Vidéo : Julia Cagé : la recherche, une arme contre les fake news ?

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INA
Culture générale09:02Publié le 19/10/2021

Julia Cagé : la recherche, une arme contre les fake news ?

Colloque « Les démocraties à l’épreuve des infox »

Le phénomène des fake news, ou « infox », pose la question de la circulation et de la reprise des informations. Des mécanismes qui requièrent l’analyse de grandes quantités de données. C’est l’objet de la recherche de Julia Cagé.

Pourquoi s’intéresser au phénomène de propagation de fake news ?

« Il faut travailler au-delà de cette seule question. Dans notre précédente recherche faite de pair avec Nicolas Hervé et Marie-Luce Viaud, on a regardé la propagation des contenus sur les sites internet des médias en France en 2013. Il manquait deux aspects importants de la circulation de l’information : toute la partie hors ligne, comme les journaux papier, la radio et la télévision, et d’autre part les réseaux sociaux.

Plutôt que de considérer les seuls sites internet, il faut considérer également les journaux à la radio ainsi que les chaînes d’information en continu, utiliser ces contenus et les transcrire en format texte afin de pouvoir les comparer et les étudier, en ajoutant toute la question des réseaux sociaux avec Twitter en particulier.  De cette façon, on peut voir avec Twitter comment les informations se propagent sur les réseaux sociaux, sur les médias traditionnels, et comment elles passent ou pas de l’un à l’autre. Une fois que c’est fait, c’est d’utiliser ex post les fake news qui auront été identifiées afin de voir s’il y a eu des comportements de propagation particuliers, d’abord sur les réseaux sociaux, puis sur les médias traditionnels. Finalement, essayer de voir dans quelle mesure le comportement de propagation d’une nouvelle peut nous informer avec une certaine probabilité qu’elle soit fausse ou qu’elle soit exacte ».

Pourquoi est-il important d’analyser ces phénomènes ?

« Si ce n’est pas fait, il sera alors impossible de lutter contre les fake news, alors que c’est tout l’enjeu aujourd’hui.

Il y a deux aspects, un aspect d’incitation : Si on voit que les médias ont des mauvaises incitations qui les poussent à propager des fake news, on peut essayer d’agir sur ces incitations. Deuxième chose, quand une nouvelle se propage aujourd’hui, on ne sait pas distinguer en temps réel une vraie news d’une fake news.

On essaie donc, en établissant des chemins de propagation, de donner une probabilité que telle ou telle info soit vraie ou fausse. Ça ne résout pas le problème mais ça permet d’allumer un clignotant : cette information en temps réel semble se comporter comme une fake news ».

Analysez-vous toutes ces données à la main ?

« Non, c’est un travail qui ne pourrait pas être fait sans l’aide de l’INA et ses chercheurs en informatique qui construisent des algorithmes. Il y a énormément de défis d’un point de vue computationnel quand on fait ce travail : on essaie de collecter quasiment tout le flux de Twitter en français, ce qui représente plusieurs millions de tweets par jour. Stocker tout ça, c’est compliqué. Appliquer par-dessus  des algorithmes de clustering pour mettre ensemble les tweets qui parlent ensemble des mêmes événements, c’est quelque chose qui n’a pas encore été vraiment résolu en informatique. Ensuite, il y a le chercheur en économie et sciences politiques qui amène sa touche. De tout ça, on va tirer des statistiques qui seront utilisées dans nos précédents travaux afin de quantifier la vitesse de propagation de l’information. et en tirer des conséquences. La question de l’originalité interroge sur les incitations des médias à produire de l’information de qualité s’ils sont systématiquement copiés-collés par leurs concurrents.

Derrière la question de la propagation des fausses nouvelles entre réseaux sociaux et médias traditionnels, il y a celle des incitations des médias traditionnels à reprendre des infos qu’on qualifie de « putaclic ». Pourquoi ont-ils ou pas des incitations à les reprendre ? Qu’est-ce que ça leur rapporte en termes de trafic et de revenus publicitaires ? »

Les médias ont-ils une responsabilité dans la propagation des fake news ?

« Clairement, la plupart des médias ne propage pas de fake news. Au contraire, ils passent un temps et une énergie folle à lutter contre elles. La tendance actuelle c’est plutôt les initiatives de fact-checking, Libération en a une, l’AFP en fait beaucoup également car elle reçoit tous les jours beaucoup de demandes des autres médias, mais également des citoyens.

Par exemple, sur Internet, vous pouvez demander à l’AFP si une photo est vraie.

Il faudrait interdire la publicité politique sur Facebook ce qui permettrait de limiter la propagation de fausses nouvelles, qui sont des fausses nouvelles à des fins politiques. Regardez le poids joué par des groupes d’intérêts américains qui vont aussi essayer de rentrer dans le jeu électoral européen en utilisant les réseaux sociaux pour faire passer de fausses nouvelles ».

 

Cet entretien avec Julia Cagé, économiste et professeure à Sciences Po, a été réalisé le 20 mars 2019 dans le cadre du colloque « Les démocraties à l’épreuve des infox » organisé par l’INA et la BNF. Il a été initialement publié dans La Revue des médias (INA), le webmagazine qui analyse les mutations des médias.

Producteur : INA

Année de copyright : 2019

Publié le 19/10/21

Modifié le 19/10/21

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