Avec le développement des villes, la montée en puissance des marchands et du commerce, et l'affirmation du pouvoir royal, le système féodal tout-puissant vacille en faveur du monarque. La reprise en mains monarchique exige le renforcement d'un « État royal » dès la fin du XIIIe siècle : il permet d'unifier la monnaie, de rationaliser la justice, de centraliser les impôts, de les utiliser au financement d'une armée encadrée défendant l'ensemble du pays, ce que la guerre de Cent Ans viendra accentuer. Les grands féodaux perdent aussi petit à petit de leur puissance face à la force émergente dans la société, la bourgeoisie. De celle-ci sont issus les légistes, ayant étudié le droit au sein des universités. Ils vont former le personnel de l’administration royale qui se centralise et se modernise. Le schéma d’une société séparée en trois ordres, élaboré pour une société féodale essentiellement agricole, tenue par des schémas fonciers locaux où le guerrier protège le paysan, devient inopérant. Il faudra tout de même attendre le XVIe siècle pour que le domaine royal se confonde avec le royaume.
La construction du territoire national (XIIe-XVe siècle)
- Au XIIe siècle, Louis VI, dès le début de son règne, portera les premiers coups au système féodal en encourageant les pouvoirs communaux, s’en servant comme levier royal contre la puissance des vassaux ; les croisades, de même, forceront les seigneurs à engager leurs pouvoirs à la couronne.
- Puis, au XIIIe siècle, de Philippe Auguste à Philippe le Bel, les progrès du pouvoir royal arriveront à réimposer un gouvernement central. Le roi exige l’hommage de ses vassaux, intervient dans les fiefs, taxe de félonie ses vassaux indisciplinés, joue pour lui-même des sentiments de fidélité qui doivent s’attacher à la personne du seigneur. Se met alors en place une monarchie féodale, usant des obligations vassaliques pour faire plier principautés et seigneurs territoriaux. Par la force des armes, par des jugements, des achats, des jeux de succession, les souverains réuniront au domaine royal le plus grand nombre possible de fiefs. Au-delà des croisades, la guerre de Cent Ans posera la même contradiction entre la « mobilisation générale » d’un royaume et l’atomisation féodale. La question militaire se résoudra alors en arrachant la guerre aux seigneurs de la guerre et à leurs chevaliers, et en constituant une armée de métier à partir d’impôts centralisés : la question de fond est bien celle du passage de la féodalité à l’État royal.
- Du règne de Philippe IV, dit le Bel, qui accède au trône à la fin du XIIIe siècle, jusqu’à Louis XI qui régna à la fin du XVe siècle, le royaume de France se modernise et se renforce au détriment des grands féodaux.
Face à eux, le roi de France tire sa légitimité de son sacre, lui conférant un caractère de droit divin, et des lois de succession au trône de France. La couronne de France se transmet de mâle à mâle, par ordre de primogéniture (loi salique). Les grands féodaux, assujettis au royaume de France, restent puissants dans leurs fiefs, parfois plus étendus que le domaine royal : les rois de France qui se succèdent s’emploient à agrandir le domaine royal soit par confiscations, soit par alliances et mariages. Ainsi, en se mariant avec Jeanne, fille d’Henri Ier de Navarre et comte de Champagne, Philippe le Bel permet la réunion du comté de Champagne au domaine royal en 1284. - 1337-1453, la guerre de Cent Ans : le système féodal en crise
Au-delà des croisades, la guerre de Cent Ans posera la même contradiction entre la « mobilisation générale » d’un royaume et l’atomisation féodale. La question militaire se résoudra alors en arrachant la guerre aux seigneurs de la guerre et à leurs chevaliers, et en constituant une armée de métier à partir d’impôts centralisés : la question de fond est bien celle du passage de la féodalité à l’État royal.
La noblesse est déstabilisée par la montée des pouvoirs monarchiques et leur tentative de construire un véritable État royal au plan géographique et politique. Les seigneurs de la noblesse terrienne tentent de résister aux tentatives d’établissement d’impôts convergeant vers l’Etat, à l’émergence des villes, au capitalisme naissant des bourgeois. Ne sont-ils pas alors prêts à une fuite en avant, prenant la forme de l’aventure militaire, de son cortège de profits immédiats, de ses récupérations locales de pouvoir ?
Une nouvelle administration centralisée
Les grands féodaux perdent aussi petit à petit de leur puissance face à la force émergente dans la société, la bourgeoisie. De celle-ci sont issus les légistes, ayant étudié le droit au sein des universités. Ils vont former le personnel de l’administration royale qui se centralise et se modernise.
- Avec Philippe le Bel, la Curia Regis (cour du roi) qui entourait le roi pour les affaires du royaume est séparée en trois organes :
- le Conseil du roi pour les affaires politiques,
- le Parlement pour la justice,
- la Chambre des comptes pour les questions financières. - Les premiers parlements locaux sont créés sous Charles VII (Parlement de Toulouse en 1443, de Grenoble en 1455) et les chambres des comptes provinciales étendues sur la quasi totalité du royaume sous Louis XI. Parallèlement, les personnels toujours plus nombreux de l’administration royale cessent d’êtres des agents royaux révocables par le roi : par l’ordonnance de 1467, ils deviennent des officiers inamovibles qui achètent leur charge.
- D’une société féodale avec la toute puissance des seigneurs locaux et vassaux de la couronne, le royaume de France glisse vers une société hiérarchisée en « corps constitués », symbolisée par la naissance des États généraux, formés des représentants du clergé, de la noblesse et du Tiers État. Ce dernier rassemble les bourgeois — nouvelle force émergente —, et les autres forces vives du pays (agriculteurs, artisans, commerçants…). Sans fonction législative ou judiciaire, les Etats généraux sont convoqués par le roi pour traiter d’une crise politique (une guerre ou une question diplomatique) et décider d’une aide militaire ou fiscale provenant de l’ensemble du peuple. Convoqués pour la première fois en 1302 par Philippe le Bel pour contrer le pape et renforcer l’autorité royale sur ses sujets et en premier chef sur le clergé français, ils seront réunis par intermittence lors de crises majeures.
L’émergence des villes et l'affaiblissement de la féodalité
Refusant l’étouffement par les grands féodaux, les rois délèguent en effet aux bourgeois de plus en plus de pouvoirs politiques et fiscaux, à l’aide de zones franches autour des grands carrefours commerciaux urbains. Le patriarcat urbain de la bourgeoisie finit par prêter aux princes comme au clergé… Lequel d’ailleurs perd son rôle social en ville, les bourgeois finançant des écoles et des œuvres sociales, ce qui était un peu le monopole de l’Église. De même savants, ingénieurs, architectes, toute une série d’acteurs du développement et du progrès technique ne se recrutent plus exclusivement chez elle ou dans ses monastères, mais chez les laïcs. Certains membres de la classe montante bourgeoise cherchent à être anoblis, d’autres souhaitent voir changer le système féodal lui-même, et la royauté n’avoir plus à répondre que devant des États généraux. Enfin, dans un cadre où la noblesse doit compenser la diminution de ses revenus fonciers, beaucoup de paysans, touchés par l’appauvrissement rural, tentent leur chance à la ville, comme saisonniers, pour des salaires de misère. C’est l’ensemble du schéma féodal, affiné dans une cadre de partage essentiellement terrien, qui vacille sous l’émergence de la ville et de son commerce.





