Perec a défini la dimension ludique comme l’un des quatre champs qu’il « cultive » dans ses écrits. Ce champ ludique s’exprime aussi bien dans ses textes qu’en dehors : à partir de 1976, Perec crée des grilles de mots croisés pour le magazine Le Point et il s’emploie à dépoussiérer le genre.

Il propose des définitions qui ne suivent pas un sens conventionnel, le joueur devant ainsi explorer des détours insolites. Suivant une logique oulipienne, il s’écarte des usages courants de la langue pour atteindre l’inédit. Il s’agit de faire dire autre chose aux mots, de révéler ce qu’ils ne pourraient dire ordinairement.

illustration de dado

illustration de Dado pour le poème Les in-quarto sont reliquaires, dans Alphabets, © Editions Galilée, 1976 / Dado © ADAGP, Paris, 2012.

Au-delà des mots, Perec manipule l’unité de base du langage, la lettre. Dans son œuvre poétique (qu’il ne pratique qu’avec des contraintes), Perec exploite des hétérogrammes. Il part d’une série de lettres différentes – ou hétérogramme – à partir de laquelle il crée des poèmes. Dans le recueil Alphabets, il utilise les dix lettres les plus fréquentes (e, s, a, r, t, u, l, i, n, o) auxquelles il ajoute une lettre choisie parmi les seize restantes (par exemple b ou v, etc.) À partir de cet hétérogramme il forme des poèmes de onze vers (onzains), chaque vers étant l’anagramme de la série de départ c’est-à-dire qu’il permute les lettres pour former des mots différents. Perec présente ses poèmes sous deux formes : la disposition en carré de 11 × 11 lettres et la transposition libre, afin que lecteur puisse visualiser les contraintes et leur résultat. Les illustrations de Dado – artiste majeur de la peinture figurative contemporaine – viennent appuyer cet aspect visuel.

Parmi les jeux qui ont particulièrement intéressé Perec on trouve le palindrome, mot ou phrase pouvant se lire dans les deux sens, sans que la signification soit obligatoirement la même. Il publiera ainsi un des plus longs palindromes connus (1247 mots). Il travaille aussi à des formes plus rares comme le palindrome vertical où ne sont conservées que les lettres restant identiques ou se transformant après une rotation de 180°. Cependant la contrainte majeure dans l’œuvre de Perec reste le lipogramme, qui consiste à écrire en se privant d’une ou plusieurs lettres : la plupart des règles qu’il explore dans ses écrits s’apparentent au lipogramme. Loin d’être uniquement spectaculaire, cette contrainte permet à Perec de développer une écriture plus intime, celle du manque et de l’absence.

Publié le 15/10/12

Modifié le 12/11/19