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Comment Kant eut-il l’idée d’instituer la raison critique d’elle-même ?

La question ne concerne pas la genèse de la philosophie kantienne mais la façon dont le philosophe envisagea, après coup, ce qui le conduisit à une véritable « révolution » en philosophie. Dans les diverses vues qu’il exprima, il suffira ici de retenir l’hommage rendu à Hume, l’hommage rendu à Rousseau mais aussi le poids dont pesa sur son entreprise la conscience des « antinomies » de la raison.

À chaque fois, Kant place l’entreprise critique sous le signe d’un brutal « réveil » qui l’aurait enfin délivré de « son sommeil dogmatique ». N’est-il pas étonnant de renverser ainsi la vieille analogie qui opposait, au sommeil de la raison, le réveil de la connaissance ? Or, Kant n’oppose pas au sommeil de l’irrationnel l’éveil à la rationalité, mais il oppose une raison dogmatique à la raison « nettoyée » par la critique qu’elle effectuerait d’elle-même.

Kant aura d’abord souvent rendu grâce au philosophe sceptique anglais Hume de l’avoir éveillé, lui, Kant, de son « sommeil dogmatique ».

david hume

David Hume

C’est l’empirisme conséquent de Hume qui aura frappé l’esprit de Kant : un empirisme cohérent, en effet, est par nature sceptique. Si vous voulez dériver toutes nos connaissances de l’expérience sensible, vous n’aurez aucun moyen d’établir la relation de causalité ; vous ne pourrez que constater qu’au choc que vous donnez à une boule de billard succède son déplacement et comme cette succession sera constatable un grand nombre de fois, vous conclurez, à tort, qu’elle est nécessaire alors que vous êtes seulement autorisé à dire qu’elle se produit le plus souvent. À ce compte, toutes nos connaissances en physique conviendraient aux habitudes de notre esprit, sans qu’elles soient aptes à saisir quoi que ce soit de la réalité elle-même.

Parce que cet argument subjectiviste est redoutable, Kant voit bien que si la philosophie veut comprendre ce qui se passe en physique mathématisée, il lui faut inventer un autre concept de l’expérience que le concept empiriste – ce qui engage forcément une autre analyse de la sensibilité que celle qui la réduit à la sensation. Mais il faut aussi concevoir l’entendement et ses concepts de façon tout autre que l’empirisme : comment, en effet, comprendre la révolution galiléenne (la mathématisation de la physique) si on prétend que les concepts dérivent des perceptions sensibles de sorte que le rôle de l’entendement reviendrait à procéder à des associations et à des abstractions ?

Kant a donc devant lui une double tâche : en ce qui concerne les concepts, il lui faut montrer qu’ils ne valent pas tous pour quelque chose de réel. En ce qui concerne la sensibilité , il faudrait cesser de la borner aux sensations, tout en prétendant que l’esprit pourrait sentir et ressentir la moralité , la présence divine, et autres « immatérialités » de ce genre.

Publié le 08/02/13

Modifié le 13/11/19

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