Glossaire : les mots de la Shoah


Publié le 22/01/2013 • Modifié le 13/01/2023

Temps de lecture : 8 min.

Le vocabulaire de la Shoah

A-D

Antisémitisme : haine des juifs. Forme particulière de racisme.

Aryen : pour les nazis, sont Aryens uniquement les individus de race blanche non juifs, en particulier les personnes de grande taille aux cheveux blonds et aux yeux bleus.

Camp de concentration : système de détention destiné à emprisonner, à moindre coût, un très grand nombre de personnes. Les premiers camps de concentration furent conçus par les Britanniques lors de la guerre des Boers, en Afrique du Sud (1899-1902). Parmi les camps de concentration nazis, il y avait Buchenwald, Bergen-Belsen et Dachau en Allemagne, Auschwitz en Pologne. On trouve d'autres camps dans certains pays.

Camp de la mort : camp d'extermination conçu par les nazis pour tuer un maximum de personnes. Pour éviter les révoltes et les réactions de panique, les chambres à gaz étaient camouflées : les victimes croyaient qu'on les emmenait prendre une douche. Les six premiers camps de la mort se trouvaient en Pologne : Auschwitz-Birkenau, Chelmno, Treblinka, Sobibor, Majdanek, Belzec. A la fin de la guerre, d'autres camps de concentration étaient sur le point d'être transformés en camps d'extermination.

Chambre à gaz : invention nazie destinée à tuer avec des gaz toxiques. Les chambres à gaz étaient de grandes salles ayant l'apparence de douche collectives. Quand les victimes étaient enfermées à l'intérieur, les tuyaux déversaient non pas de l'eau mais du gaz.

Chef de bloc : responsable d'un baraquement (ou bloc) de prisonniers dans un camp de concentration.

Commandos du Canada : équipes de prisonniers d'Auschwitz employés pour trier les monceaux de biens personnels qui arrivaient avec chaque convoi de déportés et pour les ranger dons un entrepôt appelé le « Canada » (par allusion au pays, considéré comme l'Etat de I'abondance).

Crématoire : grand four destiné à brûler des corps humains.

Crématorium : four destiné à incinérer des corps humains. Les nazis installèrent un grand nombre de crématoriums dans les camps de la mort pour se débarrasser des cadavres.


E-G

Einsatzgruppen : brigades spéciales, rattachées aux SS, mais souvent composées d'individus recrutés sur place et chargés de rassembler les juifs pour les tuer. Par la suite, ils furent remplacés par les camps de la mort, jugés plus efficaces.

Fasciste : personne adhérant au fascisme. Le fascisme était une doctrine politique très populaire dans les années 1930 dans de nombreux pays d'Europe, fondée sur un gouvernement fort, symbolisé par un chef. Les intérêts des individus passent au second plan, après ceux de l'Etat. Il existe encore des dictateurs fascistes dans le monde.

Führer : chef en allemand. Titre que s'attribua Hitler à la mort du président Hindenburg.

Génocide : assassinat d'un peuple. Mot créé pour décrire l'entreprise d'élimination systématique des juifs menée par les nazis.

Gestapo : police secrète d'Etat, section la plus impitoyable de toutes les organisations nazies.

Ghetto : partie d'une ville séparée par des murs et des portes afin d'isoler les juifs des autres habitants. Le premier ghetto fut créé à Venise, en 1516. De nos jours, le terme ghetto désigne un quartier où un groupe d'individus vit séparé des autres.


H-P

Holocauste : dans l'Ancien Testament, « sacrifice par le feu ». Ce mot désigne aujourd'hui l'extermination de six millions de juifs et plusieurs millions d'autres personnes. Elles furent victimes de la volonté des nazis d'éliminer, de façon planifiée, tous ceux qui ne correspondaient pas à leurs critères de la « race supérieure ». Le mot « holocauste » est uniquement utilisé pour le massacre systématique des juifs.

Kapo : prisonnier employé pour surveiller d'autres prisonniers au travail. C'étaient souvent d'anciens détenus de droit commun qui tiraient une grande jouissance de leur pouvoir. Ils étaient réputés pour leur cruauté.

Lois de Nuremberg : lois promulguées en 1935 qui définissaient les juifs comme non-Aryens, leur retiraient la citoyenneté allemande et limitaient leur liberté.

Les « marches de la mort » : l'avancée des troupes russes, à la fin de la guerre, obligea les Allemands à battre en retraite. Les prisonniers durent évacuer les camps et traverser une partie de l'Europe à pied. Ceux qui n'avaient pas la force d'avancer étaient abattus sur le bord de la route.

Nazi : abréviation du terme de Parti national-socialiste des travailleurs allemands. Le nazisme est une forme particulière de fascisme qui se concentre sur la notion de race et le contrôle racial.

Procès de Nuremberg : procès organisé par les Alliés victorieux en 1945, afin de juger les responsables de l'Allemagne nazie pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité.


Q-Z

Rampe : quai en béton conduisant de la gare au camp, sur lequel s'effectuait la sélection.

IIIe Reich : « troisième empire ». Hitler affirmait que, sous sa conduite, l'Allemagne connaîtrait une nouvelle ère, le IIIe Reich, qui durerait mille ans.

SA : « Sections d'Assaut » ou « chemises brunes ». Cette terrifiante armée privée, de 400 000 membres, donna à Hitler le pouvoir dans la rue, avant d'être chancelier, en 1933.

Shoah : terme signifiant catastrophe en hébreu. Le mot shoah est utilisé par les juifs eux-mêmes pour décrire le massacre dont ils furent l'objet sous le régime nazi.

La « solution finale » : expression nazi pour décrire leur système d'élimination physique des juifs. Il s'agissait de leur « solution » à ce qu'ils considéraient comme « le problème juif ».

Sonderkommandos : équipes de prisonniers qui retiraient les corps des chambres à gaz, à Auschwitz. Ils devaient fouiller les vêtements et les cadavres pour voir s'ils avaient sur eux de l'or ou des objets de valeur, puis ils devaient charger les corps dans les fours crématoires. Sonder, en Allemand, signifie « spécial ».

SS : « section d'élite des forces d'intervention ». Formée en 1925, elle finit par compter 50 000 hommes reconnaissables à leurs chemises noires. Ces hommes étaient choisis pour leur apparence « aryenne » et leur dévotion à la cause nazie.

Svastika : croix gammée, le symbole du parti nazi. Cette croix est l'emblème de l'idéologie antisémite. Elle vient peut-être d'un symbole mystique hindou.

URSS : Union des Républiques Socialistes Soviétiques, confédération de républiques communistes née avec I'effondrement de I'Empire russe en 1917. L'URSS fut dissoute en 1991.

Zyklon B : gaz employé, à l'origine, comme insecticide. Il fut utilisé à Auschwitz sous forme de granules qui, exposés à l'air, libéraient de l'acide prussique, un gaz toxique.

Bibliographie

Sachso. Au cœur du système concentrationnaire nazi, de l'Amicale d'Orienburg-Sachsenhausen, Ed. Plon, coll. Terre humaine, 1982.
A 30 kilomètres de Berlin, Oranienburg-Sachsenhausen fut le centre nerveux du système concentrationnaire nazi. Ici, on expérimentait les méthodes d'extermination, les recherches médicales sur les détenus... Un ouvrage unique par sa diversité et son abondance d'informations sur les camps.

 

La Traversée de la nuit de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Ed. Le Seuil, coll. Points, 1998
Ancienne résistante, la nièce du général nous livre ici, cinquante ans après, le récit de mois passés au cachot de Ravensbrück. A travers les pensées qui lui permirent de s'échapper de sa cellule, en filigrane, c'est la vie du camp qu'elle retrace. Une mémoire intacte, témoin de la vivacité des empreintes laissées par les camps.

 

Paroles d'étoiles : mémoire d'enfants cachés sous la dir. de Jean-Pierre Guéno, Ed. Librio, 2002
En France, bon nombre d'enfants d'origine juive ont survécu en se cachant. En réponse à l'appel de l'ensemble des stations de Radio France, plus de 800 de ces rescapés témoignent ici de cet épisode. Un recueil troublant sur la difficulté de vivre à moitié ; entre amertume, douleur et reconnaissance pour les « justes ».

 

La Grande Rafle du Vel' d'Hiv de Claude Lévy, Paul Tillard, Ed. Robert Laffont, coll. Ce jour-là, 2002.
16 juillet 1942, Paris : 12 884 juifs furent arrêtés en plein cour de la nuit. Les auteurs dénoncent ici la responsabilité des autorités de Vichy, des services préposés aux questions juives, des forces de l'ordre mais également des collaborateurs parisiens. La référence sur les rouages et les conséquences de la rafle du Vel' d'Hiv.

 

Treblinka de J.-F. Steiner,Ed. Fayard, 1994
Moins connu qu'Auschwitz, Dachau ou Ravensbrück ou encore Buchenwald, Treblinka n'était pas un camp de concentration mais d'extermination. Certains en réchappèrent et décidèrent de porter leur témoignage devant l'histoire. A découvrir.

 

La Destruction des juifs d'Europe de Raul Hilberg, Ed. Gallimard, coll. Folio Histoire, 1999
Si cet ouvrage explique les mécanismes de la « solution finale », il ne prétend pas en comprendre les causes : le génocide — œuvre d'une société moderne — se déroula sans heurts majeurs, nécessitant des complicités dans toutes les couches de la population européenne.

 

Dites-le à vos enfants de Stéphane Bruchfeld, Paul A. Levine, Ramsy, 2000
Le devoir de mémoire exige l'œuvre de la connaissance. Tel est le postulat de ce livre — fruit d'un programme d'enseignement du gouvernement suédois — dont le propos est de donner les moyens aux parents de sensibiliser leurs enfants à cette effroyable page de l'histoire du XXe siècle qu'est la Shoah.

 

Les Camps de la honte. Les internés juifs des camps français, 1939-1944 de Anne Grynberg, Ed. La Découverte, coll. Poche, 1999
En 1940, la zone libre française comptait quelques 93 camps « d'internement » : des dizaines de milliers d'étrangers, juifs pour la plupart, y furent détenus. Ce livre, truffé de témoignages et d'extraits d'archives longtemps restés inaccessibles, révèle ce pan occulté de notre histoire nationale.

 

Les Assassins de la mémoire de Pierre Vidal-Naquet, Ed. La Découverte, coll. Cahiers libres, 1987
Cinq essais sur le négationnisme : un ouvrage incontournable sur ceux qui ont nié la réalité du génocide hitlérien.

 

L'Univers concentrationnaire de David Rousset, Ed. Hachette Littérature, coll. Pluriel, 2001
Premier déporté à décrire la logique des camps nazis, l'auteur met ici en cause les différentes strates, bureaucratiques et idéologiques, du système concentrationnaire. Une analyse claire et dense, qui ne parvient pourtant pas à saisir l'indicible.

Filmographie

Le Génocide

  • Shoah de Claude Lanzmann
    Monument de mémoire sur le génocide, ce film a exigé douze années de tournage. Pour faire resurgir la réalité, Claude Lanzmann retrouve des lieux souvent méconnaissables et fait parler d'innombrables témoins. Une anthologie.
  • Monsieur Klein de Joseph Losey
    Avec Alain Delon, Jeanne Moreau, Suzanne Flon, Michael Lonsdale. « Le thème de M. Klein, c'est l'inhumanité de l'homme envers l'homme », disait le réalisateur. Un film qui a contribué à une prise de conscience massive de la réalité du génocide
  • Nuit et Brouillard d'Alain Resnais
    Ce film marque la première période de la mémoire de la déportation. Réalisé dix ans après la fin de la guerre, il reste tributaire du manque de recul que l'on pouvait avoir dans les années 50 : recueil de témoignages de déportés politiques et de leurs associations, il gomme en partie la spécificité du génocide juif.

La France occupée

  • Les Guichets du Louvre de Michel Mitrani
    Avec Christian Rist, Christine Pascal
    Le film suit le trajet de deux adolescents dans un Paris infernal. Celui du jeudi noir, le 16 juillet 1942. Dans un style dépouillé, Michel Mitrani tente de retranscrire l'atmosphère de ce jour où la police française rassembla 14 000 juifs au vélodrome d'hiver. Une des rares fictions traitant de la responsabilité de l'Etat français dans la déportation des juifs de France.
  • Le Chagrin et la Pitié de Marcel Ophüls
    Clermont-Ferrand sous l'occupation : le réalisateur tente ici de comprendre les rouages de la collaboration et de la Résistance.
  • Le Vieil Homme et l'Enfant de Claude Berri
    Avec Michel Simon, Alain Cohen
    A travers l'histoire vraie d'un enfant juif envoyé à la campagne pour fuir les persécutions, ce film tourne en dérision l'antisémitisme français. Le choix de l'humour contre la barbarie.

Musées

  • Musée de la Résistance et de la déportation en Isère
    Le visiteur est ici accueilli par le bruit d'un train qui s'éloigne... Une évocation de la déportation, appréhendée plus en détails au second étage, à travers des textes, photographies, cartes, maquettes et objets. Différents types de costumes rayés servent ici de prétexte à la présentation de chaque camp. Un plus : une banque d'écoute de témoignages.
  • Musée de la Résistance et de la déportation
    Ce musée possède un fonds documentaire varié sur la déportation et l'holocauste : photographies, textes, correspondances, collection de dessins réalisés en camps de concentration, ouvres postérieures aux camps d'extermination et surtout — c'est là son point fort — une abondance d'objets issus des camps. Dans une muséographie datant des années 80, cinq salles (sur vingt) sont consacrées à l'avènement et la réalisation de la « solution finale ».

 

  • Mémorial de Caen
    L'espace souterrain du mémorial, dédié à la France des années noires (1940-1944), plonge le visiteur dans l'atmosphère de l'Occupation. La déportation est ici traitée comme un des éléments de cette période, au même titre que la collaboration et la Résistance.
  • Conservatoire historique du camp de Drancy
    Si cette association possède un espace d'exposition permanent présentant l'histoire du lieu (textes, photographies et films), faute de place, elle concentre son énergie ailleurs. La sauvegarde de la mémoire du camp passe avant tout par l'accueil de groupes pour une visite du wagon témoin et du mémorial. Seul bémol : le bâtiment qui hébergea les juifs en transit ne se visite pas : il est aujourd'hui habité.

 

  • Maison d'Izieu
    C'était le lieu de refuge de quarante-quatre enfants juifs et de leurs éducateurs, arrêtés le 6 avril 1944 (et majoritairement déportés et gazés à Auschwitz) sous commandement de Klaus Barbie. Deux bâtiments sont ouverts à la visite. Présentés à travers des photographies et des montages audiovisuels, le contexte historique de la rafle d'Izieu ainsi que le sort des 11 000 enfants juifs déportés de France sont ici rappelés. Inédit : des extraits du procès Barbie relatifs à la rafle.

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