Si l’abstraction demeure globalement circonscrite aux domaines de la peinture et de la sculpture, des formes d’art totalement inédites voient le jour aux xxe et xxie siècles : collage, assemblage, readymade, installation, vidéo, eat art, street art, etc.

Cette diversité des supports, des matériaux, des techniques représente un véritable défi pour l’historien de l’art. Même si elles paraissent déconcertantes, ces oeuvres n’échappent pas complètement aux grilles d’analyse déjà établies au sein de la discipline. Ainsi, le nantes triptych(1992), une installation vidéo de vidéo de Bill Viola, fait allusion à un format issu de l’art sacré médiéval. Certes, le commentaire de cette oeuvre devra comporter des détails inhérents à la technique nouvelle : type d’enregistrement, d’image, de projection, etc. Néanmoins, ici aussi, on se doit de lire attentivement la légende, de tenir compte des dimensions, de la disposition dans l’espace, du rapport avec la circulation du spectateur.

Bill Viola compose soigneusement l’ensemble, utilisant le même langage des lignes que ses prédécesseurs : la tête du bébé qui vient de naître suit une diagonale vers la droite et nous mène vers le centre ; celle de la vieille dame mourante, inclinée vers la gauche, fait de même. Tout nous ramène à l’homme qui plonge – dans la vie ou dans la mort ? – sur l’écran du milieu. Le coloris est subtil : la peau du bébé est rose orangé ; le plongeur en apnée au centre est d’un bleu intense ; les deux couleurs se mêlent dans le visage de la malade. Il ne s’agit ici ni de pigments naturels ni de pigments synthétiques, mais de lumière et les juxtapositions de couleurs continuent de créer des effets plastiques et du sens.

Les sujets des vidéos de Bill Viola sont la vie, la mort, le cycle de la vie, les éléments, l’homme et la nature. Autant de thèmes dits universels que les artistes ont maintes fois traités avant lui. Seulement, le vidéaste les aborde avec les moyens techniques de son époque. Sans éducation en matière de culture visuelle, le spectateur ne peut faire cette association entre nouveaux médias et art. Pourtant, il est essentiel de comprendre que, quel que soit leur support, les oeuvres modernes et contemporaines continuent d’incarner un travail sur les formes, sur le coloris (couleurs, contrastes/ nuances/valeurs ou simplement lumière), sur/dans l’espace, et qu’elles entraînent, comme les oeuvres du passé, une interprétation en fonction d’un contexte artistique et/ou sociologique qu’il est indispensable d’étudier. 

Un exemple de Street art
The Hedgehog (le hérisson) signé de l'artiste ROA.
Chance street, quartier de Shoreditch, Londres. Avril 2012.
© Streetartlondon.co.uk

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Publié le 01/03/13

Modifié le 13/11/19

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