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Français30:58

WeiWei, se dire entre les langues et les cultures (6 mai)

La Maison Lumni, les cours - Collège

Cours consacré à l’écrivaine chinoise Wei-Wei, auteure de La Couleur du bonheurFleurs de Chine ou encore Une fille Zhuang. Avec le professeur de français Laurent.

« Se raconter, se représenter » , deux verbes infinitifs à la forme pronominale qui induisent l’examen ou la perception de soi à travers la littérature, l’écriture comme d’autres arts ; tout autant , à travers ce processus évolutif et volontaire inscrit dans le temps , ils nous invitent à nous interroger sur nos représentations, nos
relations avec les autres et notre rapport au monde. Cette démarche de se connaître s’appuie sur certains points de repère présents dans nos pratiques culturelles quotidiennes . Parfois, nous avons la chance d’être entourés par plusieurs cultures, qui viennent de nos parents, de nos grands-parents, du pays où l’on vit ou du
pays où l’on est né… Comment se noue alors le dialogue entre ces différentes cultures ? Cette rencontre culturelle et linguistique, c’est celle de Wei Wei, femme chinoise née en 1958 dans la région autonome Zhuang du Guangxi dans le sud-est de la Chine ; écrivaine francophone , elle vit en Angleterre et maîtrise cinq langues , ses deux parents étant issus de deux ethnies différentes en Chine .Elle illustre ainsi sa propre situation : « Je suis moi-même issue d’un métissage ethnique, culturel et linguistique. Mes parents sont de deux groupes ethniques différents. Je parle chinois mais j’écris en français qui est ma langue d’expression et je parle anglais, ma langue de business et de la vie de tous les jours ». (…)"Quand j’écris en français, je pense en français. Quand j’écris en chinois, je pense en chinois. Quand j’écris en anglais, je pense en anglais. » S’illustrent donc dans les propos de Wei Wei ce croisement des langues selon les contextes d’utilisation que nous connaissons pour certains d’entre nous, cette adoption de cultures différentes qui peuvent constituer l’enrichissement de chacun. Dans son roman autobiographique Une fille Zhuang paru en 2006, elle raconte, entre autres, son entrée à l'université où elle va, en complément de ses études de médecine, apprendre le français et y découvrir une culture, celle de la France en miroir de la sienne.

Retrouvez le texte étudié et son étude en PDF.

Extrait de Une fille Zhuang de Wei-Wei

Je m’appelle Wang Xiaoli, dirais-je en chinois. Je m’appelle Xiaoli Wang, dirais-je en français. L’ordre inverse ! Nous mettons, nous les Chinois, le nom de famille avant le prénom de l’individu, tandis que les Français, eux, le prénom de l’individu avant son nom de famille.

Ce n’est pas parce que nous les Chinois n’accordons pas d’importance à notre prénom, non. Contrairement à l’usage occidental, nos parents ne choisissent pas un prénom pour nous dans un répertoire préétabli, mais le forgent de toutes pièces en puisant dans des possibilités infinies de noms communs. Le caractère ou les
caractères qui forment notre prénom sont minutieusement sélectionnés, au gré de l’imagination et de l’intelligence de nos parents, de leurs dons poétiques, de leurs goûts, de leurs espérances ou des ambitions qu’ils projettent sur nous. Notre prénom doit aussi être agréable à l’oreille, beau à écrire, porteur d’un message valorisant et de bon augure. Quelle tâche ! Ainsi sommes-nous souvent baptisés Tianping, paix céleste, Zhishen, immense savoir, Jinhua, fleur d’or, Wanfu, dix mille bonheurs, Yunfei, nuage volant, Dayong, grand courage, Qinglong, dragon vert, Hui, intelligence, Li, énergie... Revers de la médaille : nos parents peuvent quelquefois se montrer victimes de la mode politique, et leurs enfants doivent se résigner à porter des prénoms comme Jianguo, construire le pays, Weimin, servir le peuple, Yongjun, soutenir l’armée,
Hongying, héroïne rouge, Wanghong, dix mille fois rouge, Yonghong, éternellement rouge ...
En dépit de tous ces soins déployés pour la confection du prénom, nous ne l’utilisons toutefois que très peu, sauf dans l’intimité familiale ou entre amis très proches. Et quand nous disons ou écrivons notre nom, nous suivons toujours cet ordre ancestral : le nom de famille avant le prénom.
Pour écrire l’adresse aussi, nous mettons d’abord le pays, ensuite la ville, puis la rue, puis le numéro de la maison ou de l’appartement, enfin le nom du destinataire.
Mais les Français, eux, font le contraire : d’abord le nom du destinataire, ensuite le numéro de la maison, puis la rue, puis la ville, enfin le pays.
Pensent-ils donc différemment ? Raisonnent-ils suivant une logique de l’individualisme et nous, celle du collectivisme ? L’ordre selon lequel ils disent leurs noms et écrivent leurs adresses ne révèle-t-il pas, justement, un système de valeurs contraire au nôtre : l’individu passe avant la famille, la collectivité ?

Réalisateur : Didier Fraisse

Producteur : France tv studio

Année de copyright : 2020

Publié le 06/05/20

Modifié le 12/05/20

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