Entretien avec Jean-Michel Besnier, philosophe

Déresponsabilisation, déshumanisation, simplification à outrance : il y a urgence à penser l'usage et les conséquences des nouvelles technologies sur l'individu, le travail et la société. Propos recueillis par Isabelle Magos.

l'homme simplifié

Présentation de l'auteur

Jean-Michel Besnier

Professeur de philosophie à l'université Paris IV-Sorbonne, auteur de L'Homme simplifié. Le syndrome de la touche étoile, Fayard, 2012.
 

Vous affirmez que la technologie a pris une place fondamentale dans notre société et qu’elle est en train de nous formater.

La grande différence entre les sociétés traditionnelles et nos sociétés occidentales tient au fait, qu’actuellement, les objets que nous avons créés nous façonnent largement. Il est donc essentiel, pour penser l’homme, de s’interroger sur les conditions de ce formatage. Depuis longtemps, en particulier depuis les travaux d’André Leroi-Gourhan1, on a l’idée que le processus de l’« hominisation », c’est-à-dire l’évolution qui a conduit à l’homme actuel, est le produit conjugué des outils et de la parole, c’est-à-dire de la technique et du langage, en quelque sorte, le croisement de Prométhée et d’Hermès.

La technique, au même titre que la parole, est constitutive de l’humanité. Or il est intéressant de relever que notre société a, dans un premier temps, refoulé la technique. Depuis l’Antiquité grecque, les tâches techniques étaient considérées comme serviles. Et c’est aux encyclopédistes, au XVIIIe siècle, qu’on doit d’avoir redonné à la technique une place essentielle, fondamentale aujourd’hui.

Selon vous, cette technique prendrait le pas sur la parole.

Oui, j’estime que nous sommes témoins d’un déséquilibre, car nos technologies contemporaines décrédibilisent peu à peu la parole, en réduisent le pouvoir.

Il existe une sorte de déshumanisation, dans l’hypertrophie des tendances techniques qui nous « coupent » la parole. Les serveurs vocaux en sont une belle illustration. Nous n’avons pas d’interlocuteur, nous ne pouvons pas parler, il nous faut juste prononcer le bon mot, déjà prévu. Il n’y a donc pas de « signe » possible de notre part, c’est-à-dire d’élément qui appelle d’autres signes et fait référence à une situation humaine. Il n’y a plus que des « signaux », qui eux n’appellent qu’une seule réponse possible, une réaction comportementale, comme chez les abeilles. Notre modernisme contemporain est tout entier dans cette production mécanique et cet échange inintelligent de signaux.

Et l’on ne peut que constater la prolifération des technologies qui veulent en finir avec le langage. Pour assurer la transparence et l’efficacité à l’intérieur d’une société, on prétend contrer le langage, qui est toujours porteur d’ambiguïté. La technologie impose un langage efficace, une écriture qui va droit au but – 140 signes pour Twitter – et s’inscrit contre la littérature, qui est l’art de la circonvolution, la pratique du détour. C’est tout le pouvoir coercitif de la technique que je pointe. Je ne m’insurge pas contre la technologie ; je milite pour qu’on réfléchisse à l’usage qu’on en fait.

 
 

Jean-Michel Besnier : l'intelligence des machines

Avec les nouvelles technologies, l'homme parvient à construire des machines plus intelligentes que lui. Jean-Michel Besnier, philosophe, explique qu'on a commencé par créer des systèmes experts capables de résoudre des problèmes. Puis, on s'est orienté non plus vers l'intelligence artificielle mais vers la vie artificielle comme les robots qui savent simuler des comportements intelligents. Ils sont capables de s'adapter à des environnements dotés d'obstacles inconnus.

En 2005, Elizabeth Martichoux interrogeait Jean-Michel Besnier sur l’intelligence des machines

Vous critiquez aussi l’apparente sophistication des outils de communication et un certain usage d’Internet.

Les messageries électroniques appauvrissent considérablement les échanges.

Par ailleurs, le web dit « sémantique » est une machine qui s’arroge l’initiative dans le tri des données et la transmission des informations. On ne s’inquiète pas assez de l’effet culturel de Google sur le tri sélectif des occurrences qui conditionnent le sens des informations. Aujourd’hui, lors d’une recherche par Google, seules les dix premières entrées sont prises en compte ; il en résulte une véritable sélection des comportements culturels : ce sont des machines qui effectuent de plus en plus les recherches qui donnent leur matière aux journaux, grâce à un scannage généralisé par mots-clés. Finalement, nous sommes tous pris dans une grande entreprise de simplification.

Dans votre précédent ouvrage, vous parliez de « l’homme augmenté ». Vous venez de publier L’homme simplifié. Serions-nous dans une nouvelle perspective ?

Cette terminologie de l’« homme augmenté »est désormais largement répandue dans le corps médical, qui voudrait promouvoir des capacités accrues chez les humains. Les ambitions affichées sont simples : mémoriser plus, dormir moins, courir plus vite, se concentrer davantage et plus longtemps… À chaque fois, on est dans le plus, jamais dans le mieux. L’homme augmenté n’est pas l’homme amélioré, mais l’homme boosté. Cet accroissement des facultés cognitives ou sensori-motrices s’effectue clairement par référence à un homme perçu comme diminué, dans le but de fabriquer un être qui saura surtout engranger des données, se concentrer sur une seule tâche, produire des automatismes de conduite – bref, dans le but de fabriquer un être monolithique dont les performances seront ajustées à des tâches répétitives ou mécaniques. Et ce pour des raisons économiques, afin d’obtenir un gain de productivité. Dans la réalité, cet homme qu’on dit augmenté est un homme simplifié, réduit à des comportements élémentaires. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que, derrière toutes ces stratégies, on trouve la recherche militaire, qui aimerait avoir affaire à un homme capable de suivre le mouvement, de prendre des décisions rapides, de résister à la fatigue…

Vous allez même jusqu’à affirmer que le paradigme de notre société, c’est l’autiste.

Oui, nous sommes en train de nous laisser séduire par le modèle de la performance telle qu’en sont capables les autistes Asperger. Ils sont en passe de figurer comme les nouveaux héros de notre société2 ; d’aucuns les considérant non plus comme des handicapés mais comme des « variants humains » qui préluderaient à une nouvelle espèce humaine, issue d’une sélection naturelle. L’autiste a un comportement obsessionnel, il est très peu vulnérable à la distraction, n’a aucun goût pour l’échange verbal, il est méticuleux, tout entier à ce qu’il fait ; en résumé, c’est un être idéal pour le travail qui exige des automatismes et des procédures. Il existe d’ailleurs aujourd’hui aux États-Unis ou en Suisse des sociétés spécialisées dans la gestion des données numériques qui ne travaillent qu’avec des autistes Asperger.

Car dans le monde de la technologie, l’objectif est bien de supprimer la dimension de l’intériorité, qui n’a pas d’utilité ni de signification exploitable. Le but est seulement d’obtenir des machines qui puissent se dupliquer, et des comportements humains qui leur soient adaptés. Or pour adapter l’humain aux machines, il faut simplifier l’homme, ce qui revient à faire disparaître sa dimension d’intériorité, encombrante et imprévisible, donc susceptible de parasiter les fonctionnements des machines.

Rien d’étonnant si ce qui caractérise le monde du travail n’est plus constitué de métiers mais d’emplois. L’emploi est associé à la mise en œuvre d’automatismes, de procédures à suivre. La part prise par la « rationalité procédurale » est devenue l’unique norme. Exercer un emploi, c’est remplir une tâche et suivre un indicateur précis d’évaluation pour déterminer si cette tâche a bien été remplie. L’individu est simplement « employé » à quelque chose ; il est interchangeable. Nous sommes dominés par une conception cynique du travail, et coupés d’une culture qui implique savoir-faire et expérience.

Les métiers liés à la connaissance, à l’information et à la communication reposent, paradoxalement, sur cette même logique. Il suffit de lire Matthew B. Crawford3 : il raconte son expérience de jeune professionnel embarqué dans des activités censées exploiter son intelligence, mais ayant en réalité évacué toute signification. Cette conception rationalisatrice du travail s’étend d’ailleurs à tous les champs de la société, comme l’atteste le vocabulaire des entreprises qui s’est diffusé partout. On s’inquiète à juste titre chez les chercheurs à propos des agences d’évaluation qui les comptabilisent désormais comme « produisants », sur la base du nombre d’articles qu’ils ont publiés, sans s’inquiéter vraiment de la qualité de ces articles.

Vous affirmez qu’on voudrait supprimer les émotions ; or nous sommes une société très psychologisante, qui n’a jamais tant observé et analysé ses émotions.

Cette tendance peut refléter une angoisse diffuse. On s’enthousiasme et, en même temps, on s’effraye des perspectives de cette société tout entière vouée aux technologies. Nous sommes en effet convaincus que le monde du travail dans lequel nous sommes est assez impitoyable ; alors nous mettons en avant nos intensités émotionnelles comme contre-feu. Émotions que, le plus souvent, on veut neutraliser à travers l’hyperactivité ou les loisirs, ou bien qu’on voudrait contrôler. Nous sommes dans le règne de l’écrasement des émotions. Et plus la conception technologique contaminera l’ensemble du champ social, moins nous laisserons à cette part d’intériorité humaine la possibilité de s’exprimer.

En témoignent certains experts, comme Kevin Warwick4, un des plus bruyants spécialistes en cybernétique, qui sont partisans de ce tout technologique issu de l’intelligence artificielle et réfractaires à l’émotionnel en nous. Ceux-ci en viennent d’ailleurs à se demander si le langage est encore bien nécessaire. Pour eux, l’aboutissement ultime de la technologie, ce pourrait être la télépathie et donc la suppression du langage.

Cette télépathie ne relève plus de la science-fiction, elle est presque à portée de main grâce à la maîtrise technique des ondes électro-magnétiques. La robotique y est déjà parvenue, puisque des tétraplégiques actionnent des bras artificiels commandés par des ordinateurs, juste en y pensant. La prochaine étape sera de mettre en relation directement deux cerveaux. Un laboratoire de recherche, à Grenoble, y travaille d’ailleurs depuis longtemps, avec la bénédiction des militaires, qui ont tout intérêt à savoir influencer le comportement des individus, en agissant directement sur leur cerveau.

Nous sommes en plein béhaviorisme, né il y a un siècle5.

Oui, l’individu y est considéré comme une « boîte noire », dont le contenu est inaccessible. On peut juste observer l’input, et effectuer un contrôle sur l’output. C’est, pour les chercheurs en psychologie du comportement, la seule façon de faire de la psychologie : s’assurer de ce qu’on branche en amont, être sur des rails et anticiper ce qui en résultera. Une utopie, forgée par Burrhus F. Skinner dans les années 1950 et baptisée Walden II, mérite d’être évoquée : une société entièrement basée sur la science des comportements, le but étant de renforcer les comportements coopératifs des individus les uns par rapport aux autres. Cette utopie n’est pas loin de se réaliser, à l’échelle des entreprises ou des communautés. Et avec l’apport des neurosciences qui, en recourant à des instruments de reconnaissance des émotions, permettent d’en influencer les manifestations et d’effectuer par ce biais soit un contrôle, soit une stimulation, comme on peut déjà l’expérimenter dans le domaine du neuromarketing.

On voit aussi se développer aujourd’hui une « informatique émotionnelle » qui sert les objectifs de la robotique. Elle doit permettre aux automates de reconnaître telle ou telle émotion sur un visage, et de l’imiter ; ces émotions n’étant considérées que comme des signaux. La tristesse, ce sont des larmes ; la joie, un rictus – cela suffit à leur donner réalité.

Dans le monde de la recherche que je côtoie, on s’interroge sur le mode strictement fonctionnel des émotions ou de la conscience, et sur leur utilisation dans l’action. La conscience, en tant que vécu psychologique réputé incommunicable, est désormais presque considérée comme un handicap. Certains estiment d’ailleurs que l’espèce humaine, qui en eut d’abord besoin, devrait pouvoir s’en passer : dans un monde de machines, la conscience ralentit les décisions.

Pour Skinner, une société idéale serait celle d’individus seulement soumis à leurs instincts et non à leur réflexion ; comme des animaux, qui n’ont à prendre que des options programmées par leur physiologie. Tel est, hélas, ce modèle qu’on défend parfois dans l’entreprise, en particulier chez les consultants : transformer celle-ci en termitière. L’éthologie, la science du comportement des animaux, se met aujourd’hui de plus en plus au service de l’entreprise. Éric Bonabeau, éthologue et polytechnicien, en est un spécialiste. Des outils d’analyse comme Swot6 en découlent. C’en est une des déclinaisons les plus connues, et l’on s’en sert à peu près dans tous les domaines. C’est consternant de naïveté, juste un vernis de scientificité.

 
 

Jean-Michel Besnier : la révolution numérique

Jean-Michel Besnier, philosophe, explique ce que signifie la société dite de l'information dans laquelle nous vivons aujourd'hui. Grâce aux nouvelles technologies, l'information est devenue la source essentielle de production, de productivité. Au plan philosophique, l'être humain n'est plus considéré comme auteur de ses actions mais comme une boîte noire où véhicule un flux d'information.

En 2005, Elizabeth Martichoux interrogeait Jean-Michel Besnier sur la révolution numérique

Vous parlez à propos du web d’une « planète cerveau ».

L’ensemble des technologies qui nous mettent en relation les uns avec les autres, et l’incroyable construction en réseau qu’elles produisent, sont à l’image d’un cerveau qui serait planétaire et doterait ainsi l’humanité d’une gigantesque intelligence collective. Chaque individu pouvant ainsi être assimilé à un neurone, mis en contact au sein d’un réseau synaptique. Mais le préjudice moral est énorme, car si nous sommes les neurones de la planète, cela signifie que nous sommes toujours remplaçables ; un neurone meurt, un neurone n’est pas intelligent. Il n’est que réactif : actif ou inactif. Dès lors, l’individu n’existerait plus que lorsqu’il fait passer de l’information, exprimant ainsi un homo communicationnel, qui ne vivrait que pour autant qu’il est porté par le flux d’une information ; cet individu n’aurait plus rien en soi, il ne serait qu’opérateur de commutation.

Pour certains chercheurs, cette totalité englobante est une opportunité magnifique, à l’image d’un immense cerveau, plein de promesses. De mon côté, j’estime que si l’individu se considère comme un simple passage, dépourvu de substance, jamais irremplaçable, il ouvre la voie à l’immoralité. Être remplaçable déresponsabilise : nous ne sommes plus auteurs de rien, pas même de notre vie. Nous ne sommes causes d’aucun effet, nous ne pouvons nous imputer aucune action. Nous sommes bien plutôt l’effet de quelque chose qui nous traverse.

Nous sommes encastrés dans des dispositifs où tout est intriqué, sans début assignable ni fin prévisible. La complexité n’est pas ici en question. Elle ne s’oppose pas au simple, mais ne tient qu’à la multiplicité de chaînes causales qui peuvent toujours être démêlées, moyennant des instruments d’analyse. En revanche, c’est de complication qu’il s’agit, c’est-à-dire de cette part de caprice, d’imprévisible et d’arbitraire qui accompagne ce qui est humain. L’analyse scientifique, ici, est impuissante. Peut-être parviendrons-nous un jour à comprendre comment une chaîne de causes permet que le battement d’ailes de papillon produise un cyclone – ce n’est que du complexe –, mais les ressorts du sentiment amoureux de Madame Bovary ou la folie du prince Mychkine de Dostoïevski ne se laisseront pas réduire à un schéma simple. Voilà toute la différence que veulent ignorer les scientifiques, qui confondent le compliqué et le complexe et sont prêts à nous assimiler à des insectes sociaux, acteurs inconscients dans le monde du travail, où l’imprévisible est à bannir car il ôte le pouvoir. Seuls l’art et la littérature rendent encore compte de cette imprévisibilité-là.

Que faire ?

S’il y a une réponse, elle est dans le soin à ne jamais minimiser la complication des hommes ; à ne pas laisser l’homme se réduire à un pur et simple être de pulsions, de réactions ou d’automatismes. L’éducation tient une place déterminante. On observe aussi, ici ou là, de prometteurs foyers de résistance : des appels à la sobriété technologique, à la simplicité volontaire… Ce sont des mouvements qui ne refusent pas la technologie, mais veulent la repenser, sous l’angle de la convivialité et du bien-être. Certains déjà luttent contre l’obsolescence programmée, poussent à la mise en place d’outils législatifs pour réfréner l’avidité technologique. Il faut résister par la prise de conscience certes, mais aussi par une meilleure régulation politique. Ne laissons pas la technologie saturer notre conception du monde. Refusons de jouer les apprentis sorciers, soucieux de balayer l’ancien sous le seul prétexte qu’il serait ancien.

 
 

Jean-Michel Besnier : technologie et éducation

Les nouvelles technologies de l'information et de la communication sont-elles au service de l'éducation ? La mise à disposition de toutes les encyclopédies du monde peut produire un effet d'aveuglement. Selon Jean-Michel Besnier, le véritable défi de ces technologies de l'information est d'apprendre à questionner ces données et de les gérer.

Jean-Michel Besnier : technologie et éducation (entretien de 2005 avec Elizabeth Martichoux)

L’innovation technologique conduirait à la déresponsabilisation et préluderait à une grande mécanisation de l’humanité.

Aujourd’hui, les chercheurs sont engagés dans une logique de l’innovation pour l’innovation. Sur la base de leurs travaux, on lance des produits, comme les téléphones, qui peuvent tout faire, et on confie au marché le soin de décider de leur viabilité. C’est la seule politique de régulation qui existe. Nous sommes dans le culte du libéralisme, de l’adoration du marché. D’où une déresponsabilisation supplémentaire de l’individu, dessaisi d’initiatives, à tel point que l’idée qu’un robot puisse prendre des décisions à sa place n’est pas si inconcevable.

Cette déresponsabilisation s’ancre tout d’abord dans l’idée que, lorsque les hommes ont pu décider, ils ont provoqué le pire, comme le totalitarisme. Comme si le « vouloir » de l’homme était mauvais par nature. Cette idée est parfaitement répandue dans notre société et justifie tous les laisser-faire ou appels au destin. Par suite, s’abandonner à la loi du marché serait naturellement bon, le témoignage d’une confiance dans un simple processus de sélection naturelle. C’est cette pensée libérale, celle de M. Friedman7, qui est aujourd’hui assez communément partagée.

Finalement, être à la solde de la machine ne serait pas si mauvais : la machine n’a pas de mauvaises intentions, pas de mouvements d’humeurs ; elle a un sens inné de la justice, ne favorise pas l’un ou l’autre, d’où la moralité prêtée a priori aux robots qui équipent les écoles maternelles de Corée du Sud. La commande tout automatique est même devenue plus rassurante que la conduite humaine. Les paléoanthropologues se sont d’ailleurs posé la question : « Et si le processus d’hominisation conduisait au triomphe d’un automatisme universel ? »

 
 

Jean-Michel Besnier : technologie et progrès

Les futurologues estiment que les innovations technologiques portent essentiellement sur l'amélioration du confort, du design, de l'ergonomie. Cela apporte-t-il du bonheur ? Pour Jean- Michel Besnier, philosophe, notre société individualiste, aux aspirations réduites, n'attend plus à ce que le progrès apporte satisfaction et bonheur. Le philosophe André Comte Sponville pense que le bonheur consiste à désespérer.

Jean-Michel Besnier : technologie et bonheur (entretien de 2005 avec Elizabeth Martichoux)

Le comble de l’achèvement n’étant, en fin de compte, pour l’humanité, que la création généralisée de cet automatisme qui exclut les événements propices à relancer les aléas de l’histoire. La conscience humaine n’ayant été qu’une formule transitoire, pour que l’homme puisse un temps affronter ses problèmes, et en vienne à réaliser des outils technologiques qui lui permettent de penser à sa place, en toute fiabilité. Ce pourrait être cela, l’achèvement dans lequel on place le bonheur.

1 ethnologue, archéologue et historien français, spécialiste de la préhistoire, andré leroi-gourhan (1911-1986) est un penseur de la technologie et de la culture.

2 josef schovanec (né en 1981) est le représentant français des autistes de haut niveau ou autistes asperger. il se bat pour l’amélioration du système de soins français par rapport à l’autisme et pour la prise en compte de la maladie.

3 matthew b. crawford, Éloge du carburateur. essaisur le senset la valeur du travail, la découverte, 2010. lire l’article de jacques medé à son propos.

4 kevin warwick (né en 1954) a étudié les interfaces entre systèmes informatiques et système nerveux humain, et mené des recherches dans le domaine de la robotique.

5 en 1913, john broadus watson établit les principes de base du « béhaviorisme » : la psychologie doit se limiter aux événements observables et mesurables, et se débarrasser de toutes les interprétations qui font appel à des notions telles que la conscience. il condamne l’usage de l’introspection, « aussi peu utile à la psychologie qu’elle l’est à la chimie ou à la physique ». dès lors, trois grandes variables déterminent les conduites humaines : l’environnement (qui stimule), l’organisme (qui est stimulé) et le comportement (réponse de l’organisme à la stimulation). dans les années 1940 et 1950, burrhus f. skinner, fondateur du béhaviorisme radical, introduit la notion de « conditionnement opérant » sur la base des observations qu’il effectue sur les animaux.

6 outil d’analyse stratégique de l’entreprise, swot est un acronyme qui signifie strengths (forces) weaknessess (faiblesses) opportunities (opportunités) threats (menaces).

7 Considéré comme l’un des économistes les plus influents du XXe siècle, Milton Friedman (1912-2006) a inauguré une pensée économique d’inspiration libérale, remettant en cause le bien fondé des politiques de relance d’inspiration keynésiennes qui, pour lui, ne peuvent que provoquer de l’inflation.

 

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Publié le 08/07/13

Modifié le 02/04/20