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1. Phénomène, chose en soi, noumène

Nous ne saisissons les choses existantes, quelles qu’elles soient – naturelles ou fabriquées – que par une saisie sensible parce qu’elles paraissent à la présence. Paraître à la présence, tel est le statut du phénomène.

Mais avec cela, nous sommes loin de savoir de quoi il s’agit, d’où la définition du phénomène : « objet indéterminé d’une intuition sensible » 1 ; ainsi si je vois la lune énorme à l’horizon, j’ignore ce faisant ce qu’il en est réellement – je perçois que quelque chose se tient là, dans la présence, sans savoir ce que c’est – ce point demeure « indéterminé ». une autre approche que l’appréhension sensible est donc requise pour « déterminer » le phénomène afin de savoir de quoi il s’agit. puisque la notion de phénomène désigne un « paraître », kant affirme qu’il serait absurde de ne pas voir qu’il y a là une relation à trois termes : ce qui paraît / le paraître / ce à quoi le paraître paraît. si nous venons de voir que le « paraître » s’offre à une réceptivité sensible, il reste à préciser que « ce » dont il y a « paraître », quant à lui, ne paraît pas. kant écrit que « pour nous autres hommes » les choses existantes se présentent à la réceptivité sensible ; en disant « pour nous » on envisage donc un point de vue qui serait indépendant de notre sensibilité et ce point de vue, conformément à un usage grec est appelé celui de l’ « en soi ».

du point de vue de la saisie sensible, de l’intuition sensible, le phénomène entre donc dans le couple : « phénomène / chose en soi ».

en revanche, si on a en vue la connaissance scientifique, qui, quant à elle, « détermine les phénomènes en objet de connaissance », alors pour ne pas confondre les choses connaissables avec celles dont on forme l’idée, sans pour autant pouvoir les connaître objectivement (tels sont par exemple dieu, l’âme), parlera-t-on non plus de chose en soi, mais de noumène.

« le concept d’un noumène est donc simplement un concept limitatif qui a pour but de restreindre les prétentions de la sensibilité, et qui n’est donc que d’un usage négatif. il n’est pourtant pas une fiction arbitraire et il se rattache au contraire à la limitation de la sensibilité, sans toutefois pouvoir établir quelque chose de positif en dehors de la sensibilité »2

la distinction du phénomène et de la chose en soi, comme celle du phénomène et du noumène n’a rien d’une distinction de choses ! elle n’a de sens qu’au titre d’une différence de perspectives.

phénomène / chose en soiphénomène / noumène sont le même, saisi soit du point de vue de « nous autres hommes » c’est-à-dire d’un esprit fini qui doit bien rencontrer les existants (et non comme le dieu biblique, d’abord les concevoir pour les faire apparaître à la présence), soit du point de vue d’un entendement de ce genre dont nous ne pouvons rien dire. kant conserve ainsi l’idée traditionnelle que, si on conçoit le fini, alors nécessairement il faut ménager une place à l’infini, cette « place » fût-elle vide, comme c’est le cas selon kant pour l’ « en soi ».

2. a priori / a posteriori

le déplacement par rapport à l’usage courant de ce couple, revient pour kant à affirmer que, ce qui est universel et nécessaire (les théorèmes mathématiques, les lois de la physique par exemple) est indépendant de toute expérience – voilà l’a priori. inversement, tout ce qui se tire de l’expérience sera particulier et contingent, c’est-à-dire a posteriori.

La question majeure qui motive en premier lieu cette affaire est la suivante : comment comprendre que les relations mathématiques qui sont a priori puissent valoir pour les phénomènes ? Cette question est celle du passage de la mathématique pure à la physique qui habite toute La Critique de la Raison Pure.

N’oublions pas que la révolution scientifique inaugurée au XVIIe siècle par Descartes et Galilée, est comme accomplie ensuite par Newton dont la Mécanique (physique du mouvement) est contenue dans un opus auquel Newton donna pour titre : Principes mathématiques de philosophie naturelle.
 

 

vidéo : Galilée (1564-1642), l’expérience du plan incliné

« lorsque galilée fit rouler ses boules sur le plan incliné avec un degré d'inclinaison qu'il avait lui-même choisi [...] alors une lumière se leva pour tous les physiciens. ils comprirent que la raison [...] doit prendre les devants avec les principes qui commandent ses jugements selon des lois fixes et forcer la nature à répondre à ses questions, mais ne pas se laisser mener par elle comme à la lisière, car, sinon, les observations, faites au hasard, sans plan tracé à l'avance, ne se rattacheraient pas à une loi nécessaire, ce que la raison pourtant recherche et exige. » (kant, préface de la seconde édition de la Critique de la Raison pure)

3. Transcendant à / transcendantal

Même s’il arrive à Kant d’user de l’un pour l’autre, le lecteur peut aisément rétablir car chaque terme détient une signification propre.

« Transcendant à X », entre en couple avec « immanent à » pour distinguer ce qui se tient dans le champ de X, qui en général désigne l’expérience, de ce qui dépasse ce champ ainsi que le font l’idée de Dieu, celle de l’immortalité de l’âme, du commencement du monde ou de sa fin et autres idées transcendantes semblables.

« Transcendantal », en revanche, désigne undomaine d’investigation proprement kantien – comme l’indiquent les titres des parties de l’œuvre kantienne qui furent rappelés. « Transcendantal » est condition de l’a priori.

Soit par exemple la loi du mouvement uniformément accéléré, formulée par Galilée ; elle démontre que le mouvement de chute libre est tel que les espaces parcourus (par une pierre lâchée du haut de la Tour de Pise par exemple) sont proportionnels au carré des temps mis à les parcourir. Il saute aux yeux qu’une telle relation entre « e » les espaces parcourus, et « t », les temps mis à les parcourir, ne peut pas être tirée de l’expérience mais est au contraire a priori. L’investigation transcendantale consiste pour Kant à chercher ce que suppose le fait qu’un tel rapport a priori s’applique aux objets de l’expérience : il ne faut pas moins que toute la Critique de la Raison pure pour envisager ce que suppose ce fait, c’est-à-dire finalement ce que suppose la mathématisation de la physique quant à la nature de la connaissance et à celle du connaissable.

4. Esthétique

« Aisthesis » signifie en grec « sensation » et Kant appelle une « esthétique », une théorie de la sensibilité, conformément à un usage qui vient d’être modifié par Baumgarten qui, lui, entend par là une théorie des beaux-arts.

Ce que Kant appelle « Esthétique transcendantale » contient une théorie de l’intuition sensible, et nullement comme chacun peut voir, des considérations sur l’art.

5. Catégories

Empruntant ce terme à Aristote, Kant désigne par là des concepts premiers, c’est-à-dire fondamentaux, donc a priori.

Ces concepts a priori sont comme les éléments dont serait constituée notre pensée, dès lors que nous formons la représentation de quelque chose comme objet.

Sans raconter ici comment Kant les trouve, ni quels ils sont nommément, on peut éclairer ce dont il s’agit : les grands titres de la table des catégories édifiée par Kant sont en particulier, la « quantité », la « qualité », la « relation » et la « modalité ».

dire que ces notions seraient, à elles toutes, les ingrédients de toute représentation d’objet, signifie que, avant même de penser un objet, je sais qu’il faudra bien qu’il soit « un » ou « multiple » (voilà pour la « quantité ») – qu’il soit « réel » ou non réel (voilà pour la « qualité ») – relevant de la « causalité » ou de l’ « action réciproque » (voilà pour la « relation »), « possible » ou « existant » (voilà pour la modalité). kant parle ainsi toujours des « formes catégoriales » et on comprend bien qu’il s’agit des formes a priori de la pensée de tout objet.

concluons cette première approche.

on voit bien qu’une terminologie philosophique n’est aucunement l’équivalent d’une langue artificielle, tout exprès fabriquée pour que ses signes soient univoques. un philosophe écrit, il ne calcule pas ! il tisse donc des significations qu’il appartient à son lecteur de tenir ensemble à son tour. de même que je ne sais aucunement à la fin de la première scène, ni même du premier acte, qui sont tartuffe et orgon, de même je ne sais aucunement suffisamment à la fin de la première partie de la critique de la raison pure « qui » sont les phénomènes, les intuitions, les catégories, l’espace et le temps.

ainsi kant entend-il comme chacun que l’intuition est un mode de saisie immédiat, c’est-à-dire sans intermédiaire, mais il ne cesse de préciser que « pour nous autres, hommes », il ne saurait y avoir d’autre intuition que sensible. kant, par conséquent, refuse toute capacité d’intuition intellectuelle, ce qui signifie qu’il récuse le critère cartésien de l’évidence intelligible.

dès lors, comment kant va-t-il s’y prendre puisqu’il s’inscrit dans le rationalisme idéaliste, s’il rejette un des plus solides idéalismes du XVIIe ?

il faut répondre sans doute que kant institue la raison elle-même en tribunal, c’est-à-dire en critique d’elle même.

1Critique de la Raison Pure, trad. A. Tremesaygues et B. Pacaud, PUF, p.53.

2Ibid p. 229. A. Philonenko avec bonheur rappelle que « le noumène est donc le gardien de l’expérience possible » (op. cit., p. 132.)

 

Publié le 08/02/13

Modifié le 13/11/19

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