Les Turcs conquièrent du XIe au XVIe siècle d’immenses territoires dont les contours correspondent peu ou prou à ceux de l’ancien Empire romain d’Orient. En Europe, l’expansion turque a acquis à l’Empire ottoman tout le sud-est du continent de la mer Adriatique jusqu’aux bouches du Danube et la mer Noire. À partir du début du XIXe siècle, on prend l’habitude de donner à cette région le nom de « péninsule des Balkans » forgé à partir de la chaîne de montagnes qui la traverse d’est en ouest.

Les peuples des Balkans sont très majoritairement chrétiens et acceptent mal le joug turc. Des révoltes sporadiques ont régulièrement agité ces provinces de l’empire au cours des siècles. La montée de l’idée nationale à la faveur des bouleversements provoqués par la Révolution française a contribué de manière décisive à convaincre ces peuples de se débarrasser du joug ottoman. La Grèce ouvre le bal en conquérant dès 1830 son indépendance (mais sur un territoire réduit qui ne comporte ni la Crète, ni la Grèce du nord). La Serbie, la Roumanie et la Bulgarie la suivent et sont reconnues comme des États indépendants au congrès de Berlin de 1878.

La situation demeure complexe pour plusieurs raisons.

La géographie ethnique et religieuse des Balkans compose une mosaïque inextricable. Les Slaves y sont nombreux, mais une part importante des populations balkaniques appartient à d’autres groupes ethniques (Grecs, Albanais, Roumains), sans compter les communautés turques installées un peu partout dans la péninsule avec une forte présence en Grèce et en Bulgarie. La grande majorité des habitants sont chrétiens, mais pas de la même façon : Croates et Slovènes sont catholiques, Serbes, Grecs, Bulgares et Roumains orthodoxes. Par ailleurs, les Albanais et une bonne partie des Bosniaques se sont convertis à l’islam pendant la période ottomane.

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Les Balkans en 1878, après le congès de Berlin, carte © Allix Piot
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Les nouveaux États apparus au XIXe siècle sont agités de sentiments nationalistes exacerbés. À l’étroit dans leurs frontières, ils avancent des revendications territoriales, principalement au détriment de l’Empire ottoman mais également à l’encontre les uns des autres, pour reconstituer des royaumes disparus et largement mythiques. La Grande Grèce, la Grande Serbie, la Grande Bulgarie, la Grande Roumanie, tels sont les rêves de grandeur qui agitent les pensées des dirigeants de ces nouveaux États.

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Les Balkans début 1914, à la veille de la Première Guerre mondiale, carte © Allix Piot
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Les empires voisins ont chacun pour leur compte leurs intérêts à défendre : l’Autriche-Hongrie, dont la population est majoritairement slave, estime dangereux pour sa stabilité que se constitue à sa frontière méridionale un État serbe puissant et susceptible de revigorer le nationalisme slave dans l’Empire. Elle a ainsi obtenu, en échange de l’acceptation de la création de l’État serbe en 1878, que lui soit confiée l’administration de la Bosnie-Herzégovine. La Russie s’estime protectrice naturelle des Slaves et des orthodoxes des Balkans. Quant à l’Empire ottoman, il possède encore dans la région, malgré les démembrements auxquels il a dû consentir au XIXe siècle, une large bande de territoire allant de l’Adriatique à la mer Noire qu’il souhaite à toute force conserver. Les autres grandes puissances européennes n’ont pas d’intérêt direct dans cette région : l’Angleterre souhaite préserver le statu quo et empêcher un trop grand affaiblissement de la Turquie afin de maintenir le libre passage de sa marine dans les détroits contrôlés par l’Empire ottoman ; l’Allemagne et la France ne veulent pas être entraînées dans les affaires balkaniques mais, alliées respectivement à l’Autriche-Hongrie et à la Russie, elles peuvent être conduites à les soutenir. Britanniques, Allemands et Français ont à jouer un rôle crucial afin de calmer le jeu dans une région explosive, et c’est sur leur sens de la mesure qu’il faut compter afin d’éviter que les tensions n’y dégénèrent en conflit armé. À deux reprises, en 1912 et 1913, la concertation de ces trois pays va éviter un désastre mais, la troisième fois, la poudrière balkanique prendra feu avant de faire exploser toute l’Europe.

 

 

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L'Eléphant est une nouvelle revue de culture générale qui paraît tous les trimestres. Elle traite à la fois de sujets de culture générale « classique » (sans lien avec une actualité) et de thèmes qui font écho à un événement contemporain.

Publié le 12/02/13

Modifié le 19/09/18

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