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la morale de kant

heinz sprenger, la morale de kant, 1947, huile sur toile, 40 × 30 cm.
Kant-Ikonographie, Centre de Recherche Kant, Université Johannes Gutenberg de Mayence.

En matière morale, il faut répéter ce qui fut souligné en matière théorique : la démarche de Kant est critique, et non pas génétique. En matière théorique, Kant s’accorde le fait des connaissances en physique, en mathématiques ; il cherche en quoi consiste leur scientificité – puis, ce que celle-ci suppose quant à la relation entre le connaissable et la connaissance. De même en matière morale, Kant s’accorde, on le voit, le fait de la conscience morale, qu’il va appeler « fait de la raison » ; il va ensuite chercher en quoi consiste la moralité, puis ce que cette dernière suppose.

Or, il n’y a nul besoin d’être un grand savant pour comprendre que la moralité ne concerne que la signification des conduites que nous cherchons à avoir avec nos semblables, et un semblable est, à l’évidence, une personne – ainsi que je le suis moi-même. Ni chose, ni animal. Etre immoral c’est feindre que mon semblable soit un animal de trait, de labour – ou une marchandise – un objet de jouissance et d’intérêt. Toutefois, dans la plupart des rapports sociaux, nous sommes conduits à « utiliser » les autres comme ils sont conduits à nous utiliser – qu’il s’agisse de relations commerciales, de service, de secours, etc. Si en effet j’utilise les compétences du réparateur ou de la postière, il m’est possible ce faisant de leur témoigner que les considère bien comme des êtres raisonnables, dotés de liberté ainsi que je le suis moi ! De là, une des formulations de l’impératif moral qui ordonne « de ne jamais traiter la personne d’autrui seulement comme un moyen, mais toujours aussi comme une fin. »

Découvrant donc la conscience morale comme conscience d’un devoir inconditionné, Kant cherchera à formuler le plus rigoureusement possible la nature de ce devoir ; c’est en ce point qu’il va, en somme, « franchir leRubicon » en rompant avec tout ce qui précède car, pour définir la moralité il va renoncer au Bien et au Mal ! Si on assigne un objet (le Bien – la vertu) à la volonté bonne, alors celle-ci cessera aussitôt d’être dévolue à un inconditionné – ce que la moralité pourtant exige, nous l’avons vu. Renonçant à assigner une « matière » au vouloir, un contenu, reste à lui assigner une « forme » ! Kant va donc trouver que s’assigner le devoir moral c’est vouloir que la maxime de mon acte soit apte à être universalisée – « agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse toujours valoir en même temps comme principe d’une législation universelle ».1

Soulignons combien il est clair de soi que personne ne pourrait faire société avec personne dans un monde dont « la loi » serait que chacun devrait se soumettre à des ordres infâmes – et que tous pourraient faire de faux témoignages.

Concluons que ce n’est pas Kant qui serait « rigoriste » et « sa » morale aride ! – mais le devoir moral qui est exigeant et les formulations de Kant, rigoureuses. Il n’y a pas de « morale de Kant » mais une critique et une formulation kantiennes de la morale.

Soulignons que si Kant attribue à sa méditation de Rousseau la conscience que sens et valeur des activités humaines sont suspendus à leur teneur morale (ce que signifie le « primat de la raison pratique »), il est cependant totalement infidèle à Rousseau : quand celui-ci fait s’écrier à son Vicaire savoyard « conscience, conscience instinct divin ! », à la fois Rousseau inscrit la conscience morale dans un sentiment, dans le « cœur » de l’homme – et il y déchiffre la marque de Dieu, de sorte que la morale se retrouve seconde et dérivée de la foi en Dieu – même s’il s’agit de la religion naturelle.

Kant, lui, assied la morale en la raison ; le sentiment moral qu’est le « respect » pour « la loi morale » dérive de la raison en tant qu’effet de celle-ci sur notre sensibilité. Enfin, faire dériver une lumière morale de la Révélation est déchiffré par Kant comme un renversement de l’ordre véritable, renversement destiné à asseoir, auprès de peuples grossiers, la loi morale en une incontestable autorité extérieure, à laquelle les fidèles devront obéissance – faute d’être assez « majeurs » pour obéir à leur propre raison.

1Critique de la Raison Pratique, op.cit., §7, p. 30.

 

Publié le 11/02/13

Modifié le 13/11/19

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