Les algorithmes sont-ils totalitaires ?

Les clés du numérique
Publié le 07/11/19Modifié le 18/11/19

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L’histoire : Romain fait une crise ! Il en a marre que ses parents décident à sa place. Il s’enferme dans sa chambre avec l’ordinateur et la musique, et cherche sur Internet où partir loin de sa famille. Il ne réalise pas que sur Internet, via les algorithmes, on décide très souvent à sa place.
Sur le fond, définition simple d’un algorithme et sa portée dans notre vie. Les algorithmes ont des applications très utiles mais restreignent la diversité de nos choix. Ils comportent un effet-bulle (on n’échange plus qu’avec des gens comme nous) et ils portent avec eux une logique omniprésente de la notation et du classement.

 « J’en ai marre ! Plus personne ne décide à ma place ! »

Léonard fait sa crise, marre de ses parents.

Le voilà dans sa chambre, musique dans les oreilles, en train de remonter le fil de son réseau social.

« Où est-ce que je pourrais me barrer loin de cette maison ? »

Ah il veut décider seul ? Eh bien en moins de 5 minutes, on a décidé trois fois à sa place.

Léonard obéit à des algorithmes.

C’est quoi les algorithmes ? 

Un algorithme, c’est une suite d’opérations pour résoudre un problème. Une recette de cuisine, avec ses ingrédients, l’ordre précis dans lequel les mélanger, c’est un algorithme ! Et aujourd’hui ils sont omniprésents dans notre vie numérique.

Retrouvons Léonard en pleine crise.

D’abord sur Onzeur, sa plateforme de musique préférée, il a écouté un nouveau groupe de rap que le site lui a proposé. Comment ? Grâce à un algorithme, qui repère les artistes qu’il écoute et lui en suggère d’autres, du même genre. On lui propose quelque chose avant même qu’il en ait envie.

Les infos sur son réseau social ? Un algorithme ! Le réseau relève quels messages il like et, la fois d’après, il lui donne d’abord des nouvelles de ces gens ou des sujets qui l’intéressent.  C’est formidable bien sûr comme toutes les techniques, les algorithmes peuvent être très utiles. Par exemple en médecine, pour repérer des maladies à partir de certains symptômes et mieux soigner.

Mais il y a l’effet bulle, qu’est-ce que c’est ?

Retour à la musique, à force de n’écouter que ce qu’il aime, parce que c’est ce que lui propose l’algorithme, Léonard ne connaît rien d’autre. En rap, il est incollable, en jazz, totalement nul. Plus grave, sur son réseau social, toujours à cause de l’algorithme, il n’échange plus qu’avec la bande de copains qu’il voit déjà en classe et qui a les mêmes intérêts que lui. Son univers se rétrécit, son goût du débat aussi. Comment apprendre à argumenter si on ne parle qu’avec des gens d’accord avec nous ? Et puis les algorithmes reviennent à tout transformer en notes et en classements, les restaurants comme les amis. Les chiffres ont une apparence objective mais on ne sait pas selon quels critères ils sont établis, hors c’est capital.

Dans quel pays est la meilleure justice ? Celui où il y a le moins d’agression ou celui qui réinsère le mieux ses prisonniers ? Selon le critère choisi, on n’obtiendra pas le même classement. Il y a une intention derrière chaque programmation, il faudrait la connaître.

Qui décide de notre vie, c’est l’une des grandes questions posées par ces calculs omniprésents et neutres, en apparence seulement.

« À table ! »

Les parents de Léonard, qui décident à sa place, c’est vrai qu’ils sont pénibles mais au moins, on les connaît.

Réalisateur : Mathieu Decarli; Olivier Marquézy

Nom de l'auteur : Bruno Duvic

Producteur : France Télévisions; La Générale de Production; Radio France

Année de copyright : 2019

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