Cet article est extrait du no 203 de la revue DADA.

Madame ? Non, Mademoiselle !

Née en 1755 à Paris, la petite Élisabeth dessine sans arrêt dès sa plus tendre enfance, y compris sur les murs de son dortoir ! Il faut dire que son père, Louis Vigée, est peintre. Alors qu’elle n’a que 7 ou 8 ans, il découvre son travail avec délectation : « Tu seras peintre, mon enfant, ou jamais il n’en sera. » Malheureusement, son père et professeur meurt quelques années plus tard. L’artiste Gabriel-François Doyen, un ami de la famille, encourage Élisabeth à persévérer. Elle commence à dessiner d’après nature, fréquente peintres et musées. Sa technique ? Elle la forge en copiant les plus grands comme Rembrandt, Greuze ou Rubens. Sa notoriété grandit et les commandes de portraits se multiplient. À 15 ans, elle réalise celui de sa mère. C’est le début du succès.

 

Élisabeth, reine de Paris

Cette jeune fille issue de la petite bourgeoisie se marie mais pas question de rester au foyer. Elle obtient l’autorisation de travailler à la cour. Quelle belle reconnaissance ! Ses portraits de femmes ont tapé dans l’œil de la reine Marie-Antoinette. Élisabeth devient peintre officielle et, en 1783, elle peut présenter une œuvre à l’Académie royale de peinture et de sculpture. Un privilège rare pour une femme. De plus, à l’instar de la souveraine, madame Vigée Le Brun est une vraie fashion victim. Dans ses œuvres, elle s’attarde sur les détails, pour créer le portrait le plus flatteur possible. Parfait pour la reine ! Cela saute aux yeux sur cette toile, La Reine Marie-Antoinette, dit « à la rose ». Les cheveux se font vaporeux et bouffants, les plumes du chapeau, soyeuses. Le teint de la souveraine est aussi frais que la fleur qu’elle tient. La dentelle qui borde sa robe est délicate, presque translucide. Les plis de sa jupe miroitent. Chez Vigée Le Brun, on peut quasiment dater ses œuvres en fonction des modes vestimentaires.

 

 

Élisabeth-Louise Vigée Lebrun, Marie-Antoinette, reine de France, 1783. © Photo : château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / Jean-Marc Manaï.

 

Victime de la mode

Justement, regardez cet autoportrait avec sa fille Julie. Un vrai moment de tendresse entre une mère et son enfant. Mais avez-vous remarqué ? Finies les robes à panier et les coiffures farfelues. Ici, retour à la sobriété avec, en guise de vêtement, un simple linge blanc ceint d’un tissu écarlate et un bandeau dans les cheveux. Chercherait-elle à changer d’image au moment de la Révolution ? Peine perdue… À ce moment-là, tout vole en éclats. Associée à la cour de Louis XVI et Marie-Antoinette, elle doit fuir la France. Heureusement, nombre de ses relations ont trouvé refuge dans les cours étrangères et ses œuvres ont fait le tour de l’Europe. Elle est bien reçue, partout où elle passe. Pendant ses 12 ans d’exil, elle réalise de nombreux portraits d’aristocrates européens. De retour en France, elle sera même sollicitée pour peindre le portrait d’une des sœurs de Napoléon. À sa mort en 1842, elle laisse plus de 800 portraits derrière elle.

 

 

Élisabeth-Louise Vigée Lebrun, Madame Vigée Le Brun et sa fille, Jeanne-Lucie-Louise, dite Julie, vers 1789. © Photo : musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Angèle Dequier.

 

Clémence Simon

en partenariat avec revue dadarevue dada

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Publié le 23/09/15

Modifié le 28/09/15