Tout à ses films à trucs, Georges Méliès s’implique dans la structuration de la corporation du cinéma. Il fonde la première Chambre syndicale des éditeurs cinématographiques dès 1900 et présidera les deux premiers Congrès Internationaux du Cinéma en 1908 et 1909. Il s’y bat pour obtenir l'unification de la perforation du film, afin que chaque exploitant puisse employer indistinctement des films de toutes marques. Il tente, sans succès, face au monopole américain de la pellicule, d’obtenir une baisse du prix de la part d’Eastman.

Méliès raconte l’échange qu’il eut, lors du congrès de 1909, avec l’un des grands industriels du secteur, échange prémonitoire de sa faillite future : « A mon avis, le cinématographe sera artistique, ou il ne sera pas ! Donc, en matière d'art, impossible d'imposer un prix uniforme. Le prix dépend de la valeur du sujet, des interprètes et des frais qu'ils entraînent. » Réponse de l’industriel : « Voilà précisément votre erreur. Vous, monsieur Méliès, vous voyez tout en artiste. Parfait ! Aussi, vous ne serez jamais qu'un artiste et non un commerçant. »

Le congrès de 1909 aboutit à la fin de la « vente au mètre » des films, imposant le système de location. Ce fut un signal négatif pour Méliès : il fait brusquement chuter la vente de ses films déjà victime de plagiat surtout en Amérique. Peu avant la Première Guerre mondiale, il est contraint de fermer sa succursale à New York, la Go Mélies Star Film Manufacturing, qu’il avait ouverte en 1902 et confiée à son frère Gaston, afin de stopper le pillage de ses films et de faire respecter ses droits d’auteur par le copyright.

À la conquête du pôle

À la conquête du pôle

Georges Méliès ne résistera pas à l’évolution du cinéma, d’un artisanat improvisé vers une industrie avec sa logique économique, et à la concurrence de nouveaux genres, comme les péripéties comiques et les drames réalistes qui rencontrent la demande du public. Les années 1910 voient éclore les premiers grands acteurs, comiques ou stars, et réalisateurs, de part et d’autre de l’Atlantique. Gaumont, puis surtout Pathé s’installent dans le paysage cinématographique. En 1911 et 1912, Méliès réalise ses derniers films, Les Hallucinations du baron de Münchhausen et À la conquête du pôle pour Pathé, dont l’empire contrôle alors plus de 50 % de la distribution des films diffusés en Europe et en Amérique. Méliès, dépassé, ferme sa société Star Film en 1912, les studios de Montreuil se vident. Le cinéma l’oublie, les cinéphiles le redécouvrent quelques années avant sa mort.

Publié le 15/10/12

Modifié le 12/11/19

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