La France est-elle raciste ?

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Publié le 12/06/19Modifié le 12/11/19

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Racisme : où en est la France ?

Banalisation de l’extrême droite, graffitis racistes ou antisémites, insultes, violences… La xénophobie est toujours présente dans la patrie des Droits de l’homme. Pour autant, la France est-elle de plus en plus raciste ?

Selon les statistiques, la France n’a jamais été aussi tolérante à l’égard des immigrés et des minorités. Le barème de la  Commission nationale consultative des Droits de l'homme permet de mesurer l’évolution des préjugés en France métropolitaine depuis 1990. Selon cette analyse, la population respecte de plus en plus les différences de ses concitoyens. En effet, la France a gagné 2 points par rapport à 2017, et 13 points entre 2013 et 2018.

Une hausse de la tolérance qui touche tous les âges même si les aînés sont globalement moins ouverts que les plus jeunes puisqu’ils ont grandi dans une société où les différences étaient bien moins acceptées.

Un recensement difficile

Ces statistiques dissimulent en fait une réalité plus complexe. En effet, si la France est davantage tolérante, les actes racistes demeurent nombreux. Ils ont même progressé en 2018 : le ministère de l’Intérieur a enregistré une augmentation de 74 % des actes antisémites en 2018.  Sur l’ensemble de ces faits, 14 % font référence à l’idéologie néonazie, « essentiellement par l’inscription de croix gammées ».

Les actes islamophobes, eux, diminuent de 18 % en 2018 : une tendance à la baisse qui se poursuit pour retrouver des niveaux antérieurs au pic de 2015.

Mais ces faits sont parfois difficiles à recenser. Alors que le ministère de l’Intérieur comptabilise 100 actions islamophobes en 2018, le Collectif contre l’islamophobie en France, en compte, lui, 676 !

Les « actes antichrétiens », eux, ont augmenté de 2,5% en 2018. Mais là encore, les chiffres doivent être maniés avec précaution puisqu’ils rassemblent, sans hiérarchie ni détails, des actes à motivations racistes et des vols, ou des actes de vandalisme sur les très nombreux lieux de culte présents sur le territoire.

Enfin, certaines populations restent très stigmatisées. Ainsi, les Roms sont la minorité la moins tolérée en France, loin derrière les Noirs, les Juifs ou les Maghrébins.

Pourquoi le racisme est si difficile à mesurer ?

Les chiffres officiels, c’est-à-dire ceux du ministère de l’Intérieur, ne représenteraient qu’une infime partie des actes racistes commis en France. En effet, seuls les actes ayant entraîné un dépôt de plainte ou un constat des forces de l’ordre sont répertoriés. Le taux de plainte est estimé à 3 % pour les injures racistes, 17 % en cas de menaces, et 30 % en cas de violences.

Ce qui expliquerait en partie ce décalage entre la réalité et les statistiques, c’est aussi une forme de banalisation et d’accoutumance des victimes à ces expressions du racisme ordinaire.

Certaines victimes hésitent aussi à porter plainte, redoutant une procédure longue et ayant peu de chances d’aboutir.

La loi est pourtant très sévère à l’encontre des comportements discriminatoires et des violences envers une personne, en raison de son origine ou de sa couleur de peau. Une injure raciste publique, y compris sur les réseaux sociaux, peut entraîner jusqu’à un an de prison et 45 000 euros d’amende.

Réalisateur : Maxime Chappet

Nom de l'auteur : Arnaud Aubry

Producteur : France Télévisions

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