La Turquie est-elle européenne ?

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Saison 2

Publié le 04/10/19Modifié le 21/10/19

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Depuis la dissolution de l’empire Ottoman en 1923, la Turquie n’a cessé de se rapprocher de l’Europe. Mais est-elle pour autant européenne ? Pour répondre, il faut d’abord se poser la question de ce qu’est l’Europe, de son histoire, de son identité réelle ou supposée.

Europe ou Union européenne

L’Europe est installée géographiquement sur le continent eurasien. Sur le plan culturel, elle a reçu de multiples influences depuis deux millénaires : grecque, romaine, franque, gauloise, scandinave, arabe... Elle comprend de nombreux pays qui possèdent à la fois un héritage commun, et des différences linguistiques, économiques, religieuses et historiques. En Europe centrale notamment, l’islam côtoie le catholicisme depuis plusieurs siècles. L’identité de l’Europe est donc relative et évolutive, quoique forte de toutes ces influences.

La véritable raison est donc politique : la Turquie a-t-elle sa place dans l’Union européenne, qui est une construction politique et non une notion identitaire ? L’histoire de la construction européenne, de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) dans les années 1950, à sa forme d’aujourd’hui à 28 États, est faite de négociations pour accroître l’espace politique européen. Doit-on encore l’augmenter ? Doit-on accueillir la Turquie qui regarde vers l’Europe depuis plusieurs siècles ?

L'adhésion européenne de la Turquie en question

Le pays bénéficie du statut d’« État tiers associé » à la Communauté européenne depuis 1963 et a présenté une demande d’adhésion le 14 avril 1987. L’Union européenne offre une opportunité d’arrimer la Turquie à l’espace politique européen et d’en faire un allié stratégique important. Sa contribution militaire à l’Otan en a fait depuis deux décennies un acteur majeur de cette alliance militaire occidentale. Pourtant, les négociations ont traîné. Après avoir été reconnue officiellement candidate en 1999, l’adhésion de la Turquie à l’UE divise les États membres et leurs populations, au point de faire de cette question un enjeu électoral. Ce qui sera le cas lors de l’élection présidentielle française de 2007 notamment. 

Bloquées par les craintes d’une partie de l’opinion européenne envers un pays composé d'une majorité de musulmans, la question de l’adhésion de la Turquie connaît depuis 2016 un tournant majeur. En effet, le virage autoritaire du régime conduit par Erdogan à Ankara a poussé le Parlement européen à demander le gel des négociations. Aujourd’hui, l’occasion apparaît comme manquée, épuisée par des années de négociations infructueuses qui ont lassé les Turcs.

Avant même que le mariage n’ait lieu, le divorce semble consommé. Et la Turquie regarde désormais davantage vers la Russie et vers la Chine, notamment pour s’approvisionner en armes. Et bâtir demain, peut-être, une nouvelle alliance militaire aux portes de l’Union européenne.

 

Pour en savoir plus

  1. Géopolitique des mondes arabes de Didier Billion (éd. Eyrolles, 2018)
  2. L’Année stratégique 2020 sous la direction de Pascal Boniface (éd. Armand Colin, 2019)
  3. Atlas des relations internationales. 100 cartes pour comprendre le monde de 1945 à nos jours de Pascal Boniface (éd. Armand Colin, 2018)

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