Vidéo : Douce Misère (Conte de Guadeloupe)

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Douce Misère (Conte de Guadeloupe)

Les contes et comptines de Lili

Une marchande de sirop se promenait dans la campagne. Elle était connue pour vendre le meilleur sirop de tous les mornes environnants. Les gens accouraient de toutes parts pour lui acheter le délicieux breuvage et se caressaient le ventre de contentement après l’avoir goûté.

Macaque observait la scène du haut de son arbre. Il ignorait ce que contenait la calebasse tant convoitée de la fermière. « J’aimerais bien savoir ce que c’est… », se demandait-il, quand tout à coup la marchande trébucha sur la grosse racine d’un figuier maudit. La calebasse tomba par terre et se renversa.

 

Quelle misère ! s’exclama-t’elle.

 

La dame se releva et rentra chez elle, les yeux pleins de tristesse, dès que le champ fut libre, Macaque descendit de son perchoir.

-C’est donc cela que l’on appelle « misère. » Il se mit à laper le sirop qui stagnait sur le chemin et adora cela.

- La misère est bien douce, conclut-il. Demain, j’irai voir le Bon Dieu et je lui demanderai un peu de misère à mettre en réserve.

Comme dit, comme fait. Le lendemain, le singe alla trouver le Patriarche, qui était justement occupé à regarder la misère du monde et le malheur des gens.

- Bonjour Bon Dieu. J’aimerais que vous me bailliez un peu de misère, s’il vous plaît.

- De la misère ? Il y en a tellement, partout… Macaque se pourléchait les babines.

- Je suis néanmoins surpris que tu me demandes cela, ajouta le tout-Puissant, moi qui te croyais égoïste et gourmand. Je suis satisfait que tu veuilles partager la misère du monde. Voilà un geste généreux qui t’honore.

 

Macaque n’écoutait déjà plus les paroles du Bon Dieu tant il écoutait son ventre. Il s’impatientait.

–Et où donc pourrais-je trouver ce breuvage si extraordinaire ?

–Tu as une bien drôle de manière de parler de la misère, j’admire ton enthousiasme… Tu vois cette barrique ?

Macaque aperçut sur sa gauche un tonneau dont il n’entrevoyait pas le sommet.

- Mais il est énorme ! exulta-t ’il.

- Eh oui, répondit le Bon Dieu d’un air un peu abattu, j’en ai à revendre, de la misère… Tu peux en prendre autant que tu veux, mais je comprendrais tout à fait que tu te contentes d’une louchete…

- Vous êtes sérieux ? Je peux en prendre autant que je veux ?

- Puisque je te le dis…

 

Le singe n’en croyait pas ses oreilles.

- Eh bien, puisque vous me le proposez, j’emporte tout le tonneau !

- Je te bénis, soupira le Tout-Puissant, sidéré par cet acte de charité qui lui parut proche de l’inconscience ou de la folie.

C’est ainsi que Macaque se fit livrer une énorme barrique dans une savane longue de cent kilomètres comme le lui avait conseillé le Bon Dieu. Il grimpa sur le couvercle du tonneau et s’employa à le défoncer à l’aide d’un marteau. Quand enfin il y parvint, un bouledogue plus enragé qu’un congre surgit du fond du tonneau et se mit à le pourchasser. Il s’appelait Misère.

Macaque détala, traversa toute la savane et monta au seul arbre qui s’y trouvait, un wara. Les piquants du tronc lui écorchèrent le postérieur et Misère, qui courait vite, lui arracha le bout de la queue. Arrivé sur la plus haute branche, alors que le chien aboyait férocement, Macaque leva les yeux au ciel.

 

– La misère n’est pas douce, Bon Dieu, elle n’est vraiment pas douce !

 

C’est depuis ce jour-là que les macaques n’ont plus de poils sur le bas du dos. Et que personne d’autre ne veut plus partager la misère des hommes.

 

Douce misère  

Extrait des 24 contes des Antilles d’Olivier Larizza 

Éditions Flammarion Jeunesse 

Réalisateur : Vianney Sotès

Producteur : Bérénice Média Corp.

Année de copyright : 2020

Année de production : 2020

Année de diffusion : 2020

Publié le 22/09/20

Modifié le 20/10/20

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