Hôpital : les raisons du malaise

icone menu
Decod'actu
Publié le 10/10/19Modifié le 13/11/19

Sur le même sujet

Le système de santé français est réputé être l’un des meilleurs au monde. Mais, depuis le printemps 2019, une crise d’une ampleur inédite s’est déclenchée dans ses hôpitaux. Les services d’urgence se sont massivement déclarés en grève.

D’où vient le malaise dans les hôpitaux ?

Depuis 20 ans, les urgences hospitalières sont confrontées à un afflux de patients. La fréquentation a presque doublé entre 1996 et 2015. Rien que pour l’année 2018, près de 19 millions de passages y ont été enregistrés. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer :

- la crise de la médecine de ville.  Le nombre de médecins généralistes stagne depuis une dizaine d’années et les déserts médicaux augmentent. Conséquence : certains patients n’ont parfois d’autre choix que de se présenter aux urgences. Cela concernait une personne malade sur 5 en 2014.

- le vieillissement de la population. En France, le nombre de personnes de plus de 75 ans a plus que doublé entre 1950 et 2015. Face à cette augmentation de patients, les moyens humains et matériels ne suivent pas toujours. Actuellement, les urgences compteraient 800 postes vacants. Pour pallier cette pénurie, les hôpitaux font appel à des intérimaires coûteux.

Qu'est-ce que la tarification à l'acte ? 

Cette crise inédite des urgences est aussi le symptôme d’un malaise plus ancien. Une réforme d’ampleur a bouleversé le système hospitalier : la tarification à l’acte.

Avant 2007, les hôpitaux recevaient une enveloppe financière pour faire fonctionner leurs établissements. Depuis 2007, avec la mise en place de la tarification à l’acte, plus ils enregistrent de séjours, plus leur budget augmente.

Cette réforme a des effets pervers. Alors qu’elle était censée juguler le déficit économique des hôpitaux, celui-ci s’est en fait accru pour avoisiner les 600 millions d’euros en 2018. Afin de viser l’équilibre financier, certains établissements multiplient les actes médicaux. Enfin, pour résorber leur déficit, certaines directions d’hôpitaux suppriment des postes ou ne remplacent plus certains départs à la retraite.

Quelles solutions propose le gouvernement ?

Pour répondre à cette crise, la ministre de la santé, Agnès Buzyn ne prévoit ni de hausses des effectifs, ni de réouverture de lits d’hospitalisation. Selon elle, le système de santé doit plutôt être réorganisé avec :

- un service d’accès aux soins sera par exemple ouvert en 2020. Il orientera 24 heures sur 24 les patients vers la consultation la plus pertinente.

- les pharmaciens auront aussi la possibilité de prescrire certains médicaments.

- la fin du numerus clausus censée lutter contre les déserts médicaux pourra, quant à elle, produire ses effets d’ici une dizaine d’années.

Des annonces qui n’ont pour l’heure pas calmé la colère du personnel soignant.

Retrouve ce contenu dans :