Logo Lumni

Oups, veuillez renseigner une adresse email valide

France Télévisions et l’INA traitent votre adresse e-mail afin de vous adresser respectivement les newsletters Lumni et Lumni Médiateurs FTV, la newsletter Lumni Enseignants INA. Pour exercer vos droits sur vos données personnelles, cliquez sur le lien de désabonnement intégré dans les newsletters ou contactez FTV ou l’INA. Pour en savoir plus, voir les politiques de confidentialité de FTV et de l’INA.

bouton de recherche
couverture dada n° 190 | mars 2014 (cartier-bresson)

Cet article est extrait du n° 190 de la revue DADA.

Scène de rue au Mexique, années 1960. Un escalier dans l’ombre, et deux silhouettes qui se détachent. Elles nous disent tout de l’art de Cartier-Bresson…

 

Sur le vif

En 1934, Henri Cartier-Bresson est encore un jeune photographe. Il est invité au Mexique par un musée, pour y suivre un chantier de construction. Il perfectionne la maîtrise de son appareil pour réussir à capturer ce qu’il a vu et qui l’a ému. Ce sera la clef de son succès. Une trentaine d’années plus tard, c’est un reporter à l’œil averti qui revient à Mexico. Encore une fois, il arpente les rues à la recherche d’émotions. Des « instants décisifs », des moments précieux à saisir. En voici un avec ces ombres qui se cachent dans un escalier. Que vient-il de se passer ? Pourquoi tout s’est-il mystérieusement arrêté ? Cartier-Bresson saisit le moment précis où apparaît la silhouette d’un homme, comme une réponse à celle de la femme en contrebas. Cette œuvre fait partie d’une série de scènes de rue mexicaines, comme il l’avait déjà réalisé 30 ans plus tôt. Toutefois, une même impression revient, tel un refrain. Sentez-vous le trouble qui s’installe ?
 

henri cartier-bresson, mexique, oaxaca, 1963

Henri Cartier-Bresson, Mexique, Oaxaca, 1963. © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos - Fondation Henri Cartier-Bresson.
cliquer pour agrandir l'image.

Bizarre biz’art

Ce trouble, c’est ce qu’on appelle « l’inquiétante étrangeté ». Tout nous paraît familier, et même paisible dans cette scène. Pourtant, quelque chose nous dérange. Cette angoisse était déjà présente dans les premiers clichés réalisés par Cartier-Bresson au Mexique en 1934. Il faut dire qu’à Paris, au café de la place Blanche, il fréquentait alors le groupe des surréalistes. Il explore leurs idées sur le hasard et l’inconscient. Son appareil à la main, il photographie de manière spontanée, presque involontaire. C’est un réflexe, comme une respiration qui se fait naturellement. Naissent ainsi des images étranges, étonnantes. On retrouve cette atmosphère surréaliste dans ce cliché de 1963. Les personnages sont réduits à des silhouettes, qui se ressemblent mais regardent dans des directions opposées. Tout flotte, comme dans un rêve.
 

Entre les lignes

On voit peu de détails ici. Abstraite, cette photographie ? Elle est en fait rigoureusement construite. Dans l’art du début du XXe siècle, la géométrie est très présente dans les peintures mais aussi les photographies. Observez la diagonale qui traverse l’œuvre : elle découpe l’image en deux. La partie supérieure demeure dans l’ombre tandis que la partie inférieure baigne dans la lumière. On distingue, cependant, de la lumière dans l’ombre et de l’ombre dans la partie lumineuse. Quel équilibre ! Aux lignes verticales des colonnes répondent celles horizontales de l’escalier. Voilà un décor très structuré, dans lequel les personnages se retrouvent enfermés, comme dans des cases. Cette atmosphère pesante se rapproche des toiles de Giorgio De Chirico, l’un des peintres favoris des surréalistes… Avec ce cliché, Cartier-Bresson réussit à donner une image complexe du Mexique, avec ses zones d’ombre et de lumière, ses mystères et ses mélancolies.

En partenariat avec Revue Dadarevue dada

Dada est la première revue pour s'initier à l'art, accessible aux jeunes mais lue aussi par les plus grands.

Prenez l'histoire des arts au sérieux... tout en vous amusant.

Publié le 16/04/14

Modifié le 02/05/18

Retrouve ce contenu dans :