Les camps de concentration et d'extermination


Publié le 22/01/2013 • Modifié le 13/01/2023

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Les camps de travail

Les premiers camps de concentration furent ouverts en Allemagne. Par la suite, d'autres camps furent construits dons les pays occupés d'Europe centrale et orientale. Isolés, loin de tout témoin, les prisonniers y étaient traités encore plus brutalement.

Ces camps renfermaient essentiellement des Juifs mais aussi des prisonniers politiques, des journalistes, des syndicalistes, des Tziganes, des homosexuels et des Témoins de Jéhovah… Les nazis tenaient des registres dans lesquels figurait le nom de chaque prisonnier, sa date d'arrivée, la raison de sa présence dans le camp, les délits commis, les châtiments infligés, la cause et la date du décès.

Les prisonniers se voyaient attribuer, à la place de leur nom, un numéro qui était tatoué sur leur avant-bras. Les châtiments étaient inhumains et les détenus pouvaient être abattus au moindre prétexte. La nourriture était rationnée, les hivers rigoureux et les maladies faisaient des ravages. Les prisonniers dormaient dans de gigantesques dortoirs, jusqu'à dix dans le même lit. Nombre d'entre eux étaient utilisés comme cobayes pour des expériences médicales. D'autres étaient conduits dans des usines voisines pour travailler comme esclaves.

« L'opération n'était pas douloureuse et ne durait pas plus d'une minute, mais elle était traumatisante. Sa signification symbolique était évidente pour tous : c'est un signe indélébile, vous ne sortirez plus d'ici ; c'est la marque qu'on imprime sur les esclaves et les bestiaux destinés à l'abattoir, et c'est ce que vous êtes devenus. Vous n'avez plus de nom : ceci est votre nouveau nom. »

Primo Levi dans Les Naufrages et les Rescapés

Les camps de la mort

Auschwitz ne fut pas le seul camp de la mort construit par les nazis, il y en eut plusieurs autres, dont Belzec, Chelmno, Majdanek, Sobibor et Treblinka, tous situés en Pologne. Mais il est devenu un symbole car ce fut le camp le plus vaste, où fut tué le plus grand nombre de victimes, et aussi parce que, surpris par la vitesse de I'avancée des Soviétiques, les nazis n'eurent pas le temps de le détruire, comme ils l'avaient fait ailleurs.

Auschwitz était un vaste complexe et, entre 1941 et 1945, des millions de personnes passèrent par ce camp. Pourtant, les nazis ne laissèrent rien filtrer sur son fonctionnement. Les photos étaient interdites et les prisonniers qui, par leur travail, étaient témoins des pires atrocités, étaient régulièrement tués et remplacés.

Avant de s'enfuir d'Auschwitz, les nazis détruisirent les chambres à gaz et la plupart de leurs registres et documents. Ils savaient que ceux-ci étaient autant de preuves qui pourraient les compromettre. Cependant, d'autres sources d'information ont survécu, révélant l'étendue et la monstruosité des crimes commis.

Quand les nazis cherchent à cacher leurs crimes

Le 2 juin 1942, la BBC (la radio britannique) annonça, pour la première fois, la nouvelle de l'extermination des Juifs. Le contenu d'une lettre venant du Bund de Pologne (une organisation juive) fut radiodiffusé.

Il donnait une description très précise du génocide qui avait commencé : « Du jour où la guerre a été déclenchée entre la Russie et l'Allemagne, les Allemands ont entrepris l'extermination physique du peuple juif sur le sol polonais avec l'aide des fascistes ukrainiens et lituaniens. (…) Cela a commencé en Galicie orientale durant l'été 1941 ».

Le monde apprenait ainsi l'existence des atrocités qui se déroulaient en Europe orientale. Mais ces informations furent généralement considérées comme exagérées...

A partir de 1943, lorsque les nazis comprirent qu'ils étaient en train de perdre la guerre, ils accélérèrent le massacre des Juifs. Des ghettos furent anéantis, les déportations vers les camps de la mort redoublèrent, jusqu'à ce que les camps les plus efficaces, comme celui de Birkenau, ne puissent plus faire face au nombre de personnes à tuer chaque jour.

Le chef des SS, Heinrich Himmler, forma des unités de forçats pour brûler et enterrer les cadavres, afin de faire disparaître ces preuves. Les chambres à gaz de Birkenau, par exemple, furent détruites. Parallèlement, certains pays comme le Danemark et la Hongrie, qui s'étaient toujours opposés à la déportation de leurs ressortissants juifs, subirent des pressions de plus en plus fortes.

Alors que les armées soviétiques obligeaient les Allemands à se retirer d'Europe orientale, les prisonniers affamés et épuisés étaient contraints de traverser l'Europe à pied, de camp en camp, au cours de ce qu'on appela les « marches de la mort », car beaucoup périrent de faim, de froid, d'épuisement ou bien encore exécutés par les SS au bord de la route. Les survivants furent entassés dans des camps plus à l'ouest, où régnaient la famine et les épidémies. En même temps, la résistance se renforçait parmi les Juifs et la population des pays occupés.

« Après que les Russes eurent encerclé Budapest le 25 décembre 1944, les nazis intensifièrent les massacres. Quelques jours plus tard, je fus arrêté, avec 280 autres hommes, femmes et enfants, déshabillé et conduit à pied jusqu'au bord du Danube. Après nous avoir placés en ligne, des soldats armés de mitrailleuses ouvrirent le feu. N'ayant plus rien à perdre, je sautai dans le Danube avant d'être tué. Je restai sous l'eau et me laissai emporter par le courant. Lorsque je ne sentis plus mes membres, je sortis du fleuve et regagnai péniblement les terribles conditions de vie du ghetto. Je fus l'unique survivant de ma famille de 27 personnes. »

John, survivant de l'Holocauste

Les sources d'information prouvant l'existence des camps d'extermination

Les documents et les témoignages nazis

Il existe de nombreux documents sur l'idéologie des nazis et sur leur politique vis-à-vis des Juifs. Par exemple, on a retrouvé les rapports complets de la conférence de Wannsee de 1942, au cours de laquelle furent élaborés les plans d'une « grande machine d'extermination à l'Est » de tous les Juifs d'Europe.

Les actes d'Eichmann et ses déclarations ultérieures constituent des preuves supplémentaires. En 1944, il joua un rôle capital dans I'accélération de la déportation des Juifs hongrois, alors même que I'Allemagne perdait la guerre. Pourquoi tant d'acharnement à les envoyer à Auschwitz, sinon pour les faire mourir ? Lors de son procès, Eichmann n'essaya jamais de nier que des millions de personnes avaient été tuées à Auschwitz. II refusa seulement d'admettre qu'il en était responsable.

Les survivants

Quelques déportés ont survécu. C'étaient principalement les prisonniers utilisés pour le travail forcé, amenés à Auschwitz de toute I'Europe. Leurs témoignages indiscutables constituent quelques-unes des preuves les plus saisissantes.

Ces prisonniers savaient tous que, s'ils ne satisfaisaient pas aux demandes exténuantes qu'on leur imposait, ils périraient inéluctablement dans les chambres à gaz. Beaucoup d'entre eux parlent de la puanteur continuelle des corps en train de brûler, surtout après le débarquement de chaque nouveau convoi.

Les corps et le « butin »

Bien que les nazis eussent brûlé un maximum de preuves avant de quitter le camp, et que, durant la guerre, ils eussent envoyé des tonnes de biens personnels des victimes en Allemagne pour qu'ils soient réutilisés, il restait encore à Auschwitz, lorsque le camp fut libéré, des centaines de cadavres et des monceaux d'affaires confisquées aux prisonniers. Le butin abandonné dépassait largement le nombre des détenus enregistrés.

On trouva, par exemple, un total de 836 255 manteaux de femmes. Si I'on suppose que chaque femme arrivant à Auschwitz avait apporté un manteau avec elle, et qu'il y avait au moins autant d'hommes que de femmes, et probablement encore plus d'enfants. On peut évaluer à trois millions le nombre de déportés.

Des photos de l'époque

Malgré les efforts des nazis, quelques photos subsistent. Un Sonderkommando réussit à en conserver sept, montrant les prisonniers attendant devant la chambre à gaz ainsi que le déblaiement des cadavres. De plus, un album de quelques 200 photos prises à Auschwitz a été trouvé à la fin de la guerre par Lili Jacob.
Mis à part les clichés servant à l'identification, Il était strictement interdit de prendre des photos à Auschwitz. Pourtant, en mai ou juin 1944, deux officiers SS — Bernard Walter, le chef du service des Identités, et son assistant Ernst Hoffman — obtinrent une permission spéciale pour photographier un convoi composé essentiellement de Juifs hongrois qui arrivaient d'Ukraine subcarpatique. On ne sait pas pour quel motif ces deux hommes devaient accomplir ce travail… Peut-être pour un document SS qui n'a jamais vu le jour. Toujours est-il qu'ils firent un album de quelques 200 photos. La plupart des clichés montre le processus de sélection sur le quai d'Auschwitz, tandis que quelques-uns dévoilent ce qui arrivait ensuite aux déportés.
L'histoire de la survie de ces photos est très étrange. Elles avaient été collées dans un album ordinaire et envoyées en Allemagne. Là, le destin voulut qu'une prisonnière s'empare de I'album. C'était madame Lili Jacob qui venait elle-même d'Ukraine subcarpatique.
En 1945, Lili Jacob avait été déportée au camp de concentration de Dora-Nordhausen, en Allemagne. Le 2 mai, elle était à l'hôpital du camp, atteinte du typhus, lorsque les soldats américains arrivèrent. Avec quelques amies, elle cherchait à se cacher dans les baraquements allemands, lorsqu'elle aperçut I'album. Elle I'ouvrit et la première chose qu'elle vit fut une photo du rabbin de son village. Elle s'évanouit sur le coup. Plus tard, à I'hôpital, en feuilletant I'album, elle découvrit plusieurs photos des membres de sa famille qui avaient été déportés à Auschwitz et qu'on n'avait jamais revus.
Lili Jacob émigra aux États-Unis et emporta I'album avec elle, conservant précieusement les seules photos qui lui restait de sa famille disparue. Ce n'est que beaucoup plus tard qu'elle prit conscience de son exceptionnelle valeur historique. L'album est maintenant au Yad Vashem, le mémorial de la Shoah à Jérusalem, en Israël.


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