…). Le public redécouvre chez Rameau l’ivresse de la danse grâce à des chorégraphies mariant pour le meilleur les codes de la danse baroque aristocratique et ceux du hip-hop et de la street dance contemporaine.

 
 

Jean-Philippe Rameau : La Danse des sauvages

Des danses, Rameau en a composé beaucoup parce qu'elles étaient l'ingrédient essentiel des spectacles que les Français du XVIIIe siècle appréciaient. Louis XIV, le roi danseur, avait donné le coup d'envoi au siècle précédent avec Lully, son musicien officiel. Cette Danse des sauvages a quelque chose de rugueux et de primitif. On dit que ce thème provient d'une authentique danse d'Indiens des Amériques que Rameau aurait entendue sur une foire parisienne. Il n'en fallait pas plus pour qu'il l'intègre dans son opéra-ballet, Les Indes galantes, sorte de comédie musicale endiablée qui prouve que l'être humain aime et se trompe partout de la même manière dans le monde.

Au crépuscule de sa vie, le compositeur avait subi les attaques des Philosophes au nom d’une valorisation extrême d’un type d’émotion « démocratique » suscité par des mélodies simples et des situations plus proches des hommes. Rameau triomphe désormais pour les raisons mêmes qui l’ont fait condamner jadis : ses propositions théâtrales, où cohabitent passions, fantaisie et merveilleux mythologique, sa musique avec ses rythmes inventifs, la splendeur de ses harmonies et de ses couleurs orchestrales sont une fête pour les sens et pour l’esprit. On prend aujourd’hui un plaisir sûrement plus vif à suivre une production des Indes galantes qu’à voir La Servante maîtresse de Pergolèse ou Le Devin du village de Rousseau.

Retrouvez le dossier complet dans le n°8 de L’Éléphant, la revue de culture générale, octobre 2014.

Publié le 10/10/14

Modifié le 13/11/19

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