Le numérique, un outil d’influence

Géopoliticus
Publié le 26/11/19Modifié le 26/11/19

Sur le même sujet

Le numérique et les réseaux sociaux sont aujourd’hui un espace où les États dialoguent, se menacent ou s’affrontent. La diplomatie s’affiche sur les réseaux sociaux : les chefs d’État et de gouvernement ainsi que les ministres des affaires étrangères de 97 % des pays du monde sont présents sur Twitter.

La diplomatie numérique

Le président des États-Unis, Donald Trump, est le plus suivi et l’un des plus bavards. Un simple Tweet peut avoir des conséquences internationales. En 2018 par exemple, les États-Unis se sont retirés de l’accord sur le nucléaire iranien. En conséquence, l’Iran cesse de respecter une partie de ses engagements. Emmanuel Macron envoie son conseiller diplomatique en Iran pour renouer le dialogue. En un Tweet, Donald Trump a sérieusement perturbé le dialogue franco-iranien.

Pour Frédéric Charillon, professeur de sciences politiques et spécialiste des relations internationales, cette diplomatie numérique entraine « un changement de style qui impose à l’ensemble de la planète de suivre la grammaire populiste, faite d’adresses directes et de simplifications », explique-t-il. 

Autre cas de figure : l’ambassadeur de Chine aux États-Unis a protesté contre la venue de la présidente taiwanaise Tsai Ing-wen à Washington, rappelant que la Chine considère Taiwan comme une de ses provinces, et non comme un État indépendant. Ainsi, les diplomates ne s’adressent plus seulement à leurs homologues : ils parlent directement aux peuples. Et pour cause, près de la moitié des êtres humains sont présents sur au moins un réseau social. De fait, les plateformes bouleversent les rapports entre gouvernants et gouvernés.

Un échiquier mondial en mouvement

Les « printemps arabes » marquent le début de ce tournant. Pour la première fois, des militants ont utilisé les réseaux à grande échelle pour échapper à la surveillance et à la censure, tout en restant relativement anonymes. Des groupes Facebook relayant les appels à manifester ainsi que les images des rassemblements et de la répression, ont permis aux mouvements de s’organiser et de durer. Si la révolution a bien eu lieu dans la rue et pas sur les réseaux sociaux, les plateformes ont joué un rôle central dans ces mouvements qui ont provoqué le départ de trois dictateurs en 2011.

Le numérique est aussi un terrain d’affrontement entre États. Mais contrairement à une guerre classique où des armées se font face, les assaillants avancent masqués et les cibles peuvent être des citoyens, des entreprises ou des institutions. En 2007, l’Estonie a été la première victime d’une cyberattaque de grande ampleur. Pendant plusieurs semaines, les sites des banques, de médias, de la police et du gouvernement, auraient été attaqués depuis la Russie, alors en crise avec son voisin balte. Les conséquences ont été limitées, mais l’Estonie et ses alliés de l’OTAN ont été marqués par cette crise.

Plus récemment, la Russie, la Chine et l’Iran ont été soupçonnés d’influencer des élections via différents canaux médiatiques. Les méthodes sont variées : astroturfing (manipulation donnant l'impression d'un mouvement citoyen de masse sur les réseaux sociaux), piratage et publications de données des candidats, diffusion de fausses informations, ou encore animation de faux profils et de pages, destinés à polariser l’opinion.

Ces stratégies, qu’elles soient dissimulées ou non, posent la question de la responsabilité des acteurs du numérique et de la sécurité des États, à travers leur cyberdéfense notamment.

Réalisateur : Maxime Chappet

Nom de l'auteur : Léo Caravagna

Producteur : France Télévisions

Année de copyright : 2019

Année de production : 2019

Voir plus

Retrouve ce contenu dans :