Fin décembre 2015, l'enquête annuelle de l'Institut OpinionWay mandaté par le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) rapporte que seulement 24% des Français ont confiance dans les médias. Ceux-ci ne nous diraient pas la vérité d'où cette perte de confiance…Oui les médias ne disent pas LA vérité et c'est tant mieux !

 
 

Quelles sont les conditions nécessaires à la fabrication d'une bonne information ?

Le sociologue Cyril Lemieux revient sur la liberté politique croissante des journalistes français depuis quelques années. Mais ce que le débat montre c'est que la liberté des journalistes est une condition nécessaire mais pas suffisante à la délivrance d'une "bonne" information. L'autre chose importante est la contrainte économique. Les nouvelles normes de productivité et de rentabilité font que les journalistes ont moins de temps pour faire des enquêtes, pour vérifier l'information. Il y a également une spectacularisation de l'information, un développement des stéréotypes, etc. 

Les journalistes ont cependant des garde-fous politiques. Par exemple les règles du CSA permettent au pluralisme politique de se maintenir, car les journalistes sont obligés de laisser un temps de parole à tous les partis politiques, même les plus petits. 

La déontologie est importante. Sa limite c'est qu'elle fonctionne au niveau des rédactions mais pas forcément au niveau de la profession. Du point de vue du public, il y a une attente du développement de l'esprit critique des journalistes, même vis-à-vis des autres journalistes. 

La véracité des faits face à une pseudo-vérité

La vérité est une "connaissance reconnue comme juste, comme conforme à son objet et possédant à ce titre une valeur absolue, ultime.". Peut-on avoir une confiance totale envers une personne, d'un groupe, d'une institution qui prétendrait détenir la vérité absolue ? Les théoriciens du complot affirment souvent qu'ils détiennent LA Vérité. Or, en démocratie, le citoyen doit toujours exercer son esprit-critique face à ce type de déclarations.

En journalisme, il n'y a pas de vérité ultime. En effet, la production journalistique est le fruit d'un travail d'enquête. Au cours de ce lent et long processus, le journaliste avance, recule, commet des erreurs, vérifie.

Plus que la vérité, c'est donc la véracité des faits rapportés qui compte, c'est-à-dire la "qualité de celui/celle qui se garde de l'erreur et s'emploie à l'éviter dans ses paroles ou dans ses écrits." (http://www.cnrtl.fr/definition/v%C3%A9racit%C3%A9). Plus qu'une vérité révélée, c'est de l'honnêteté intellectuelle des journalistes que dépend la qualité de l'information.

Déontologie et méthode journalistique au service du lecteur

Cette honnêteté intellectuelle repose sur le respect des règles de déontologie du métier et le respect d'une démarche intellectuelle rigoureuse.

Le journaliste recoupe les sources, analyse les faits, les met en perspective. Il présente ensuite le fruit de son enquête en reprenant la méthode journalistique dite des 5W (Who, What,Where, When, Why : qui, quoi, où, quand, pourquoi) ou règle de Quintilien (Quis, Quid, Ubi,Quibus Auxiliis, Cur, Quomodo, Quando : qui, quoi, où, avec quels moyens, pourquoi, comment, quand). Bien entendu, ces faits sont susceptibles d'évoluer puisque, au fur et à mesure de la découverte de nouveaux éléments, le journaliste peut confirmer certains points, en approfondir d'autres, en corriger certains. Il n'y a pas de vérité ultime mais un processus de construction progressive de l'information.

Le pluralisme de la presse en France permet d'ailleurs au citoyen d'être plus sûr de l'information dont il dispose. Il peut ainsi recouper les réponses aux questions essentielles d'une même information dans différents journaux et vérifier… la véracité des faits ! En effet et fort logiquement, si l'enquête a été bien menée, les réponses à ces questions sont les mêmes danstous les médias. Seul le commentaire ajouté à leur présentation (vocabulaire, tournure de phrase,…) peut changer en fonction de la ligne éditoriale et ainsi alimenter le débat démocratique. Finalement, c'est le citoyen qui doit se faire une opinion ; le journaliste n'est qu'un intermédiaire à son service.

Auteur : Pierre Pilar, enseignant, Clemi

Publié le 17/03/16

Modifié le 13/11/19

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