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Explication de texte autour d’un extrait de « Phèdre » de Racine (6 avril)

La Maison Lumni, les cours - Lycée

Votre professeure, Anne, vous propose un cours de français sur l’étude linéaire, autour d’un extrait de l’acte 1 scène 3 de Phèdre, pièce de théatre de Jean Racine. Il ne faut pas confondre le commentaire de texte et l’étude linéaire, ou explication de texte, qui est attendue à l’oral. Alors que le commentaire vous demande de regrouper vos idées, de faire apparaître une progression dans votre argumentation, l’analyse linéaire vous demande de suivre le mouvement de l’extrait. Ce que vous devez avant tout montrer au professeur, c’est que vous avez compris le texte, que vous êtes sensibles à ce qui en fait l’intérêt, et très souvent la beauté.

Retrouvez le support de cours en PDF.

L’étude linéaire, quelques points de méthode

Sur un texte d’une vingtaine de lignes, travaillé pendant l’année, voici ce qu’il faut dégager :

► Les objectifs, montrer :

  • Sa compréhension
  • Sa sensibilité à la beauté
  • Ses qualités d’expression orale

► Les stratégies

  • Repérer les mouvements du texte
  • Mettre en lien ses impressions de lecture avec un fait littéraire

► Les écueils

  • Paraphraser le texte, ne redite pas ce que le texte dit déjà.
  • Plaquer des listes de procédés, ne faites pas une liste de ce que vous remarquez  dans le texte.
  • Manquer d’expressivité dans sa lecture.

 

Attention à la diction des vers dans ce genre de texte, rien ne vous empêche de vous entraîner à la maison, de lire seul ou devant un ami, même à distance. Vous pouvez également vous filmer pour vous regarder et ainsi corriger vos défauts. Il ne s’agit pas de jouer la comédie, mais bien de lire. La professeure vous conseille de bien prendre son temps, de marquer des silences, et de souligner certains passages qui peuvent faire sens.

Entraînons-nous ensemble avec Racine !

Racine est, avec Corneille, l’un des deux grands auteurs de tragédie du XVIIe siècle. Ses personnages sont en général confrontés à un destin contre lequel il semble qu’ils ne puissent pas lutter. Ses personnages sont souvent en proie à la passion. Phèdre, l’héroïne de cette pièce, crée en 1677 sous le titre Phèdre et Hippolyte, est sans doute l’héroïne qui incarne le mieux la souffrance, puisqu’elle a le malheur d’être tombée amoureuse du fils du roi Thésée, son mari. Dans l’extrait de la tirade de la scène 3 du 1er acte que nous allons étudier, alors que depuis la scène d’exposition, sa confidente, Oenone, la presse de lui confier le secret qui la tourmente, Phèdre lui avoue, enfin, l’origine de son mal.

Phèdre, acte 1 scène 3

[...]
Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
Mon repos, mon bonheur semblait être affermi ;
Athènes me montra mon superbe ennemi :
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue
Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps et transir et brûler :
Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables !
Par des voeux assidus je crus les détourner :
Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
De victimes moi-même à toute heure entourée,
Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée :
D’un incurable amour remèdes impuissants !
En vain sur les autels ma main brûlait l’encens !
Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
J’adorais Hippolyte ; et, le voyant sans cesse,
Même au pied des autels que je faisais fumer,
J’offrais tout à ce dieu que je n’osais nommer.
[...]

Décomposer le texte

Il s’agit ici d’un aveu que fait Phèdre à sa confidente, l’aveu de son coup de foudre pour le fils de Thésée.

Lorsque vous avez votre texte devant vous, la première chose à faire est d’en repérer les différents mouvements, les étapes du récit. Essayez d’être précis et de donner des titres aux grandes parties que vous distinguerez. Ne vous interdisez rien, la seule règle est la cohérence.

Dans ce texte la professeure nous indique quatre parties que nous pouvons nommer ainsi :

1/ Un bonheur de courte durée (4es vers) : le moment où Phédre évque son mariage avec Thésée, un bonheur qui n’a pas duré très longtemps.

2/ Les 4 vers suivants forment un ensemble : le coup de foudre et sa manifestation.

3/ La lutte (6 vers) : c’est la partie la plus plus longue, car la lutte a duré.

4/ La défaite : on constate qu’au terme de la progression, cet extrait de la tirade se termine sur la défaite de la reine.

Un bonheur de courte durée

Le premier hémistiche (la moitié du vers) du premier vers constitue un retour dans le passé, « loin » est mis en relief à la césure, à la coupure qu’on entend à l’oral. Suit une longue phrase qui court sur trois vers. Le vers 2 montre le sens du devoir qu’avait Phèdre, avec l’antéposition du complément circonstanciel de lieu « sous les lois de l’hymen » qui a aussi une valeur causale. Au vers 3, « semblait » est à l’imparfait ce qui montre que cette sérénité a été fugace. Au vers 4, Athènes peut être considéré comme une métonymie (figure de style qui utilise un mot pour signifier une idée distincte, mais qui lui est associée) qui désignerait le peuple grec. Cela peut aussi être interprété comme une personnification de la ville comme le faisaient souvent les anciens dans l’Antiquité. Il peut y avoir plusieurs interprétations possibles pour un mot. Le thème du regard est mis en évidence dans ces quelques vers, avec le verbe « me montra » qui en appelle au  sens de la vue. « Mon superbe ennemi » théâtralise l’irruption du jeune homme dans le discours de Phèdre. L’adjectif « superbe » signifiait fier et orgueilleux au XVIIe, ce qui lui donne une valeur guerrière, qui s’ajoute au terme d’ennemi, puisqu’Hippolyte incarne le danger dans toute sa splendeur pour Phèdre.

Le coup de foudre

L’expression du coup de foudre est le sujet des vers 5 à 8. Ils peuvent se lire presque comme un quatrain à rimes suivies dont les deux premières en « ue » s’achèvent un peu comme dans un souffle. Ce sont des vers très poétiques puisqu’on voit que la cadence et même le rythme sont très sonores. C’est un rythme ternaire avec une assonance en i, « je le vis », « je rougis », « je pâlis » qui fait résonner ces mots monosyllabiques entre eux. Une assonance est la répétition d’un son voyelle. Ces vers montrent bien la respiration difficile, voire essoufflée de Phèdre. Au vers 7, le thème du regard est omniprésent, avec l’emploi d’un polyptote (répétition de plusieurs formes grammaticales d’un même mot). Ici le polyptote se sert du verbe voir : vis, vue, voyaient. La passion qui s’empare de Phèdre semble instantanément lui faire perdre le contrôle d’elle-même, ce que montre la personnification de « un trouble » qui devient le sujet de « s’éleva », un verbe d’action. Elle n’a plus le contrôle de sa raison, de ses sentiments ou de son corps, ce que montre la répétition de la négation. C’est rendu encore plus brutal avec l’allitération en P, procédé équivalent à l’assonance, avec des consonnes. Le seul verbe dont Phèdre est le sujet est un verbe qui exprime ses sensations « je sentis ». Elle ne réfléchit plus, elle éprouve. Elle évoque un amour qui atteint tous ses sens. « Et transir et brûler » est un oxymore, figure d’un rapprochement de deux termes contradictoires. Cela montre le passage brutal de sensations de très froid (transir) à très chaud (brûler). Ici l’allitération en R semble reproduire les tremblements inquiétants éprouvés par la Reine.

La lutte

Dans ce 3e mouvement (vers 9 à 14), Phèdre commence à essayer d’analyser ce qu’elle éprouve, à partir de ses repères mythologiques. Elle trouve une explication dans une malédiction qui a frappé sa famille. Sa famille est ici désignée par une métonymie : le sang. L’ancêtre de Phèdre, le Soleil, a surpris les amours de Mars et de Vénus, qui était mariée. Vénus, alors, n’a cessé de tourmenter la famille de Phèdre. Elle se place ainsi en victime du sort jeté à sa famille. Cette passion serait une malédiction qui lui serait tombée dessus par la volonté des dieux. Cette volonté des dieux qui précipite les hommes vers leur destin, toujours malheureux dans la tragédie, c’est ce qu’on appelle le fatum. On retrouve dans ce paragraphe le motif du feu, la passion de Phèdre est brûlante. Des vers 11 à 14, on voit les efforts consentis par Phèdre pour apaiser la colère de Vénus : temple, sacrifices… Dans l’antiquité les tragédies étaient liées au sacré, elles étaient données lors de grandes fêtes pour honorer les dieux. Le thème du sacré intervient donc à ce moment de la tirade et marque un tournant dans l’aveu de Phèdre. On passe de l’aveu d’une passion à celui d’une lutte pour s’en défaire en honorant Vénus.

La défaite

Dans les vers 15 à 20, Racine définit la passion comme une maladie , en employant les mots « incurable » et « remèdes ». Aucun effort humain n’y peut rien, d’où les préfixes négatifs « incurable » et « impuissants », qui appuient dans une même sonorité sur la stérilité de cette démarche. « En vain », en tête du vers 16, montre bien qu’aucune offrande, aucune prière à Venus n’a d’effet.  Mais on peut douter de la sincérité de Phèdre, puisqu’en fait elle n’adore qu’Hippolyte. Ici, pour la première fois de la pièce, elle prononce le nom de l’objet de son amour. L’idole que vénère Phèdre dans le temple n’est pas Vénus, c’est Hippolyte. Et ce qu’elle fait pour se détacher de lui le rend encore plus obsédant. Elle semble horrifiée par l’état dans lequel elle se trouve, elle est anéantie par une passion interdite, et par la lutte pour ne pas céder. Dans les deux derniers vers que les mots « autels » et « dieu » à la césure, placent sous le signe du sacré, on constate que Phèdre n’a plus aucun sens des réalités. Le glissement se fait dans son esprit, puisqu’elle va jusqu’à confondre Hippolyte et un dieu, que le démonstratif « ce » semble encore sublimer. Dans cette guerre menée contre la passion Phèdre semble avoir perdu à la fois son sens moral, sa piété et sa raison. Et cette plainte entraîne le spectateur vers la pitié.

La conclusion

Dans la conclusion, vous devez dans un premier temps faire un bilan de ce que vous avez montré, en rapport avec la question que vous vous êtes posée, au début, dans l’introduction : comment passe-t-on du bonheur au malheur ? Comment un coup de foudre change la vie de Phèdre ?  Puis une ouverture est bienvenue. Si vous devez étudier une œuvre intégrale, vous pouvez ouvrir sur la suite du texte, et rien ne vous interdit d’ouvrir à d’autres œuvres du même auteur. Ici, nous avons assisté à un aveu tragique qui met en scène une héroïne suscitant terreur et pitié, comme le veut la tragédie selon Aristote. Mais nous avons aussi assisté à une scène qui suscite l’intérêt du spectateur, se demandant si Phèdre va résister à cette passion dévastatrice, et comment, ou si, ce que sa maudite hérédité laisse présager, elle est condamnée à subir son destin.

Petits conseils de lecture

Vous pourrez mettre en pratique ces conseils sur d’autres textes, y compris des textes de poésie ou de roman. Anne, votre professeure, vous encourage à lire la suite de la pièce et d’autres tragédies de Racine traitant de la passion. Et plus particulièrement deux : tout d’abord Andromaque sur le thème de la perte de l’être aimé, puisqu’Hector le mari d’Andromaque est mort à la guerre, tué par Achille. Mais aussi Bérénice, qui évoque une histoire d’amour impossible. Titus, roi de Rome, est amoureux de Bérénice, mais ne peux l’épouser car elle n’est pas romaine. Il doit alors faire un choix entre son devoir d’empereur et sa passion pour la belle étrangère. Vous pouvez également lire Corneille, qui dans le Cid, par exemple, a beaucoup parlé des déchirements de l’être.

Réalisateur : Didier Fraisse

Producteur : france tv studio

Année de copyright : 2020

Année de production : 2020

Année de diffusion : 2020

Publié le 07/04/20

Modifié le 21/04/20

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