Vidéo : Le soft power

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France Télévisions
Actualité13:05Publié le 21/11/2022

Le soft power

L'entre deux

Concept apparu à la fin du XXe siècle pour désigner la capacité d’un Etat à séduire et à attirer, le soft power est devenu une arme essentielle dans le jeu des relations internationales. Dans ce nouvel épisode de L’entre deux, Alix Grousset reçoit Jean-Baptiste Guégan, expert et enseignant en géopolitique pour parler de ce vaste sujet qui est impacté par de nombreux domaines, tels que le sport.

Qu’est-ce que le soft power ?

Le soft power est un concept développé dans les années 1990 par Joseph Nye, expert en géopolitique et alors secrétaire adjoint à la Défense du gouvernement du Président américain Bill Clinton. En opposition au hard power (la puissance physique et économique), il s’agit de la capacité de séduction et de persuasion d’un Etat au niveau international, sa faculté à manipuler son image et la manière dont elle est perçue. On peut aussi parler de nation branding, la capacité d’un pays à promouvoir sa marque et ses différentes dimensions (culturelle, gastronomique ou diplomatique). Les Etats-Unis, où ce concept a été élaboré, est d’ailleurs le premier pays en termes de soft power, qui s’illustre par exemple à travers le mythe du self-made man, l’individu artisan de sa propre réussite. Le pays renvoie l’image d’une société idéale où chacun peut réussir, ce qui n’est en réalité pas le cas. Le cinéma, ainsi que les séries télévisées, sont le principal soft power américain, contribuant à cette vision altérée que l’on peut avoir du pays.

Le soft power en France

La France bénéficie d’un très important soft power (on parle aussi de puissance douce, ou de puissance feutrée). Et ce, notamment parce qu’elle est la première destination touristique mondiale, aux terroirs variés et mondialement reconnus. Cependant, son image est parfois ternie, comme lors des problèmes survenus à l’occasion de la finale de Ligue des champions organisée en 2022. La France a également la réputation d’être fréquemment en grève, ce qui affecte sa perception auprès du reste du monde. Malgré ses nombreux attraits, l'Hexagone ne peut rivaliser avec le soft power américain. Aucun pays ne semble d’ailleurs pouvoir le concurrencer, pas même la Chine, pourtant deuxième puissance mondiale.

Le sport, acteur majeur du soft power

Le sport est aujourd’hui l’un des trois principaux moyens de construire un soft power. Les Etats mettent désormais tout en œuvre pour organiser un évènement sportif de grande ampleur afin de montrer une image positive ou redorer son blason. C’est le cas du Qatar, qui depuis vingt ans, s’investit de plus en plus dans le sport, et veut utiliser la Coupe du monde de football de 2022 pour montrer comment le pays a évolué, et se dévoiler sous son meilleur jour. Les sportifs eux-mêmes peuvent influer sur le soft power du sport, à l’image du footballeur Kylian Mbappé. Certains jouissent d'une très grande notoriété, notamment à travers les réseaux sociaux,  ce qui fait d'eux des personnalités écoutées, capables même d’impacter les questions politiques. La société attend donc beaucoup de ces joueurs, dont le travail initial n’est pourtant que d’être performants sur le terrain.

Une puissance limitée par le réel

La réalité est le premier obstacle du soft power d’un pays. En effet, un Etat autoritaire qui tente de se donner une meilleure image ne masquer bien longtemps une politique discriminatoire ou des actes commis à l’encontre des droits de l’Homme. Pour reprendre l’exemple du Qatar, son organisation de la Coupe du monde a suscité plusieurs polémiques, notamment liées aux ouvriers morts sur les chantiers de construction des stades. On peut aussi citer la Russie, qui a par exemple établi du soft power via les contrats de sponsoring de la compagnie gazière Gazprom dans le milieu du football. Des contrats qui furent immédiatement rompus lors de l’invasion russe en Ukraine de 2022, opération militaire qui a fortement terni son image.

Le soft power est pratique mais difficile à manier, car il attire l’attention sur le pays. Il a un effet boomerang, plus on le lance fort, plus il revient avec vigueur, et les Etats qui ne parviennent pas à le rattraper échouent dans leur stratégie. Comme le Qatar, avec les controverses liées à la Coupe du monde et son boycott, ou l’Arabie Saoudite qui vient d’obtenir l’organisation des Jeux olympiques d’hiver de 2029.

L’exemple du soft power japonais à travers le Renard Doré

Le Renard Doré est une librairie parisienne spécialisée dans le manga et la culture japonaise, qui sont très populaires en France auprès d’un public très large. Pour décrire cette culture en un mot, les personnes interrogées mentionnent la musique, la cuisine, les traditions, ou encore les paysages. Ces éléments, qui peuvent parfois être caricaturaux, contribuent à l’image que l’on se fait du Japon. Ils sont un facteur du soft power japonais, qui a su les modeler pour les rendre encore plus attrayants.

Questions du public :

  • Le soft power est-il plus efficace pour se faire des alliés diplomatiques que le commerce ou la guerre ? Ce n’est pas plus efficace, mais complémentaire. Lorsque le chef d’un Etat démocratique veut s’associer à un pays autoritaire avec qui le commerce serait profitable, il a besoin de pouvoir démontrer une image plus positive de ce pays auprès de l’opinion publique. Car c’est elle qui va voter. De plus, cet Etat démocratique doit aussi être en mesure d’instaurer un rapport de force avec le partenaire commercial, comme le fait notamment la France. C’est une autre forme de soft power.
  • Comment garder son esprit critique et ne pas se laisser embrigader par des entités qui souhaitent redorer leur blason en s’appuyant sur le soft power ? Il est indispensable de lire, écouter, et se confronter à d’autres opinions. Il faut aussi rester lucide, garder du recul, et cultiver son esprit critique au quotidien, pour éviter des réponses parfois simplistes à des problématiques plus complexes. Par exemple, il faut avoir conscience des objectifs d’un Etat qui investit une somme considérable pour l’organisation d’une manifestation sportive, comme la Coupe du monde de football.
  • Quel est le rôle des réseaux sociaux dans la diffusion du soft power ? Les réseaux sociaux en eux-mêmes sont un moyen de diffusion du soft power. Ils en sont un vecteur, et un outil. Ils sont d’ailleurs à l’image du pays d’où ils proviennent. Facebook, Twitter, ou même Instagram, par exemple, sont typiquement américains. C’est d’ailleurs la loi américaine qui prévaut lorsque l’on veut signaler un comportement sur ces réseaux.

Réalisateur : Adrien Benoliel

Producteur : Outsideur

Année de copyright : 2022

Publié le 21/11/22

Modifié le 23/11/22

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