couverture dada n° 184 | juin 2013 (sur roy lichtenstein)

Cet article est extrait du no 184 de la revue DADA.

Pas une trace de pinceau, pas une sur-épaisseur de peinture : jamais le travail d’un artiste n’a semblé si mécanique. Mais cela n’empêche pas Roy Lichtenstein de rendre hommage à l’histoire de l’art. Recette…

 

Monsieur Propre

 

Quel drôle d’atelier ! Il appartient certainement à une fée du logis : voyez comme il est propre et rangé. Pas un pinceau, pas un chevalet, cela en devient presque suspect. Si tout est si net, c’est à cause de la technique de Lichtenstein : avec ses lignes droites et ses motifs tramés, l’image de son atelier paraît très lisse, presque mécanique. Et pourtant, son travail est artisanal. Après croquis et collages préparatoires, la version finale, photographiée dans un format diapositive, est projetée sur la toile. L’image est redessinée à la mine de plomb, puis avec du ruban adhésif noir. Les points de trame sont réalisés au moyen de pochoirs, puis la couleur est appliquée et les contours sont peints avec plusieurs couches de noir. Encore quelques doutes sur le fait que Lichtenstein est un peintre, un vrai ? En choisissant de peindre un atelier, l’Américain s’attaque à un thème traditionnel de l’histoire de l’art. Et il ne s’arrête pas là…
 

roy lichtenstein, atelier de l'artiste « look mickey », 1973

Roy Lichtenstein, Atelier de l’artiste « Look Mickey », 1973, huile, magna, sable, poudre d’aluminium sur toile, 243,8 × 325,1 cm.
Minneapolis, Walker Art Center
© Estate of Roy Lichtenstein New York. © ADAGP, Paris 2013.
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Henri, Georges et les autres

Roy Lichtenstein est un boulimique d’images. Tout y passe : bandes dessinées, publicités, magazines, cartes postales… Rien d’étonnant ainsi d’avoir comme une impression de déjà-vu face à ses toiles. Cela est encore plus flagrant quand il s’attaque à l’histoire de l’art. Cette idée de peindre des ateliers d’artiste ? Elle est inspirée par les représentations que Henri Matisse a faites de son propre studio. D’ailleurs, l’espace d’Atelier d’artiste « Look Mickey » est organisé de la même manière que L’Atelier rouge de Matisse, en particulier l’accrochage des cadres. Quoi d’autre ? La table de sculpteur, la cruche, la plante : tous empruntés également au maître des fauves. Le balustre, à droite à côté du canapé, a été subtilisé chez Georges Braque ou Fernand Léger. Pas de jaloux ! Qui est l’artiste dont les tableaux côtoient des objets volés chez les plus grands maîtres ? Lichtenstein, lui-même.
 

Petite et grande histoire

Atelier d’artiste « Regarde Mickey » est aussi une véritable rétrospective de son travail. De nombreux éléments se sont échappés de ses œuvres précédentes. Les fruits proviennent de ses natures mortes, la frise de sa série Entablatures, le téléphone de R-R-R-R-Ring. Lichtenstein va jusqu’à reproduire des tableaux entiers. Le cadre retourné mais aussi le grand tableau / miroir sur le mur jaune ? Du pur Lichtenstein ! Le paysage avec les dunes et les mouettes verra le jour un an plus tard avec Landscape. Le clou du spectacle reste la reproduction de Look Mickey. Tout un symbole : il s’agit de la première œuvre pop de Lichtenstein, marquant en 1961 le début du succès. Cette toile est également un clin d’œil à son goût pour les bandes dessinées. Voici ses œuvres dans le même espace que celui de grands maîtres. Cherche-t-il à nous dire que ces toiles-là appartiennent au passé et font désormais partie de l’histoire de l’art ? Alors, Roy : même pas peur de Matisse ?

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Publié le 18/06/13

Modifié le 02/05/18