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Histoire05:22Publié le 07/09/2026

Le Bloody Sunday

La grande explication

Le 30 janvier 1972, à Londonderry, en Irlande du Nord, des milliers de manifestants défilent lors d’une marche pacifique pour les droits civiques. Mais la manifestation tourne au drame. Les soldats britanniques ouvrent le feu sur la foule, et tuent 13 manifestants non armés. Ce jour entre dans l’Histoire sous le nom de « Bloody Sunday » (« le Dimanche sanglant »). Le conflit nord-irlandais vient de basculer.

Origines du conflit nord-irlandais

En 1921, l’île d’Irlande, alors sous domination britannique, est officiellement partagée en deux :

  • D’un côté, l’État libre d'Irlande devient indépendant.
  • De l’autre, l’Irlande du Nord reste sous la coupe du Royaume-Uni. Mais la population de cette région est divisée : les catholiques nationalistes souhaitent le rattachement à l’État libre d’Irlande. Les protestants unionistes, eux, veulent rester britanniques.

Pendant des décennies, les catholiques, souvent plus pauvres, subissent des discriminations dans l’accès au logement, à l’emploi, et au droit de vote, alors réservé aux plus aisés. À la fin des années 1960, des marches pacifiques sont organisées pour réclamer l’égalité des droits en Irlande du Nord, avec pour modèle le combat non-violent de Martin Luther King. Mais les tensions montent. C’est le début de «The Troubles », des émeutes. Les affrontements avec la police britannique sont quotidiens, et les gaz lacrymogènes répondent aux jets de pierre. Le Royaume-Uni envoie son armée sur place pour rétablir l’ordre, mais le fossé se creuse entre les communautés : des barricades et des barbelés s’élèvent dans les rues pour séparer les quartiers protestants et catholiques. Des groupes paramilitaires clandestins émergent. Côté unionistes, l’Ulster Volunteer Force mène des attaques ciblées contre des civils catholiques. En face, une partie de l’IRA, l'Armée républicaine irlandaise, se radicalise et décide de lutter par la voie armée contre la présence britannique. L’Irlande du Nord s’enfonce dans une spirale de violence. Jusqu’à ce qu’un dimanche sanglant mette définitivement le feu aux poudres.

1972, un « dimanche sanglant » en Irlande du Nord

Le 30 janvier 1972, à Londonderry, aussi appelée Derry par les nationalistes, une grande marche est organisée par des militants des droits civiques. La manifestation est interdite par les autorités, mais plusieurs milliers de personnes défilent malgré tout. L’armée britannique déploie un régiment de parachutistes pour bloquer la marche et procéder à des arrestations ciblées. Mais la situation dégénère. Visés par des jets de pierre, les militaires répliquent avec des canons à eau et du gaz lacrymogène pour disperser la foule. Des jeunes nationalistes tentent alors de forcer les barricades de l’armée. Au bout de longues minutes d’affrontements, les troupes britanniques décident d’entrer dans le quartier catholique du Bogside. Les soldats ouvrent le feu à balles réelles sur des manifestants qui fuient, ou qui tentent de porter secours aux blessés. 13 hommes sont tués ce jour-là. Un quatorzième meurt plus tard de ses blessures. Aucun n’était armé.

► Dans les jours qui suivent le Bloody Sunday, l’émotion est immense en Irlande du Nord. De Londonderry à Belfast, la capitale, les violences s’intensifient. Mais l’État britannique nie toute responsabilité. Une première enquête conclut que les soldats ont tiré en état de légitime défense. Face au verdict, les familles des victimes crient à l’injustice. Le conflit nord-irlandais va encore se durcir.

Montée en puissance de l'IRA après la tragédie du Bloody Sunday

Après le Bloody Sunday, plus grand monde ne croit à une solution pacifique en Irlande du Nord. Des milliers de jeunes catholiques rejoignent les rangs de l’IRA. Les attentats se multiplient contre les civils protestants et les autorités britanniques : en 1979, l’IRA assassine Lord Mountbatten, un membre de la famille royale. Deux ans plus tard, Bobby Sands, député Nord-Irlandais et figure de la cause nationaliste, meurt en prison après une grève de la faim. En 1984, la première ministre britannique Margaret Thatcher échappe de peu à la mort dans un attentat à la bombe revendiqué par l’IRA. Au total, les violences font 3 500 morts et plus de 40 000 blessés dans les deux camps, en majorité des civils.

Bloody sunday : la responsabilité de l'armée britannique reconnue

En 1998, l’accord du Vendredi saint met enfin un terme au conflit armé, et prévoit un partage du pouvoir entre unionistes et nationalistes. Deux ans plus tard, en 2000, une nouvelle enquête reconnaît la responsabilité de l’armée britannique et blanchit les victimes. Le Premier ministre David Cameron présente des excuses officielles. Mais cette reconnaissance tardive ne suffit pas à apaiser 40 années de violence.  La population reste profondément divisée.

👉 Découvre tous les épisodes de La grande explication.

Réalisateur : Jean-Christophe Nabères

Auteur : Flore-Anne d’Arcimoles et Jean-Christophe Nabères

Producteur : INA avec la participation de France Télévisions et TV5Monde

Année de copyright : 2026

Année de production : 2026

Année de diffusion : 2026

Publié le 07/09/26

Modifié le 07/09/26

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