chronologie du pouvoir royal
En France et en Angleterre
Une bataille pour la couronne de France
En 1328, Charles IV, troisième et dernier fils de Philippe le Bel, Capétien, meurt sans descendant mâle. Isabelle de France, sa dernière fille, qui a épousé le roi d’Angleterre Edouard II, a un fils qui vient d’être couronné roi d’Angleterre sous le nom d’Edouard III. Ce dernier se porte prétendant au trône de France ; mais les pairs français désignent Philippe de Valois (Philippe VI), qui monte sur le trône et fonde la dynastie capétienne des Valois. Si Édouard III d’Angleterre prête alors hommage à Philippe et le reconnait pour roi, il refuse, à la cérémonie d’hommage de 1329, de joindre les mains devant lui : il ne prête qu’un « hommage simple », reconnaissant Philippe comme son seigneur mais non son « suzerain suprême ». La question dynastique pèsera lourd dans la montée de tension entre Philippe de Valois et Edouard III.
La peste noire
Parmi les fléaux qui traversent la guerre de Cent Ans, la peste noire aura été, entre 1349 et 1355, plus ravageuse que la guerre elle-même. Pénétrant sur le continent par Marseille, l’épidémie remonte vers le Nord mais aussi s’élargit et atteint vite Bordeaux, ce qui la fait rapidement infecter l’Angleterre. Il serait faux de penser la peste totalement indépendante du conflit donc, elle en reprend sinistrement les voies d’échange, pacifiques ou guerrières, tracées entre populations. En cette période, considérée par force comme une trêve, la démographie connaîtra un recul saisissant.
Charles V le Sage et le jeu des alliances
Au moment de la succession de son père Jean le Bon (1364), Charles V voit réapparaître la contestation dynastique de Charles le Mauvais, roi de Navarre, qui veut empêcher son sacre à Reims. Bertrand du Guesclin le bat à Cocherel (1364). Charles V donne pour mission à Du Guesclin d’entraîner au profit du royaume les grandes compagnies, ces unions de mercenaires, de soldats perdus, qui font régner la terreur dans les provinces. Charles V fait traîner le transfert des territoires cédés aux Anglais, puis remet la question de la Guyenne sur le tapis à l’appel du comte d’Armagnac, dont les sujets d’Aquitaine sont accablés d’impôts par l’Angleterre : Charles prononce la confiscation de l’Aquitaine en novembre 1368. La guerre reprend. Charles V réorganise l'armée, reprise par des chefs compétents comme Du Guesclin, qui la divisent en petits groupes bien structurés.
Une alliance avec le royaume de Castille conduit à l’anéantissement de la flotte anglaise par la flotte castillane à la bataille de La Rochelle, en juin 1372. Les places fortes cédées par le traité de Brétigny tombent ensuite les unes après les autres : Poitiers en 1372, Bergerac en 1377. Les Anglais continuant leurs chevauchées, Charles V ordonne aux campagnards la pratique de la terre déserte : se réfugier dans les villes avec toutes leurs réserves. Ainsi plus les Anglais avancent, plus leur ravitaillement devient ardu ; harcelés de plus par la nouvelle tactique d’embuscades des Français, de nombreux chefs anglais sont contraints au repli. A l’issu de ce redressement français, les Anglais perdent une grande partie de leurs possessions d’Aquitaine. La Bretagne reste à leur allié Jean IV, gouvernant le duché.
Charles V, par sa stratégie militaire et politique, et ses procédés de gouvernance « sages et économes », laisse un pays en voie de réunification, une armée directement sous contrôle royal, un pouvoir royal autonome par rapport à la noblesse, notamment au plan financier par le biais d’impôts rationalisés. A sa mort en 1380, le royaume de France est doté des bases d’un Etat moderne.
Bertrand Du Guesclin, le stratège de guerre de Charles V
Du Guesclin, fait par Charles V en 1370 connétable de France, c’est-à-dire chef des armées, est un noble breton au service de la France depuis 1361. Le Dogue noir de Brocéliande, comme on le surnomme, ne procède pas par batailles rangées classiques, mais s’attache à reconquérir « château après château ». Se contentant de peu de moyens, il harcèle sans trêve les Anglais, tirant le maximum d’effectifs modestes mais très préparés. Son type de guerre – on le qualifierait aujourd’hui de guérilla – est très adapté à la situation : reprendre des châteaux dispersés, qui commandent routes et carrefours. Son petit groupe, mobile, au noyau d'élite soudé, fonctionne comme un « commando » avant l’heure, frappant à l'improviste de manière éclair, aussitôt insaisissable pour des forces armées classiques. Du Guesclin sera l’un des piliers du redressement militaire, de la constitution d’une armée de métier et de tactique, indépendante des disputes des Seigneurs qui commandaient leurs propres armées.
Charles VI et les Armagnacs contre les Bourguignons
Au royaume de France, la mort de Charles V fait place à une mainmise de ses frères sur le pouvoir, son fils Charles VI n'ayant que 12 ans. Louis D’Anjou et Philippe de Bourgogne, ses oncles, sont en rivalité. Charles VI reprend en main le royaume à 20 ans en 1388 et devient vite populaire, mais des crises de folie intermittentes commencent à l’affecter et le pouvoir réel retourne aux mains des clans qui se déchirent à la cour. Cette rivalité entre ducs de Bourgogne et d’Orléans dégénère en guerre civile, qui opposera deux clans : Bourguignons (partisans du duc de bourgogne) et Armagnacs (futurs partisans du dauphin).
Henri V d’Angleterre et la double monarchie
Le roi d’Angleterre, Henri V, habité d’une foi belliqueuse et convaincu d’agir au nom de dieu, joue du désordre français pour reprendre du terrain sur le continent. Il reprend la guerre en débarquant en Normandie en 1415, prend Harfleur, à l’embouchure de la Seine, puis se dirige vers Calais avec environ 6 000 hommes.
Charles VI en France, Henri V en Angleterre, disparaissent tous deux en 1422. Henri VI d’Angleterre devient à l’âge de neuf mois ! Le conflit s'interrompt du fait de la minorité d'Henri VI, que le traité de Troyes destine à la couronne de France. Au sud de la Loire, ce qu’il reste du royaume de France et des Valois (à travers le dauphin, futur Charles VII) est le refuge du parti des Armagnacs. Prenant prétexte de l’incapacité mentale de son père, Charles refuse les clauses de succession du traité de Troyes et s’installe à Bourges. Des batailles marquent cette période, sans changer l’équilibre des forces. La guerre reprend de l’intensité en 1429, les Anglais mettant le siège devant Orléans, qui fait en quelque sorte frontière : ils veulent passer la Loire et descendre attaquer le dauphin, futur Charles VII, à Bourges. Ce dernier, affaibli, se réfugie à Chinon.
Jeanne d'Arc et la délivrance d'Orléans
C’est ici qu’intervient Jeanne d’Arc, figure emblématique de l’histoire de France (par ailleurs reconnue plus tard sainte de l’Eglise catholique). A Chinon, cette jeune fille de seize ans, née à Domrémy en Lorraine, vient demander audience à Charles et lui déclare, « au nom de dieu », qu’il est bien le « vrai héritier du trône de france ». Elle dit avoir des visions qui lui demandent de sauver Orléans, de le faire couronner roi de France. Charles VII la fait sonder par des prélats, qui confirment sa sincérité. Il accepte de la joindre, avec un convoi de ravitaillement, à l’armée qui part secourir Orléans, dont l’un des capitaines est Gilles de Rais.
Dans un message adressé aux assiégeants, elle déclare « Je suis ci venue de par Dieu le roi du Ciel, corps pour corps, pour vous bouter hors de toute France ». Le siège d’Orléans est effectivement brisé en mai 1429 et les divers belligérants témoignent de la présence de cette jeune fille, dont l’exaltation galvanise les troupes. Après cette victoire, Jeanne engage le roi au couronnement symbolique, à Reims, haut-lieu des sacres des rois de France. La difficile route vers Reims à travers un nord hostile est facilitée par la victoire des Français à Patay, en juin, et par le redressement du front de la vallée de la Loire, où des ponts sont repris aux Anglais. Charles VII est sacré roi de France à Reims en juillet.
Charles VII et l'abandon de Jeanne d'Arc aux Anglais
Après le sacre, pour asseoir sa légitimité, Charles VII laisse tomber Jeanne. Elle est capturée à Compiègne, en 1430, et jugée par l’évêque Cauchon, ecclésiastique missionné par les Anglais pour saper toute crédibilité « divine » de son rôle. Le dossier de l’accusation suit la veine de la sorcellerie, de l’hérésie : il la conduit au bûcher, en mai 1431, à Rouen.
À partir de 1461, Louis XI, qui succède à son père, Charles VII, permet au royaume de France, par des moyens mélangeant violence guerrière et diplomatie, de se ressouder : des terres du duché de Bourgogne et du duché de Bretagne reviennent dans le domaine royal. Il signe avec le roi anglais Edouard IV, en 1475, le traité de Picquigny, scellant la fin de la guerre de Cent Ans.





