Le système féodal, qui tend à une fixation très codifiée des liens sociaux, finit également par fixer, par le biais de législateurs religieux, une division et description « légitime » de la société.

les trois ordres
Les Trois Ordres, enluminure Maître de Philippe de Croy, vers 1470,
Commencement des seigneuries et des diversités des Etats © BnF

Peaufinée par des gens d’Église, elle justifie en quelque sorte après coup le bien-fondé « spirituel » des castes sociales, trouvant aux « ordres » sociaux, puisqu’il s’agit de définir le « naturel » d’une société chrétienne, la justification d’un ordre spirituel.

Le Haut Moyen Âge restait sur un clivage uniquement religieux des ordres : les moines, les clercs, les laïcs, l’Église à elle seule constituant donc deux des trois ordres… Haymon d’Auxerre, vers 860, avance le fameux Oratores, Bellatores, Laboratores : ceux qui prient, ceux qui combattent, ceux qui travaillent. Ce cadre théorique, censé fonder l’harmonie d’un monde chrétien médiéval dominé par le roi, se voit chevillé au début du XIe siècle par des évêques comme Adalbéron de Laon : « ces trois parties qui coexistent ne souffrent pas d’être disjointes ; les services rendus par l’une sont la condition de l’œuvre des deux autres. Chacune à son tour se charge de soulager l’ensemble.» (Poème au Roi Robert, env. 1030). Ainsi les moines prient pour le salut de tous, les chevaliers mettent leurs armes au service de l'Église et défendent les faibles qui travaillent, ces derniers (les paysans) faisant fructifier la terre pour nourrir les deux premiers ordres.

Un système hiérarchique complexe

L'appartenance aux deux premiers groupes est scellée par des rites : adoubement pour les chevaliers, ordination pour le clergé. Cette division suscite d’ailleurs des tensions entre évêques et moines, chacun des deux partis désirant s’approprier le monopole de la catégorie de « ceux qui prient » : assimilés au clergé, les moines perdent leur statut de gens placés hors du monde, pour se fondre dans l’institution ecclésiastique. De même le pouvoir des grands est-il réduit à sa seule fonction guerrière ? Ce schéma, commode au clergé et à l’aristocratie pour consacrer sa domination, rend peu compte de la complexité de l’évolution de la société médiévale : ni du corps social confus de ceux qui sont désignés comme les « travailleurs », ni de nuances dues à l’émergence d’états sociaux nouveaux. Cependant, il pointe aujourd’hui la place du service armé dans l’état d’esprit féodo-vassalique, et la fusion entre les divers « états » de la noblesse. Avec les croisades, l’Église sacralise le métier profane et meurtrier des armes, engageant les seigneurs-chevaliers dans la voie « pieuse » de la défense de la foi. La chevalerie, apanage des riches, en conservera tout le Moyen Âge un prestige qui « romance » le système foncier féodal : le vassal titulaire d’un fief d’armes (haubert), une fois adoubé, devient à la fois feudataire et chevalier, un chevalier fieffé… Sorte de modèle pour le seigneur à qui la féodalité offre ainsi un idéal propre à sanctifier son simple état de propriétaire foncier.

Pour en savoir plus, découvrez au plus vite notre dossier sur la vie quotidienne au Moyen Âge.
Découvrez l'organisation du système féodal avec le jeu À votre service, Monseigneur !

Publié le 15/10/12

Modifié le 13/11/19

Retrouve ce contenu dans :