Logo Lumni

Oups, veuillez renseigner une adresse email valide

France Télévisions et l’INA traitent votre adresse e-mail afin de vous adresser respectivement les newsletters Lumni et Lumni Médiateurs FTV, la newsletter Lumni Enseignants INA. Pour exercer vos droits sur vos données personnelles, cliquez sur le lien de désabonnement intégré dans les newsletters ou contactez FTV ou l’INA. Pour en savoir plus, voir les politiques de confidentialité de FTV et de l’INA.

Décryptage de la victoire de Pascal Martinot-Lagarde aux championnats d'Europe de Berlin

Le geste

Publié le 31/01/20Modifié le 31/01/20
sso_title
sso_description

Pascal Martinot-Lagarde nous explique ce fameux geste, "le cassé". Un geste qui lui a permis de remporter le titre européen du 110 m haies à Berlin, le 10 août 2018, après un impressionnant finish avec le russe Sergey Shubenkov.

Comment expliquer de manière scientifique la victoire de Pascal Martinot-Lagarde aux Championnats d’Europe de Berlin ?

Couloir n°3, le russe Sergey Shubenkov domine la discipline sur le continent. L’espagnol Orlando Ortega, couloir n°5, a le meilleur temps des demies -finales. Ils encadrent le Français couloir 4.

Pascal Martinot-Lagarde, très concentré sur sa course, prend un bon départ. Pourtant, il n’est pas celui qui donne la première impulsion dans les starting-blocks. Il a d'ailleurs le sixième temps de réaction de la finale. Shubenkov, la référence, n’a que le septième. A ce niveau, un sprinter peut produire jusqu’à 2000 Newton de poussées sur ses appuis. C’est comme s’il éjectait 200 kg avec ses jambes ! Même s’il n’a pas le meilleur temps de réaction, il appuie fort et cela l’éjecte donc vers l’avant. 13,72 m séparent la ligne de départ de la première haie. Pour les parcourir, il faut 7 foulées. Pascal Martinot-Lagarde les enchaînent en 2,33 s. Il est le premier sur l’obstacle. Shubenkov est dernier, 8/100e de seconde derrière. Pascal passe idéalement la première haie : jambe avant tendue à 180° et buste incliné à 45°. Centre de masse le plus bas possible pour franchir la haie de 1,06 m, en un bond de 3,48 m. C’est parfait ! Pascal est bien devant mais il met 1,08 s entre les deux premiers obstacles. Shubenkov 1,04 s. Le Russe vient de refaire la moitié de son retard. Ensuite, Martinot-Lagarde maintient l’écart mais ensuite, le Français change de course. Plutôt que d’accélérer, il cherche à éviter l’erreur. En l’air, le sprinter perd de la vitesse, au sol il en crée en 4 foulées, à la cadence la plus rapide possible. La fréquence de Pascal est 7% inférieure à celle de Shubenkov qui revient. Tout cela en 1 seconde entre chaque obstacle. Shubenkov maintient sa cadence plus longtemps. Jusqu’ici il met les mêmes temps que le Français entre chaque haie. Mais entre la 8 et la 9, Pascal ralentit de 4/100e, pas le Russe. A la haie n°9, ils sont à égalité. Sur la 10, Shubenkov passe devant, de peu... Martinot veut toujours éviter l’erreur avant la dernière haie. Tout s’est ensuite joué sur l’impulsion de la dernière haie. Haie n°10, au passage du pied, les deux hommes sont à égalité. Pourtant, c’est là que la ligne d’épaule de Sergey Shubenkov passe devant celle de Pascal. Mais le Français reprend appui plus tôt, 1,30 m derrière la haie, 1,65 m pour le Russe.

Pascal Martinot-Lagarde champion pour moins d’un centième devant Sergey Shubenkov

Premier exploit, Pascal peut reprendre de la vitesse avant lui sur le sprint. Pour Pascal, un cassé ne se travaille pas mais il s'agit d'un geste instinctif. Tout l’enjeu d’un cassé sur la ligne est d’accepter de perdre de la vitesse pour gagner de la distance en allongeant le corps, en cassant le buste vers l’avant. Encore faut-il le faire au bon moment ! Pour Pascal, il s’agit de pur instinct. Pascal avait 35 cm de retard  à l’atterrissage mais en 5 foulées son dernier appui se pose 34 cm devant celui de Shubenkov. Deuxième exploit du Français, la technique et la lucidité ont libéré l’instinct dans le temps juste : 2/1000e de seconde d’avance sur la ligne. Soit 4,1 cm d’avance seulement ! Ce 10 août 2018, Pascal a changé la donne sur la piste. Il a montré toute sa discipline en acceptant de retenir l’instinct et la fougue, au profit de la lucidité, de la maîtrise. 

Producteur : France tv sport

Voir plus