En instituant la raison « critique d’elle-même », Kant signe-t-il la fin de la métaphysique ? En un sens oui ; en un sens, aucunement !

kant dans son cabinet de travail

heinrich wolff, kant dans son cabinet de travail, 1909, lithographie.
Kant-Ikonographie, Centre de Recherche Kant, Université Johannes Gutenberg de Mayence.

Oui, si par « métaphysique » on a en vue le tableau que fait Kant des « grandes métaphysiques », comme on les nomme – celles de Leibnitz, de Descartes, de Malebranche, de Spinoza. Kant, nous l’avons rappelé, les systématise en trois champs, celui du Moi, celui du Monde et celui de Dieu, pour montrer qu’en confondant logique et existence, en ne départageant pas ce qui transcende l’expérience avec ce qui lui est immanent, la raison s’enlise en d’interminables conflits.

Faut-il pour autant croire que Kant transformerait la philosophie en simple servante des sciences ? Non et non ! Non seulement ne cesse-t-il de répéter que toujours on revient à la métaphysique comme à une bien aimée « amante », mais surtout il montre que la métaphysique est « le complément indispensable detoute culture ». Nous voyons de nos jours assez nettement combien sont déshumanisants le refus de prendre « de la hauteur », l’incapacité à méditer au nom de l’exclusif souci de ce qu’on appelle le « concret tangible » !

Kant avance donc sur une étroite crête entre deux abîmes symétriques inverses : celui d’un positivisme, nécessaire à l’objectivité scientifique ainsi qu’aux pratiques techniciennes ; le positivisme toutefois est désastreux en matière morale, politique et existentielle.

L’abîme inverse est celui de l’élan transcendant, trop prompt à prendre ses propres illuminations et délires pour vérités absolues.

Dans les deux cas, le dogmatisme triomphe : celui de l’expérience ou celui de l’imagination chimérique. À ces dogmatismes, Kant oppose la critique.

En se faisant critique d’elle-même, la raison statue sur sa nature et ses limites : cette tâche mérite d’être appelée « métaphysique » ; cette métaphysique est essentiellement négative en ce qu’elle « nettoie » la raison de ses illusions. Kant rédigera ensuite des Principes métaphysiques de la Nature, une Métaphysique des Mœurs (en deux parties, l’une consacrée à la doctrine de la Vertu, l’autre à la doctrine du Droit). Il retrouve ainsi l’orientation de la « métaphysique » depuis Aristote, en lui assignant la tâche de se consacrer à ce qui est premier, c’est-à-dire aux principes et aux fondements de la connaissance et de l’action.

Publié le 11/02/13

Modifié le 13/11/19

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