Le chaos libyen

Géopoliticus
Publié le 07/11/18Modifié le 26/11/19

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Pourquoi la Libye est-elle la proie du chaos ? 

Pour comprendre le chaos libyen actuel, il faut revenir un peu en arrière. Avant 2011, la Libye est dirigée d'une main de fer par le colonel Mouammar Kadhafi qui a pris le pouvoir en 1969 par un coup d’État, instaurant une dictature.

Ses ressources en pétrole, en gaz et en eau, font de la Libye un état riche, qui attire beaucoup de travailleurs étrangers. En revanche, les infrastructures, les routes, les écoles, ne profitent qu'à une minorité de la population, proche de Tripoli, à l'ouest. 
Parce que le régime est très dur, et Khadafi vieillissant, une partie des Libyens de l'Est se rebellent. Ils le font dans la vague des révolutions arabes dont le point de départ se situe chez le voisin tunisien. Kadhafi menace d’un massacre la population de Benghazi. Le Conseil de sécurité de l’ONU adopte une résolution permettant la mise en place d’une force pour protéger la population au nom du concept « responsabilité de protéger ». Mais cette force outrepasse son mandat et aide les rebelles à renverser le chef de l’Etat libyen. Kadhafi est capturé, puis tué le 20 octobre 2011.

En 2012, les premières élections libres de l’histoire du pays font émerger une assemblée représentative de la population. Mais les milices rivales envahissent l'assemblée et, très vite, les clans et bandes armées s'affrontent à nouveau. D’un côté, les milices fédéralistes de Cyrénaïques, une coalition de tribus locales, hostiles au pouvoir central de Tripoli. De l’autre, le pouvoir central de Tripoli, incarné par le Congrès général national, assemblée de 200 représentants élus en juillet 2012. Peu à peu, l’État islamique profite également du chaos pour s’établir en Libye, principalement autour de la ville de Syrte qui devient leur bastion. A partir de 2014, le chef d’État-major des forces armées libyennes, Khalifa Haftar, combat à la fois les rebelles de Benghazi — opposé à Khadafi lors de la guerre de 2011 — et défie le pouvoir central, avec le soutien d’une partie de l’armée. De nouvelles élections sont organisées et plusieurs coalitions sont formées pour combattre l’État islamique, qui finit par reculer. Un nouveau gouvernement est constitué à Tobrouk et concurrence celui de Tripoli.

Instable sur le plan politique, la Libye et ses revenus pétroliers font l’objet de convoitises, de la part de toutes les forces impliquées dans le conflit depuis 2011. Bientôt, une autre activité va leur rapporter aussi de l'argent : la traite des êtres humains.

Parce que les autorités européennes tentent de contenir les routes migratoires les plus proches, comme celle qui part de Tunisie, la Libye incarne une nouvelle voie vers l'exode pour des populations qui fuient la guerre et l'indigence économique. Des milliers de candidats à l'exil passent donc par ce pays, et deviennent la proie des trafiquants et des passeurs. Regroupés dans des camps, les migrants viennent de toute l’Afrique, Niger, Nigéria, Afrique subsaharienne, et même du Maroc, pourtant bien plus proche de l'Europe que ne l'est la Libye.

Depuis un reportage de la chaîne CNN tourné en novembre 2017, le monde a ouvert les yeux sur le drame qui se joue en Libye. Le pays est toujours dans une situation chaotique sur le plan politique. La situation actuelle et la crise migratoire risquent, hélas, de se prolonger encore plusieurs années.
 

Pour aller plus loin

Réalisateur : Maxime Chappet

Nom de l'auteur : Pierre Puchot

Producteur : France Télévisions

Année de copyright : 2018

Année de production : 2018

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