La sagesse rousseauiste consiste aussi à ne pas faire taire en nous le naturel universel présent en tout homme. « Le vrai livre de la nature est dans le cœur de l’homme. »1

 

 

Portrait de Jean-Jacques Rousseau, 1766, par Allan Ramsay, National Gallery of Scotland, Edimbourg © DR

 

On le voit tout spécialement dans La Nouvelle Héloïse et dans Emileles premiers mouvements du cœur, non encore canalisés, transformés-déformés, bridés par l’éducation, les conventions et l’hypocrisie des mœurs sont toujours bons. Certains commentateurs hostiles à Rousseau, croient situer en cet auteur la source d’un supposé laisser-aller général et brutal qui caractériserait le moment présent. Il paraît préférable de souligner que la spontanéité des mouvements naturels est de nature morale, qu’il s’agisse de la grâce du véritable élan amoureux, de la sensibilité naturelle à la souffrance des autres comme du sens naturel des injustices.

S’il y a de l’Alceste chez Rousseau, cependant l’hypocrisie sans cesse dénoncée ne porte pas sur les costumes et les postures, mais sur l’extraordinaire capacité d’indifférence morale que peut engendrer le conformisme social. Laisser parler le naturel en nous, telle est la sagesse – cette « morale sensitive ou matérialisme du sage » que Rousseau ne rédigea jamais.

Or, il faudrait pour cela se dégager de tous les sédiments déposés en nous par une mauvaise éducation et des mœurs perverties – ce qui conduit inévitablement à une terrible solitude, celle qui sera chantée dans Les Rêveries. La question de l’éducation apparaît donc comme vraiment centrale dans la conception rousseauiste de l’humanité ; c’est donc d’un point de vue à la fois anthropologique, moral et politique que Rousseau invente une notion inédite, celle d’éducation négative.

Ainsi, « la plus grande, la plus importante, la plus utile règle de toute l’éducation, ce n’est pas de gagner du temps, c’est d’en perdre (…) la première éducation doit donc être purement négative. Elle consiste non pas à enseigner la vertu ni la vérité mais à garantir le cœur du vice et l’esprit de l’erreur. »

cabane

cabane du philosophe, dite cabane de rousseau, aujourd’hui disparue, au parc jean-jacques rousseau à ermenonville (oise), où rousseau séjourna les six dernières semaines de sa vie et y mourut. gravure d’aubert clerget, lancelot et thérond, tirée du livre d’adolphe jouanne, Les environs de Paris illustrés, 1868, Ed. Hachette.

1La Nouvelle Héloïse, VI, 4.

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Publié le 15/10/12

Modifié le 14/11/19

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