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Bac 202610:26Publié le 27/04/2026

« La Rage de l'expression » - Francis Ponge : résumé et analyse

Bac français, révise les œuvres en 10 min chrono !

Si ton sac est plein de petits mots, de brouillons, de copies et corrigés, de dessins et d’autres trésors archéologiques… Bref en bazar ; tu as un point commun avec Francis Ponge. Dans La Rage de l’expression, il qui nous donne accès à son « désordre » de poète, brouillons, ratures et messages des copains inclus ! Résumé, contexte, analyse, parcours dans lequel l’œuvre s’inscrit : toutes ces notions-clés sont dans cette vidéo.

Qui est Francis Ponge ?

Francis Ponge naît en 1899. C'est un excellent élève, très impliqué dans ses études de lettres. À 15 ans, il découvre la poésie. En 1918, il passe son bac de droit. Il est reçu, et admissible en licence de philo. Mais à l'oral, il reste muet... Il est recalé ! Cette difficulté à s’exprimer s’accentue après le décès de son père : il sera incapable d’exprimer sa souffrance. Première rage de ne pas pouvoir s’exprimer… Il se fera surtout connaître en tant qu’auteur, grâce à son recueil de poèmes Le Parti pris des choses, paru en 1942. Comme son titre l’indique, Ponge se place du côté des choses.  Il veut les explorer de toutes les manières possibles, grâce à l’écriture poétique. Il va d’ailleurs beaucoup employer les métaphores, qui transforment par exemple une banale huître en un monde à découvrir dans le poème L’huître.  C’est un point commun avec La Rage de l’expression, publié en 1952. Le travail poétique de Francis Ponge consiste à explorer les possibilités du langage. Il veut que les mots révèlent l’essence, l’authenticité de n’importe quel objet, comme notre fameuse huître, mais aussi comme le cageot, le galet… Francis Ponge s’inscrit dans le cratylisme : cela signifie que pour lui, l’apparence du mot à l’écrit, et sa sonorité à l’oral, ont un lien avec sa signification. Par exemple, dans le poème Le cageot, Ponge écrit :

À mi-chemin de la cage au cachot,
la langue française a cageot.

Francis Ponge accorde aussi une grande importance à l’origine des mots, ce qu’on appelle l’étymologie : c’est un passionné du dictionnaire et un amoureux des mots ! Il meurt en 1988, après avoir renouvelé l’art de la poésie en incluant le banal et le quotidien, dans ses poèmes.

Résumé et figures centrales de La Rage de l’expression

C’est un recueil de poèmes en prose, qui comprend des brouillons, des réflexions sur la poésie, des fragments de correspondance. Il est organisé en sept sections. Deux éléments à retenir :

  1. C’est la nature qui donne à Francis Ponge l’envie d’écrire.
  2. Ces sections sont toutes des explorations du langage poétique.
  • Première exploration avec les Berges de la Loire, qui donne la priorité à l’objet. Francis Ponge accorde plus d’importance à la chose qu’à la langue : « l’objet est toujours plus important, plus intéressant, plus capable » ! Il détermine son rapport à l’objet : « il n’a aucun devoir vis-à-vis de moi, c’est moi qui ai tous les devoirs à son égard. ».
  • Deuxième exploration avec La Guêpe : cette fois, Francis Ponge se fixe l’objectif de proposer, de manière scientifique, une description de cet insecte. Il va faire des références à son nom savant « hyménoptère », et des rapprochements moins savants, en utilisant des métaphores comme celles du train, ou encore de la « petite cuisine volante », parce qu’elle transporte le pollen qu’elles transformeront en miel ! Il tente d’imiter les vibrations de cet insecte grâce au langage, par des assonances, répétitions de la même voyelle, et des allitérations, répétitions de la même consonne :

Aussi brillante, bourdonnante, musicale qu’une corde fort tendue, fort vibrante et dès lors brûlante ou piquante.

Tu entends les ailes de la guêpe, grâce à l’assonance en « an » et l’allitération en « r »? Mais difficile de saisir l’essence de la guêpe de manière parfaite… Alors, Ponge hésite, se reprend, se corrige : il multiplie les formules comme “ou plutôt”. Ce texte, qu’il publiera pourtant, s’achève par un constat d’échec : « je ne m’avancerai pas beaucoup plus loin en ce sens ». Il est modeste et connaît ses limites…

  • Troisième exploration dans Notes prises pour un oiseau. Francis Ponge va étudier la graphie du mot « oiseau » pour analyser cet animal, grâce à une charade :

Mon nom unit des voyelles françaises

À commencer par celle en forme d’œuf

En deux diphtongues autour de la couleuvre

Proche de moi aux classifications.

Son objectif : décrire de la manière la plus juste possible les caractéristiques physiques de l’animal. Pour s’aider, Francis Ponge plonge dans le dictionnaire Littré. Il recopie minutieusement des listes de définitions des mots qu’il aimerait associer à l’oiseau : [Littré] : « L’oiseau est un vertébré ovipare à sang chaud, à corps revêtu de plumes, aux membres antérieurs convertis en ailes ».

  • Quatrième exploration : la quête esthétique dans L’œillet : comment rendre compte par des mots de la beauté de cette fleur créée par la nature ? Francis Ponge annonce son objectif rapidement : « relever le défi des choses au langage. Par exemple ces œillets défient le langage ». Mais cette quête est vouée à l’échec, la poésie ne révèle pas la fleur :

C’est de quelque chose comme un œillet qu’il s’agit .

De nouveau, Ponge adopte une posture d’humilité surprenante : « Je ne me prétends pas poète. Je crois ma vision fort commune » , « Il est fort possible que je ne possède pas les qualités requises ».

  • La cinquième exploration, avec Le mimosa s’inscrit dans la même perspective : il s’agit de décrire, très précisément, une fleur. Sa forme et sa couleur justifient la métaphore de l’astre : 

Un astre si l’on veut, étoilé au maximum.

Francis Ponge insiste sur la difficulté à le mettre en mots : « le mimosa ne m’inspire pas du tout ». Il se compare à un poète qu’il admire, Arthur Rimbaud, dont l’inspiration poétique provient pourtant de la nature. Si Francis Ponge n’a rien à dire sur le mimosa, pourquoi écrit-il cette section ? Tout simplement parce que le mimosa est, comme il le dit « une idée au fond de moi », « une de mes adorations, de mes prédilections enfantines ». Dans ce cas, il faut renoncer à l’analyse : « le nom du mimosa est déjà parfait […] puis s’agit-il tellement de le définir ? »

  • Après les fleurs, les bois, avec Le Carnet du Bois de pins : cette section est plus longue que les autres. Il décrit longuement le bois de pins, puis il aboutit à une impasse, qu’il qualifie d’ « abcès poétique ». Il fait un bilan déçu de son travail : « Tout cela n’est pas sérieux », « Qu’ai-je gagné pendant ces quinze pages ? ». Francis Ponge a l’impression d’avoir perdu son temps, « Pas grand-chose pour la peine que je me suis donnée ». Il attribue son échec à la forme poétique : « j’aurais dû défaire ce poème en prose ». La création poétique est une « conquête ». Francis Ponge nous en dévoile les étapes et les difficultés, avec l’insertion de « pages bis » et d’extraits de sa correspondance.
  • Pour finir, le regard de Francis Ponge se tourne vers le ciel, dans La Mounine, ou Note après coup sur un ciel de Provence . Cette section est inspirée par une émotion forte, ressentie après l’observation d’un ciel sublime à La Mounine, une petite ville vers Aix-en-Provence :

Je me trouvais là un matin d’avril, transporté par l’émotion
de ce que je voyais : ce ciel de Provence.

Il commente son travail d’auteur, les insuffisances et inexactitudes de certains mots : « Pèse n’est pas le mot ». Et si cette section (et donc le recueil) s’achève par « etc … », ce n’est pas anodin : le processus créatif n’a pas de fin et n’aboutit pas comme Francis Ponge le voudrait.

Contexte historique et littéraire à la parution de La Rage de l’expression

Après la Première Guerre mondiale, l’art incarne l’espoir que l’homme a gardé son humanité malgré le drame. Francis Ponge s’intéresse au surréalisme, mouvement qui émerge durant l’entre-deux guerres, et qui libère la langue de la logique, afin de laisser s’exprimer l’inconscient. Mais il s’en détourne très rapidement : ça ne lui correspond pas. Il préfère une écriture très contrôlée, centrée sur l’étude du réel, de la langue, plutôt que guidée par l’imagination. Peu après la publication de La Rage de l’expression, en 1960, émerge un groupe fondé par Raymond Queneau, nommé l’Oulipo, qui signifie Ouvroir de Littérature Potentielle. Ce groupe veut ouvrir de nouvelles perspectives en littérature. Ses membres explorent les capacités de la langue, s’imposent des contraintes d’écriture et jouent sur les mots. Mais Francis Ponge préfère ses tête-à-tête avec le Littré, son dictionnaire favori qui est très centré sur l’évolution des différents sens des mots. Il choisit ses propres contraintes.

La Rage de l’expression et le parcours « Dans l’atelier du poète »

L’atelier, c’est le lieu où l’artiste crée ses œuvres à la main (tableaux, sculptures…), et pour Ponge, celui où il façonne ses poèmes, où il ajoute, supprime, développe, modifie… Francis Ponge a un point de vue assez singulier sur la création poétique : la poésie ne découle pas d’une inspiration soudaine, d’un talent particulier, du génie, mais d’un travail minutieux.

La fonction de l’artiste est fort claire : il doit ouvrir un atelier et y prendre en réparation le monde, par fragments, comme il lui vient.

Ponge se considère comme un créateur, un sculpteur des mots. Le terme « poésie » provient du grec poiesis qui signifie… « création » !  Mais même si l’artiste est dans son atelier, il n'est pas complètement coupé du monde. Les deux guerres mondiales, qui précèdent la publication de La Rage de l’expression, ont provoqué une profonde désillusion chez les auteurs. Le langage semble insuffisant : il ne parvient plus à dire l’horreur ni à saisir le réel. Alors, en réaction, Francis Ponge se lance dans une véritable quête du mot juste. Là où notre regard passe sans s’arrêter, Francis Ponge, lui, s’arrête, observe et commente : « où je choisis comme sujets non des sentiments ou des aventures humaines mais des objets les plus indifférents possible…”  Ainsi, Ponge a plus la posture d’un scientifique, qui observe et qui expérimente, que d’un poète. Et c’est exactement ce qu’il pense de lui-même : « Je me veux moins poète que savant. ». Et cela se voit à travers les analyses qu’il effectue sur son propre travail, qui semble inachevé, non conclu, brouillon : il note des accolades, ne tranche pas, laisse le lecteur accéder à son parcours d’auteur et avoir le dernier mot. Que mon travail soit celui d’une rectification continuelle de mon expression » (Berges de la Loire). Tout son art poétique repose sur le travail du langage. Les mots vont être modelés, comme de l’argile. C’est ce qu’il met en valeur dans une autre œuvre, Pratique d’écriture ou l’inachèvement perpétuel :

À partir du moment où l’on considère les mots comme une matière, il est très agréable de s’en occuper. Tout autant que peut l’être pour un peintre de s’occuper des couleurs et des formes. Très plaisant d’en jouer.

Et c’est en ce sens que l’on comprend les contraintes qu’il s’impose dans Berges de la Loire. Ces interdictions, il les présente grâce à des verbes à l’infinitif et à de nombreuses négations : « ne sacrifier jamais l’objet de mon étude à la mise en valeur de quelque trouvaille verbale ». Évidemment, il ne se contente pas de les mentionner pour créer une sorte de manuel poétique. Ponge les applique aussi lui-même ! Il a visiblement un problème avec les mots, qu’il tente de résoudre… avec les mots. Il faut quand même nuancer. Francis Ponge affirme « ne jamais m’arrêter à la forme poétique » (Berges de la Loire), mais il précise aussi « celle-ci devant pourtant être utilisée à un moment de mon étude, parce qu’elle dispose un jeu de miroirs qui peut faire apparaître certains aspects demeurés obscurs de l’objet » (Berges de la Loire). Il redéfinit ainsi la poésie :

C’est un besoin, un engagement, une colère, une affaire d’amour-propre et voilà tout.

💡 Proposition de conclusion pour le bac de français

Ponge n’est pas le seul poète qui s’adresse aux choses. Eugène Guillevic, un autre poète français du XXe siècle, lui aussi, accorde de l’importance aux objets ou encore aux fleurs. Quand Francis Ponge écrit L’œillet, Le mimosa, Guillevic se heurte à des obstacles comparables avec Le Coquelicot : « J’ai de la peine à sentir/Qu’on ne communique pas ».  Il est difficile de saisir la nature, Eugène Guillevic peut en attester : l’essence du coquelicot est inaccessible, ce qui le désole.

 

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👉 Retrouve toutes les vidéos et les fiches de révision de la série Bac français, révise les œuvres en 10 min chrono !

Réalisateur : Georges Heilmann

Auteur : Yolaine Lelant-Papin et Pauline Miet

Producteur : J2F Production

Année de copyright : 2026

Année de production : 2026

Année de diffusion : 2026

Publié le 27/04/26

Modifié le 27/04/26

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