La France en guerre au journal télé

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Publié le 12/06/19Modifié le 14/11/19

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La guerre au journal télévisé, ça fait 70 ans que ça dure ! Quelles que soient les époques, les chaînes, les plateaux, les présentatrices et les présentateurs, au JT, a toujours témoigné des conflits armés !

Le journal télé naît en temps de paix. Mais une paix qui porte encore les stigmates d’une guerre mondiale destructrice. Au JT, les images de commémorations se multiplient, tandis que la France et le reste de l’Europe essaient de regarder vers l’avenir. A partir de 1954, toutefois, alors que la télévision devient vraiment populaire, la France s’empêtre dans un nouveau conflit, en Algérie.

Le journal télévisé sous le contrôle de l’Etat

Les premières années, la censure du JT n’est pas encore très stricte. C’est ainsi que les téléspectateurs verront Guy Mollet, alors président du Conseil, recevoir des tomates et des mottes de terre de la part de manifestants à Alger. Il n’en fallait pas plus : le ministère de l’Information renforce immédiatement son contrôle du journal télévisé. Les images négatives et les voix dissidentes disparaissent au profit d’une propagande en bonne et due forme. Une censure qui sera réaffirmée par le général de Gaulle dès son accession au pouvoir en 1958. Pour le chef de l’Etat, le JT doit agir comme un contrepoids à la presse, qu’il estime hostile à sa politique.

Dès 1962 et la fin de la guerre d’Algérie, le JT couvre le retour des rapatriés français… Mais il contribue à cacher le drame des harkis, ces Algériens ayant combattu dans l’armée française pendant la guerre. La très grande majorité se verra refuser le statut de réfugié, des dizaines de milliers seront massacrés et la France mettra quarante ans à reconnaître sa responsabilité.

Au JT, le devoir de mémoire se résume la plupart du temps à la répétition des mêmes images de commémoration : les porte-drapeaux, les gerbes déposées, les saluts émus… La douleur du souvenir n’empêche pourtant pas les instruments de guerre de continuer à fasciner le public. Et cette fascination n’est jamais aussi forte que lors des défilés du 14 Juillet. En direct au JT, la France montre certains de ses 200 000 soldats, sous le salut du chef des armées et de la bannière dessinée dans le ciel par la Patrouille de France.

Comment les journalistes couvrent-ils les conflits ?

Pour autant, le récit national de nos guerres ne se limite pas aux parades. Au JT, le plus grand défi reste de couvrir un conflit lorsqu’il bat son plein. Depuis l’Algérie, la France n’a plus connu de guerre sur son territoire, mais elle n’a pas cessé de combattre. Au total, elle a engagé plusieurs centaines d’opérations extérieures, dans 80 pays différents. Elle est intervenue avec les forces de l’ONU ou dans des coalitions internationales pour mettre fin à des conflits sanglants. Comme au Liban en 1982. Ou au Kosovo en 1998. Mais elle a également déclenché des offensives pour défendre ses intérêts - comme au Mali ou en Syrie - contre un ennemi d’un genre nouveau. Distants, tous ces conflits sont vécus au travers des images qu’ils produisent. Alors, pour créer un sentiment de proximité, une figure emblématique du JT émerge : l’envoyé spécial. Garant des informations collectées sur le terrain, il pose le plus souvent devant des décombres, signalant ainsi la véracité du problème.

Le journal télé montre-t-il tout de la guerre ?

Autre image récurrente des JT en temps de guerre : le rapatriement de nos soldats tombés au combat. Un moment de recueillement nécessaire, mais qui, s’il se répète trop souvent, finit par questionner l’opinion publique. C’est pourquoi la censure en temps de guerre reste de mise. Même depuis que les télévisions ne sont plus officiellement soumise à la mainmise de l’Etat. La guerre du Golfe en sera peut-être l’exemple le plus extrême. Le spectacle de la guerre fascine. Vu de loin, il convoque des visions dignes de films hollywoodiens. De plus près, il suscite l’effroi le plus intense. Chaque guerre produit des images indélébiles. Comme la visite surprise de François Mitterrand à Sarajevo ou, plus récemment, la capture et le lynchage de Mouammar Kadhafi, suite à l’intervention en Libye.

Mais dans une ère de course à l’information, comment faire la distinction entre explication légitime et sensationnalisme ? Alors, parfois, le filtrage des images les plus choquantes se fait a posteriori. Montrer une guerre sans violence est absurde, mais montrer la violence sans l’expliquer est irresponsable. Face à la guerre, le journal télé doit donc nourrir sa capacité à donner du sens aux images... Surtout lorsqu’il s’agit de parler de ce que l’être humain produit de plus insensé.

 

De quelle manière, depuis 70 ans, le journal télévisé a traité des grands sujets de société ? En 11 épisodes de 5 minutes, la série JT'm explique comment notre regard a évolué sur la place des femmes, l'environnement, les régions...

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