Les mouvements sociaux au journal télé

JT'm
Publié le 12/06/19Modifié le 14/11/19

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Les mouvements sociaux au journal télévisé, ça fait 70 ans que ça dure ! Quelles que soient les époques, les chaînes, les plateaux, les présentatrices et les présentateurs, au JT, on a toujours adoré parler des grèves et des manifestations !

Dans les années 1950 et 1960, le journal télé ne montre presque rien des mouvements sociaux qui secouent la France. Une censure caricaturale puisque ces deux décennies sont celles qui auront connu le plus grand nombre de grèves. Jusqu’à l’explosion d’un mouvement social qui force le JT à sortir de sa torpeur. D’abord étudiante, la révolte de Mai 68 entraîne rapidement dans son sillage le monde ouvrier.

Pourtant, les deux premières semaines, le journal télé n’accorde aux événements que quatre heures d’antenne, sur vingt-deux heures d’information. La grande majorité du temps de parole va aux officiels et au gouvernement. Symbole de la complaisance ambiante, un ministre intervient dans un studio recréant le décor de son bureau. Dans l’autre camp, la parole des manifestants est quant à elle inaudible… littéralement.

Les journalistes ont le maigre droit de ramener des images, sans aucun son. Alors, lassées de leur dépendance au ministère de l’Information et d’une censure omniprésente, les équipes du JT se mettent à leur tour en grève. Dans un contexte de remise en cause d’une société trop institutionnelle, trop autoritaire, le journal télé veut changer de camp. Les équipes du JT obtiennent quelques concessions et le contrôle de l’Etat sur l’information télévisée se relâche quelque peu.

Quand le monde des affaires prend les manettes du journal TV

Mais si le pouvoir du politique sur le JT a tendance à s’estomper avec les années, celui du monde des affaires ne fera que se renforcer à partir de 1984, avec l’apparition des chaînes privées. En 1987, le gouvernement privatise même sa chaîne historique, TF1. Dans ce transfert de pouvoir, les ouvriers ne se trouvent pas mieux représentés dans l’information. Ainsi, les classes populaires représentent en 2018, 71 % de la population, mais elles n’apparaissent que dans 26 % des sujets du JT. Pourtant, les travailleurs et les étudiants ne ménagent pas leurs efforts pour faire parler d’eux ! Les grandes manifestations restent bien sûr l’instrument de choix pour attirer l’œil du JT. Des manifestations qui donnent toujours lieu à la même guerre des chiffres.

Le JT, arbitre entre les grévistes et le gouvernement

Epicentre médiatique de la contestation, le JT en devient même parfois la scène, lorsque des manifestants font irruption sur le plateau. Lors de chaque mouvement social, un même triangle médiatique se met en place entre les manifestants, les représentants de l’Etat et les usagers. Grévistes et gouvernement qualifient l’autre de déraisonnable et placent l’opinion publique en arbitre. Le JT distribue la parole, dégainant systématiquement son traditionnel micro-trottoir. Dont la représentativité est parfois questionnable. La « prise d'otage », une hyperbole récurrente qui montre bien qu’un mouvement social est surtout une guerre de perception. Une perception que le JT contribue clairement à forger.

LES JOURNALISTES FACE A LA VIOLENCE DES MANIFESTANTS

Le journal télé semble souvent se focaliser sur le spectacle de la violence et sur ses protagonistes indéfinissables : les casseurs. Entre la police et les manifestants, la tension peut atteindre des sommets et les journalistes se retrouvent souvent pris en étau. Un traitement des dérapages qui ferait presque oublier les causes de la protestation. Et qui donne aux contestataires l’impression que leurs revendications ne sont pas entendues. Des revendications qui ont parfois du mal à émerger, notamment lors des mouvements moins structurés, plus spontanés. Comme les rassemblements de Nuit debout en 2016 ou le mouvement des « gilets jaunes » depuis 2018.

Face à ces mouvements sans leader, le JT se retrouve parfois désemparé et cherche à tout prix des porte-parole... dont la légitimité est parfois contestée. Cette incompréhension mutuelle entre le JT et les mouvements populaires signale une crise de confiance profonde des Français envers leurs sources d’information. A la fois instrument et témoin des mouvements sociaux, le JT a souvent du mal à convaincre les manifestants qu’il n’est pas du côté des puissants. Alors, dans son traitement des luttes ouvrières, il doit mener ses propres combats : pour sa crédibilité, pour sa représentativité, et pour son indépendance.

 

Voiture, immigration, Europe, place des femmes, régions... En 11 épisodes de 5 minutes, la série JT'm explique comment les grands sujets de société ont été traités dans les JT depuis le 29 juin 1949, date du premier journal télé.

Réalisateur : Benjamin Hoguet

Nom de l'auteur : Benjamin Hoguet

Producteur : France Télévisions, INA

Année de copyright : 2019

Année de production : 2019

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