Chasser les Juifs d’un coup de dés, voilà la règle de ce jeu. Son but ? dénoncer le « péril » qui menace le Reich.

 
 

Le Monopoly antijuif dans l'Allemagne des années 1930

Le Juden Raux !, ou « les Juifs dehors », est un jeu de société qui a vu le jour à la suite des lois de Nuremberg. Les joueurs lancent les dés et évoluent sur un parcours comportant des commerces juifs. L'objectif du jeu est de s'introduire chez un commerçant et de le faire prisonnier. Même si la population allemande était consciente des exactions contre les Juifs, ils faisaient aussi preuve d'indifférence.


L’antisémitisme n’est pas le monopole des Allemands. Loin de là. L’antijudaïsme chrétien, si profondément enraciné, vise ceux qui sont censés être restés sourds au message du Christ. Partout, dans l’Occident chrétien, pratiques discriminatoires et pogroms ont jalonné l’histoire : ghettos et massacres en témoignent, ainsi que les légendes noires qui courent sur les Juifs mangeurs d’enfants.

Au XIXe siècle, l’antisémitisme se racialise. La « science de la race » définit les caractères physiques et psychologiques supposés du Juif : il faut enfermer cette population dans une image et une définition, car – dans le sillage de la Révolution française – ils ont conquis l’égalité des droits et sont sortis des ghettos. Le message antisémite se diffuse dans une presse raciste sensationnaliste et à bon marché qui dénonce le complot juif visant à dominer le monde.  Les dessins et caricatures abondent, dans la presse ou sous forme de cartes postales. Même les jeux de cartes et de société, produits en masse, deviennent des vecteurs privilégiés de ce genre de propagande.

Dans les années 1920 et 1930, les nazis reprennent tous les supports et les clichés de la propagande antisémite. Une maison d’édition de presse, de journaux, de livres pour enfants et de jeux excelle à produire des médias antisémites : il s’agit de l’éditeur du journal Der Stürmer, qui, outre ce quotidien, fabrique textes et images pour convaincre enfants et adultes que les Juifs sont le « malheur » de l’Allemagne et de l’Occident. Le contenu de ces supports est accablant de violence et de bêtise : il vise à susciter la peur et la haine dans la population.
 

der giftpilz

der giftpilz, livre d'enfant antisémite (Le Champignon empoisonné).
« Le nez juif est tordu à son extrémité. Il ressemble au chiffre 6. »
Jusqu’au dernier. La Destruction des juifs d’Europe. Crédit Photo : © USHMM.

L’auteur

couverture historia février 2015

Johann Chapoutot, historien

Professeur à la Sorbonne, Johann Chapoutot est un grand spécialiste de l'idéologie nazie.

Extrait du no 818 du magazine Historia.

 

En partenariat avec Historiahistoria







Le passé éclaire le présent.

Publié le 20/02/15

Modifié le 04/03/19

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