Concept fondateur

Normalien, Aimé Césaire dira « j’ai plié la langue française à mon vouloir dire ». Les grands genres littéraires, poèmes, pièces de théâtres et essais, auxquels il voue son talent d’écrivain, sont profondément ancrés dans la négritude, un concept forgé dans l’identité noire et en réaction au projet colonial français d’assimilation culturelle.

« ma négritude n'est pas une pierre, sa surdité ruée contre la clameur du jour

ma négritude n'est pas une taie d'eau morte sur l'œil mort de la terre

ma négritude n'est ni une tour ni une cathédrale »

Aimé Césaire dans Cahier d'un retour au pays natal, 1939

Le Paris des années 30

Quand il arrive à Paris, Césaire entre dans le cercle d’étudiants noirs venus des colonies françaises. Parmi eux, figurent son ami guyanais léon gontran damas, le guadeloupéen et futur poète guy tirolien, les sénégalais birago diop et Léopold Sédar Senghor. Ils créent la revue L’Etudiant noir, cassant leur rattachement aux colonies et puisant dans leurs racines africaines communes. Césaire est le premier à définir, en 1939, dans Cahier d’un retour au pays natal, la négritude comme « la simple reconnaissance du fait d’être noir, … de notre destin de noir, de notre histoire et de notre culture. »

 
 

Aimé Césaire d'après Léopold Sédar Senghor

Léopold Sédar Senghor rencontre Aimé Césaire au Lycée Louis-le-Grand et se lient d'amitié. Ils fondent la revue « L'Etudiant noir ». C'est là que Césaire emploie pour la première fois le mot de négritude, qui devient un mouvement littéraire et politique. Pour Senghor, la négritude c'est « l'ensemble des valeurs culturelles de l'Afrique noire ».

La négritude est d’abord un mouvement culturel, inspiré en partie de leurs rencontres avec les membres de la Harlem Renaissance qui vivent en France, fuyant le racisme et la ségrégation aux Etats-Unis : les écrivains Langston Hughes et Richard Wright, les musiciens de jazz Duke Ellington et Sidney Bechet.

L’amitié Césaire – Senghor

A son entrée au lycée Louis-le-Grand, Césaire est adoubé par Senghor, de quelques années plus âgé que lui. Une amitié se noue, suivie d’un destin parallèle d’écrivain et homme politique (Senghor devient le premier président du Sénégal, nouvellement indépendant, en 1960). Senghor ancre, comme Césaire, sa poésie dans la négritude.

« Nuit qui me délivre des raisons des salons des sophismes,

des pirouettes des prétextes, des haines calculées des carnages humanisés

Nuit qui fond toutes mes contradictions, toutes contradictions

dans l'unité première de ta négritude »

Senghor, dans Chants d’ombre, 1945

Ils sont tous deux des figures emblématiques de la Francophonie, mouvement qui se développe à partir des années 60 dans le ralliement à l’identité autour de la langue française.

Publié le 02/04/13

Modifié le 12/11/19

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