À l’instar des autres grands moments de la vie quotidienne du souverain, les repas sont extrêmement ritualisés. De nombreux règlements de dizaines d’articles, hérités des grands règlements d’Henri III, ont ainsi été édictés pour préciser l’ordre que le roi veut être observé à ces occasions. Concrètement, il y a deux possibilités : le repas pris en public et le repas pris en particulier, chacun desquels peut à nouveau se décliner.

 

 

 

 

© Christian Milet

À Versailles, le roi mange toujours en public, aussi bien à son dîner (notre déjeuner) qu’à son souper (notre dîner). La grande solennité de ces repas est signifiée par la présence de la nef, véritable emblème de la puissance souveraine que chaque courtisan doit saluer. Cette pièce d’orfèvrerie a la forme d’un vaisseau et renferme les serviettes dont doit user le roi.
Ne sont conviés au Grand Couvert que le cercle étroit de la famille royale, c’est-à-dire les fils et filles de France, les petits-fils et petites-filles de France. Le service se fait indifféremment chez le roi ou chez la reine, ce qui entraîne quelques bizarreries. Ainsi, chaque convive placé du côté de la reine (ou de la dauphine) mange des plats apprêtés par la Bouche de la souveraine et est servi par ses officiers ; la réciproque se fait pour les convives installés du côté du roi où s’affairent les officiers de Louis XIV.

Après la mort de la Dauphine apparaît, par opposition, la notion de « petit couvert », repas toujours pris en public, mais avec moins d’apparat. Le « grand couvert » est désormais, réservé pour le souper (que le roi prend dans sa première antichambre, dite « antichambre du grand couvert ») tandis que Louis XIV dîne seul à son « petit couvert » dans sa chambre. 
Lors du petit couvert, il n’y a ni nef ni cadenas (sorte de petit coffre de métal précieux dans lequel se trouve le couvert du roi), et le maître d’hôtel ne porte pas le bâton de commandement pour orchestrer le service. Le roi est servi directement par son Grand chambellan ou, le cas échéant, par son Premier gentilhomme de la chambre en année.

L’ordre est donné pour le début du repas et l’huissier de salle frappe de sa baguette la salle des gardes du roi en annonçant « Messieurs, à la viande du Roy » avant de se rendre à nouveau à l’Office-bouche où se met en route un important cortège.
Les officiers ont quitté le rez-de-chaussée de l’aile du Midi et ainsi, portant le cortège de la « viande » du Roi à couvert, ils empruntent l’escalier des Princes qui débouche sur la salle des Marchands (actuelle salle de 1792), et traversent la grande salle des Gardes (actuelle salle du Sacre) avant d’aller, au choix, chez la reine ou chez le roi. Le trajet ne dure pas plus de cinq minutes. Ils ont néanmoins dû se frayer un chemin au milieu de la foule qui se presse pour voir manger le roi. L’ensemble des assistants est debout, à l’exception de quelques dames titrées qui ont le droit au tabouret, c’est-à-dire un « ployant » (un pliant en forme de X).
Lors de ces repas du soir, on retrouve toute la pompe versaillaise, au moment du souper au grand couvert. Défilent en effet sur la table les cinq services, fort copieux. Le roi est connu pour sa gourmandise et, lorsqu’il aime quelque chose – les petits pois par exemple –, il n’est pas rare qu’il en mange jusqu’à l’overdose.


Autre forme qui s’offre au souverain : le repas pris en son particulier. L’étiquette des repas est assouplie mais encore bien codifiée, notamment lors des retours de chasse. Dans sa jeunesse, Louis XIV profite aussi régulièrement des longues soirées dans ses jardins et ne dîne parfois qu’après minuit avec ses maîtresses. Le cérémonial est rompu et le repas, pris à l’extérieur ou dans des cabinets, n’accepte que le personnel de service strictement nécessaire. Cet aspect se retrouve lors des voyages de Marly où seules les dames sont nommées mais où leurs maris peuvent évidemment les suivre. Elles en ont préalablement fait la requête lors du grand couvert, tandis que les hommes doivent en faire une demande plus formelle. 
Par la suite, pour éviter les critiques grandissantes sur le luxe débordant de Marly alors que la France est engagée dans la guerre de Succession d’Espagne, les tables sont réduites et Louis XIV décide en 1710 qu’il n’y dînera plus qu’à son petit couvert et soupera tous les jours à une table de seize couverts avec sa famille, le surplus des places étant réservé pour les dames nommées le matin même. Il y a encore quelques autres tables pour les princes et princesses accompagnés de leurs invitées si bien que les réformes successives se révèlent inutiles et la dépense est toujours aussi importante.

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Publié le 25/11/15

Modifié le 14/11/19

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