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Langage03:41Publié le 22/09/2020

La sarde et le soudon (conte de Martinique)

Les contes et comptines de Lili

 

Réveillez-vous pour entendre l’histoire d’un soudon solitaire et bougon qui se désespérait de rester sur place.

Depuis sa naissance, le mollusque était rivé à sa racine de palétuvier comme une moule à son rocher. Aussi longtemps qu’il se souvienne, il avait toujours vécu parmi la vase de la mangrove, avec pour seuls voisins, des algues et des éponges.

 

Désormais, Soudon voulait voir le monde. Il voulait voyager, partir et vivre libre. Danser sur l’horizon. Se baigner dans la lumière crue du matin rose. Ses copines, les petites pisquettes, si vives et si agiles, emportaient son regret dans leur sillage d’argent.

 

Alors mon compère lui disaient-elle de leur voix mignonne, ne te rends pas triste parce que tu es immobile. L’important, ce n’est pas de bouger ni d’aller vivre ailleurs, mais d’être bien, là où tu es.

Ce n’est pas l’endroit qui compte mais l’entourage et la force de l’amitié.

 

Soudan écoutait sans pouvoir comprendre : aller dire à un prisonnier que la liberté n’est pas belle. Soudon volait partir. Rester c’était mourir.

Un jour, une sarde magnifique ondula devant lui. Ses nageoires fendaient l’eau comme une promesse dans la grâce illuminée du matin. Elle portait, du côté des ouïes, deux tâches ocre. C’était comme on l’appelle dans les petites Antilles : une sarde touchée-de-Dieu. Le mollusque comprit que c’était là sa chance.

- Belle Sarde touchée-de-Dieu qui a eu le bonheur de voir Fort-de-France ! Je ne suis qu’un coquillage fouisseur, mais j’aimerais tellement voguer. Sentir sur moi l’élan de l’alizé. Le superbe poisson daigna s’arrêter à sa hauteur. 

- En effet, lui répondit-il, je suis déjà allé jusqu’à Rivière Madame. La nourriture y abonde et l’eau a un goût d’ailleurs.

 

Oh ! s’exclama Soudon, j’aimerais tant m’y rendre moi-aussi. Me baillerais-tu un petit passage sur ton dos ?

La sarde réfléchit un court instant avant d’acquiescer.

- D’accord l’ami, je veux bien t’emmener au pays de Foyal, mais quelque chose m’ennuie : ta coquille, elle raclerait mon dos comme une râpe à manioc. Si tu souhaites venir avec moi, il te faudra en sortir. Je t’accueillerai alors, dans mon estomac : j’ouvrirai la gueule et tu n’auras qu’à t’y réfugier. Ainsi, nous partirons à la découverte du monde, bercés par le roulis des vagues.

 

Soudon était conquis, grisé d’espérance. Sarde ajouta : quand nous serons arrivés je te déposerai et j’irai de cette nageoire chercher ta coquille.

Je te fais confiance belle sarde touchée de grâce. Je me rhabillerai aussitôt arrivé. Je sais qu’à Fort-de-France règne l’élégance. Le mollusque s’empressa de quitter sa maison et se jeta dans la bouche de l’énorme poisson. Celui-ci avait bon coeur, mais meilleure faim encore :  Il ne rouvrit plus la gueule jusqu’à ce que l’autre y fondît entièrement. Ce fût le premier et le dernier voyage de Soudon.

 

Depuis, un murmure rauque s’élève du fond de la rivière cimetière : «  Ce que vous ne pouvez faire seul pour vous-même, ne demandez pas à d’autres de le faire pour vous. »

 

La Sarde et le Soudon
Extrait des 24 contes des Antilles d'Olivier Larizza
Éditions Flammarion Jeunesse 

 

Réalisateur : Vianney Sotès

Producteur : Bérénice Média Corp.

Année de copyright : 2020

Année de production : 2020

Année de diffusion : 2020

Publié le 22/09/20

Modifié le 02/11/20

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