alain fournier soldat

Alain-Fournier soldat (deuxième en partant de la gauche). Collection privée. cliquer pour agrandir l'image.

Le Grand Meaulnes est publié en feuilleton, en « revue » comme on dit alors, de juillet à novembre 1913 à la NRF, dont Jacques Rivière est le secrétaire, et en « volume » en octobre 1913 chez Émile-Paul. Il manque le Goncourt 1913 (comme Du côté de chez Swann de Marcel Proust) ; de peu, dit-on : après onze tours de scrutin, Le Peuple de la mer de Marc Elder remporte le prix. Après Meaulnes, Alain-Fournier entame un roman, Colombe Blanchet, et une pièce de théâtre, La Maison dans la forêt. Ils resteront inachevés car la guerre survient. Le jeune homme est mobilisé le 1er août 1914 dans le 17e corps d’armée à Mirande, puis promu lieutenant du 288e régiment d’infanterie. Jacques Rivière est fait prisonnier. Charles Péguy meurt le 5 septembre 1914 à Villeroy. Et, le 22 septembre, Henri Fournier est tué, dans des circonstances toujours sujettes à polémique aujourd’hui, dans une forêt des Hauts-de-Meuse. Son corps, en même temps que ceux de vingt de ses compagnons d’armes, ne sera retrouvé que bien des années plus tard, dans une fosse commune, le 2 mai 1991. Le 10 novembre 1992, il est inhumé au cimetière militaire de Saint-Rémy-la-Calonne. Une poignée de terre d’Épineuil (Sainte-Agathe dans le roman) est jetée sur sa tombe.

Alain-Fournier

 

Un homme qui a fait une fois un bond dans le Paradis, comment pourrait-il s'accommoder ensuite de la vie de tout le monde ?

 


Le vendredi 18 juin 1909, dans une lettre à Jacques Rivière, il confiait : « J’ai l’intention d’écrire “sur mon visage” quelque chose de central et de très beau. Ce sera plus simple et plus doux qu’une main de femme, la nuit, qui suit avec grand’pitié la ligne douloureuse de la figure humaine. Et cependant, ceux qui le liront s’étonneront d’une odeur de pourriture et de scandale. Pour décrire les différents visages de mon âme, il faudra que Celle qui parle de mon visage ose imaginer les masques de mon agonie à venir, il lui faudra penser à ce hoquet sanglant qui marque enfin la délivrance et le départ de l’âme : alors seulement seront évoqués les étranges paradis perdus dont je suis l’habitant. C’est ainsi que mon art s’efforce en ce moment vers le passage essentiel. Je choisis entre les instants ceux qui sont marqués de la grâce. Je cherche la clef de ces évasions vers les pays désirés – et c’est peut-être la mort, après tout. Aussi je continue à imaginer mon livre comme la plus merveilleuse petite histoire qui ait jamais excité les enfants sages et secrets : mais on y sentira par instants un effroi comme de la mort ; un calme et un silence épouvantables, comme l’homme abandonné soudain de son corps au bord du Monde mystérieux. »

Crédits du bandeau : détail d'une photo de l'Abbaye de Loroy prise par la sœur d'Alain-Fournier. Cette abbaye cistercienne sise à Méry-ès-Bois, près du village natal d'Alain-Fournier, fait partie des lieux qui ont vraisemblablement inspiré le « domaine mystérieux ». Collection privée.

Retrouvez le dossier complet dans le n°4 de L’Éléphant, la revue de culture générale, octobre 2013.

 

En partenariat avec L'éléphantl'éléphant

l'éléphant est une nouvelle revue de culture générale qui paraît tous les trimestres. Elle traite à la fois de sujets de culture générale « classique » (sans lien avec une actualité) et de thèmes qui font écho à un événement contemporain.

Publié le 18/11/13

Modifié le 13/11/19

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