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Lyrisme

Hugo est l’auteur romantique qui, sans doute, nie avec le plus de panache la formule de Pascal (pensant à Montaigne), « le moi est haïssable ». Le « je » du poète s’exprime de poème en poème et il est la condition du lyrisme. Tel Orphée qui descend dans le monde des ombres, Hugo décrit une catabase (en grec ancien, la descente aux enfers). L’écriture poétique se fonde sur ce « je » qui descend, qui cherche l’être disparu et qui, au terme du voyage, revient persuadé que le dialogue aura lieu. En phase avec lui-même, le « je » hugolien n’est pas « un autre ». Il est massif, conscient de son bonheur passé, de sa douleur présente, et de son désir de continuer à écrire entre nuit et clarté. Le lyrisme se construit aussi à la faveur des références constantes à la nature. Le vocabulaire des sentiments et des affects est servi par la puissance évocatrice des nombreuses modalités exclamatives qui apparentent les poèmes à des prières. 

Elégie 

Le quatrième livre s’inscrit dans un cadre élégiaque, puisque la seconde partie, « Aujourd’hui », succède fatalement à la première, « Autrefois », et que désormais tout n’est que regret. La force du recueil tient au contraste entre les deux volets du diptyque et à la conscience de la perte que le lecteur peut éprouver grâce à cette esthétique des contraires. La parole élégiaque s’organise donc autour du contrepoint que forme ce qui était et ce qui ne sera plus jamais. La fatalité - l’anagké en grec ancien -, est un des grands thèmes hugoliens, et, certain de sa force et de son génie, Hugo met en scène sa volonté de continuer à écrire, en dépit de ce qui est irrémédiablement perdu. Car c’est la perte, la tragédie de l’absence, qui confère toute leur force à la mélancolie et à la déréliction du présent. 

Nature

En digne romantique, Hugo, tel Lamartine ou Chateaubriand et déjà en son temps Jean-Jacques Rousseau, convoque la nature et s’entretient avec elle. Outre que d’être le reflet magnifique de la création, elle est une complice, un refuge, un temple propice au recueillement et à la méditation. On peut se confier à elle, lui dire notre peine, et lui demander de se souvenir. Elle est une forme d’éternité - n’en déplaise à Baudelaire - et puisque les printemps reviennent toujours, il se pourrait qu’elle entretienne quelque rapport symbolique avec la résurrection. 

Mort

Elle est le moteur de l’écriture après avoir failli l’empêcher. Mais Hugo pouvait-il cesser d’écrire ? L’amour paternel et la mort - déclinaison du couple bien connu, Eros-Thanatos, - structurent en profondeur l’esthétique romantique. Car l’allant, le désir, l’enthousiasme poétique participent paradoxalement d’une pulsion de mort. La disparition de Léopoldine, loin de nier l’écriture, va au contraire l’exacerber. 

« Dieu », « révolte », « poète maudit ». L’auteur de La Fin de Satan est un poète en colère. Il a été injustement puni : Dieu lui a enlevé l’être qu’il aimait le plus au monde. La révolte est légitime et pourrait faire de Hugo un « poète maudit », s’il faisait le choix définitif de cette colère. Mais, au gré des poèmes, Hugo avance, et consent à sa souffrance sans nier Dieu. En cela, l’auteur des Contemplations n’est pas comme Baudelaire un poète de la révolte.

Le mysticisme, l’ange 

La réconciliation avec Dieu a pour conséquence le mysticisme du poète. Hugo est initié au spiritisme par Delphine Girardin dès 1853. La première expérience a lieu le 7 septembre. Mais c’est un échec : la table « ne parle pas ». Le 11 septembre, la table trésaille. Hugo est convaincu que c’est Léopoldine qui s’exprime. Voici ce qu’écrit la maîtresse de Hugo, Juliette Drouet, à son amant après cet épisode, dans une lettre datée du 14 septembre 1953 : « Quel que soit mon peu de sympathie et d'affinité avec les esprits, pour peu que ton commerce avec l'autre monde continue, je serai forcée de me joindre à eux pour avoir la chance de te voir quelquefois. » Léopoldine est désormais devenue l’ange qui guide le poète dans sa nuit. Ce n’est qu’à la condition de ce « pacte angélique » que le dialogue pourra se poursuivre et le poème s’écrire.

Cécile Ladjali

Publié le 04/05/20

Modifié le 07/05/20

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