La laïcité un concept à géométrie variable ?

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Publié le 11/05/17Modifié le 06/11/19

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Laïcité : un principe, plusieurs interprétations

« Liberté, Égalité, Fraternité et… Laïcité » ? Les mots sonnent bien ! Pourtant, en France, le principe de laïcité fait l’objet de débats passionnés bien qu’il soit gravé dans le marbre depuis la loi de 1905 qui consacre la séparation des Églises et de l’État. Plusieurs visions de la laïcité s’opposent aujourd’hui, et chacun a tendance à l’interpréter un peu comme ça l’arrange. Mais essayons d’y voir plus clair.

La laïcité repose sur trois principes :

- la liberté de conscience et de culte,

- la séparation des institutions publiques et des organisations religieuses,

- l’égalité de tous devant la loi, quelles que soient leurs croyances ou leurs convictions. 

La laïcité dans le monde : l'exception plutôt que la règle

Dans le monde, la laïcité est plutôt l’exception que la règle. Douze pays seulement affirment le principe de séparation de l’Église et de l’État dans leur constitution. Il s’agit par exemple de la France, du Portugal, du Mexique, de Cuba, de la Turquie, de l’Inde ou des États-Unis.

Beaucoup d’États sont séculiers, c'est-à-dire que, le temps passant, la religion s’est peu à peu effacée des identités, des comportements et des discours publics. Parmi eux, on peut citer l’Italie, la Belgique, le Canada, la Chine ou le Gabon.

D’autres, enfin, possèdent une religion d’État. La constitution du pays précise alors quelle est cette religion. C’est par exemple le cas de l’Angleterre, du Danemark, du Maroc ou du Cambodge.

Comment la laïcité est-elle appliquée en France ?

Si, en France, le principe de laïcité est inscrit dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et dans la Constitution de la Ve République, des lois ont récemment été votées dans l’intention de mieux le faire respecter. Par exemple, depuis 2004, il est interdit de porter tous signes ostentatoires religieux dans les collèges et les lycées. En 2010, la loi a interdit le port du voile islamique intégral dans la rue.

Laïcité ouverte vs laïcité stricte

De récents débats, comme les crèches de Noël dans les mairies, les menus sans porc dans les cantines, ou le port du foulard dans les lieux publics, ont rouvert les clivages entre les défenseurs d’une laïcité d’inspiration libérale, qui se veut « ouverte », et qui met l’accent sur la tolérance et la liberté d’exprimer ses convictions, dans le respect de l’ordre public… Et de l’autre côté, les partisans d’une laïcité stricte, voire radicale, appelée aussi « laïcité de combat ». Celle-ci refuse, par exemple, dans l’espace public, le port de signes ou de tenues qui exprimeraient de manière ostentatoire une appartenance religieuse. Pour eux, l’expression des convictions religieuses doit être confinée à la sphère strictement privée. Et l’espace public doit être neutre. A contrario, les défenseurs d’une laïcité « ouverte » considèrent que c’est l’État, et non l’espace public, qui doit être neutre.

On le voit, dans un monde où les questions identitaires et les tentations de repli refont surface, la laïcité est une question sensible. D’un côté, les partisans de la laïcité stricte brandissent la menace du risque communautariste qui pourrait diviser la société française… Et de l’autre, les défenseurs d’une laïcité ouverte leur opposent que la neutralité de l’État doit garantir à tous le droit de manifester ses convictions, dans les limites du respect de l’ordre public.

Derrière ces clivages, ce sont finalement deux conceptions du vivre-ensemble, dans une société plurielle, qui s’opposent. 

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