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L'homme et l'animal : une lecture de Montaigne (27 avril)

La Maison Lumni, les cours - Lycée

Deuxième séance consacrée à la spécialité, Humanités, Littérature - Philosophiques avec Florian.  Aujourd’hui, nous allons poser la question de la différence entre l’Homme et l’Animal. Plus exactement, la manière dont l’Homme doit, peut se positionner par rapport à l’altérité de l’animal avec L’Apologie de Raymond Sebond de Montaigne.  Elle complète la séance, plus littéraire, l’Homme et l’Animal du 20 avril 2020.

 

Dans la culture occidentale cette question a fait l’objet d’un très grand nombre de traitements et une vision majoritaire se dégage. Cette question permet d’étudier la spécificité de l’Homme par rapports aux animaux, la question de la supériorité de l’Homme sur les Animaux.

C’est dans ce cadre que Descartes se positionne. Descartes avec sa théorie de l’animal-machine. Si Descartes compare l’animal à une machine c’est pour mieux expliquer le fonctionnement du corps vivant. Le corps de l’animal et le corps de l’homme. Ce qui intéresse Descartes c’est d’expliquer scientifiquement le vivant et de penser la spécificité de l’Homme. Alors que l’animal peut être entièrement représenté par une machine, l’Homme ne le peut pas, il a une âme. Cette tradition a connu des exceptions.

A travers L’Apologie de Raymond Sebond de Montaigne. Une tradition qui s’efforce de penser l’altérité de l’animal pour elle-même, de l’accueillir, de la laisser être, sans vouloir ni la réduire à quelque chose de déjà connu, ni surtout de s’en servir pour faire valoir la supériorité de l’Homme.

Quel est le statut de l'Animal aujourd'hui ? 

 

On assiste conjointement à trois phénomènes importants.

- Polémiques récentes sur le mauvais traitement des animaux. Notre société est prête aujourd’hui à accorder à l’animal une dignité, un respect. Sentiment qu’on croit en général réservé aux êtres humains.

- L'évolution du statut juridique de l’animal dans le Code civil. Autrefois l’animal était considéré comme un bien comme un objet matériel que son propriétaire pouvait échanger, vendre, modifier, utiliser à sa guise. Depuis 2015, l’animal est qualifié dans le Code civil d’être doué de sensibilité. Cette modification est symbolique car elle inscrit la différence de l’animal par rapport à l’objet. Symbolique car elle n’est pas suivie des faits sur le plan juridique. Les restrictions à son utilisation restent les mêmes qu’autrefois.

- L’apparition de mouvements de défense de la cause animale. L’animalisme montre qu’il faudrait accorder des droits aux animaux et aussi leur accorder une égalité de droits avec l’être humain.

 

Ces trois phénomènes sont une réaction de rejet face à la transformation des rapports entre l’Homme et l’Animal apparue dans l’Histoire au XIXe siècle. Cette modification c’est l’industrialisation à une échelle démesurée de l’exploitation de l’animal sous toutes ces formes.

Une question émerge : nous ne sommes plus prêts à exploiter l’animal comme un objet. Cela est devenu inacceptable. Si l’animal n’est plus un objet, est-il possible de l’assimiler entièrement à l’être humain ? De lui conférer des droits et les mêmes droits que l’être humain ?

Quel type de différences y a-t-il ? Y a-t-il un gouffre radical entre l’Homme et l’Animal qui pourrait justifier cette différence de traitement ? Ou des différences plus fines qui justifieraient un traitement similaire ?

Ou deuxième question s’agit-il d’une différence hiérarchique ?

Quelles différences y-a-il entre l'Homme et l'Animal ? 

Pour penser la différence, la philosophie a un couple de notions extrêmement importantes.

La différence de degré

C’est lorsque deux choses possèdent la ou les mêmes propriétés, mais à des niveaux ou des intensités différentes. -- La différence de nature, c’est lorsque l’une des deux choses possède une ou plusieurs propriétés que l’autre ne possède pas du tout, à aucun degré.

La différence entre l’Homme et l’Animal est-elle hiérarchique ? Qu’en est-il entre l’Homme et l’Animal ? Il y aurait une différence de nature évidente. Dans la Bible, l’Homme et l’Animal sont créés le même jour mais l’Homme est créé dans un deuxième acte de création et Dieu le crée à son image ce qui n’est pas le cas des animaux.

Pour nourrir cette différence de nature, cette altérité radicale, il suffit d’en appeler à nos pratiques quotidiennes. La manière dont nous utilisons, nous exploitons les animaux présupposent cette différence de nature. Comment utiliser quelque chose de très proche ? Comment manger un animal si on le concevait comme extrêmement proche de nous ?

La différence de degré gagne progressivement du terrain. Toutes les observations scientifiques de l’animal dans son milieu mettent en évidence des différences de degré entre l’homme et l’espèce la plus proche de lui, le chimpanzé. Alors que nous avons longtemps cru que la manipulation d’objets techniques, d’outils était le propre de l’homme, les scientifiques ont dans la seconde moitié du XXe siècle découvert par moins de trente-neuf utilisations d’outils différentes chez le chimpanzé. Alors qu’on croyait que l’homme était le seul à disposer d’une culture et donc à transmettre des connaissances de génération en génération, on a découvert que ces techniques chez les chimpanzés se transmettaient de façon différenciée en fonction des populations. Alors quelle différence y a-t-il entre la culture de l’homme et celle de l’animal ? Peut-être une différence de complexité.

 

Avec L’Apologie de Raymond Sebond,  Montaigne s’intéresse à la question animale dans ce texte qui répond à une demande du père de Montaigne qui avant sa mort à demander de faire connaitre l’œuvre d’un théologien catalan, Raymond Sebond. Cette œuvre qui s’appelle La théologie naturelle. Montaigne s’exécute et rédige une apologie, une défense publique de Raymond Sebond qu’il va joindre à son livre Les Essais.

Sous couvert d’apologie, Montaigne remet en cause un concept fondamental de Raymond Sebond, un concept hérité de la tradition grecque et théologique : l’échelle de la nature. C’est l’idée que les êtres de la nature ne sont pas posés les uns à côté des autres, ils sont organisés de façon hiérarchique avec au sommet l’Homme. L’Homme serait le sommet de la création.

Quand l’Homme regarde l’Animal, que voit-il exactement ? Est-ce qu’il cherche de quoi se rassurer, de quoi satisfaire ses besoins, ses désirs, ses angoisses. Cette angoisse d’être bien le centre du monde, le préféré de la Création ?

Montaigne propose deux thèses, deux affirmations fondamentales.

- La première thèse répond à la question : quelle différence y a-t-il entre l’homme et l’animal ? Il choisit la différence de degré.

- L’Homme est un être orgueilleux, vaniteux, présomptueux. Il veut être supérieur à tout ce qu’il ne comprend pas.

 

Montaigne utilise un raisonnement analogique plein d’ironie.

Réalisateur : Didier Fraisse

Producteur : france tv studio

Année de copyright : 2020

Année de production : 2020

Année de diffusion : 2020

Publié le 27/04/20

Modifié le 02/06/20

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